SIWARD
Il n'en mérite pas plus. On dit qu'il est bien parti, et qu'il a payé son écot. Il suffît. Que Dieu soit avec lui!... Voilà une consolation nouvelle.
MACCETIl. '2SI
Kentro M A T, [) [ F F, p„rtani la Kto .le M \ C P. KT 1 1 . MACDIIF.
Salut, roi î car lu l'es. Kegaide ce qu'est devenuti la lête maudite de l'usurpateur. Notre temps est libre! Ceux que je vois autour de toi, perles de ta couroime. répètent mentalement mon salut: je leur demande de s'écrier tout haut avec moi : Salut, roi d'Ecosse!
rois.
Salut. l'oi d'KcOSSe! (lanfare.)
Voilà Macbeth\ C'est le crime! c'est le remords! c'est la faiblesse de l'homme fort contre la séduction de la femme passionnée et perverse. C'est surtout l'expiation immédiate du forfait par la vengeance occulte de Dieu. On y sent l'invincible honnêteté de Shakspeare. Le poëte est d'intellipence avec Dieu.
Il s'en faut de beaucoup cependant que Murbcth vaille I/amlrt comme conception dramatique. La feinte folie d'IIandet et la faiblesse de sa mère, et les larmes et la mortd'Ophélia sont des éléments tra- ^îiques bien autrement féconds en situations que les deux gros crimes purs et simjdes de Mnrbcth. Les sorcières .sont loin de l'apparition nécessaire de l'ombre du roi. père d'Hamlet, qui gouverne et
'282 SIIAKSPEAra:.
éclaire la résolution d'abord chancelante de son fils. Le dénoûment seul est faible, pressé, confus. Le poëte, on le voit, ne sait comment se débarrasser de cette masse de coupables, de demi-coupables et d'innocents qui ne peuvent plus vivre parce qu'ils ne peuvent plus ni régner innocemment, ni s'unir convenablement comme OphéliaetHamlet, meurtrier par hasard de son père. Il les jette tous avec peu de vraisemblance aux dieux infernaux; mais la pièce, à cela près, est la tragédie laplus tragique de tousles théâtres; Macbeth, c'est la fatalité du crime ! M. Jules Lacroix vient de l'immortaliser de nouveau dans notre langue, avec un talent qui ne rougit pas d'avouer l'origine de son inspiration. Qu'importe que cette inspiration vienne d'Athènes ou de Londres? Oreste ou Macbeth ne sont que des noms, celui qui les fait agir ou parler, dans quelque langue que ce soit, est le vrai créateur.
Après ces immortels chefs-d'œuvre de Shakspeare, des drames latins d'origine, tels que Jules César, Othello^ le Roi Lear, se disputent l'admiration de l'univers; nous ne les analyserons pas. Il nous est cependant impossible de ne pas remarquer dans
MACBETH. 28H
Jules César, Antoine, Brutus, Cassius, Cicéron, l'étonnante compréhension d'homme d'État que Shak- S[)eare avait puisé dans Plutarque : il avait compris Rome et le peuple romain comme s'il était né sur le quirinal. Lisez l'habile discours d'Antoine au peuple romain , au commencement duquel Antoine semble tàter son auditoire et vouloir maudire César, et à la fin duquel il lit le testament du dictateur en faveur du peuple, déploie sa robe percée de coups de poignards, et finit par lui faire arracher les bancs et la tribune pour y mettre le feu et aller incendier les maisons des meurtriersde César. 11 n'y arien de plus beau, parce qu'il n'y a rien de plus vrai dans l'histoire de l'habileté de l'orateur politique et de la versatilité du peuple.
Mil
Quant à Othello, ce n'est que le roi des mélodrames. Un vieux More, qui a bien servi la république de Venise, inspire une passion ardente et sincère à Desdémona, fille d'un citoyen vénitien, et l'épouse. 11 a dans sa domesticité un vil traître ap|)elé lago, qui craint l'inlluence de la nouvelle épouse sur le More et qui cherche à lui inspirer d'odieux soupçons contrf la fidélité de Drsdémona. Othollo est onvové par la République à Chypre pour la défendre contre
284 SHAKSPEAllE.
la Hotte des Turcs qui doit l'attaquer. La tempête engloutit la Hotte. Othello, accompagné de Gassio, son brave et fidèle lieutenant, arrive dans l'île ; lago, par une série de perfidies , parvient à donner à Desdémona les apparences du crime avec l'innocent lieutenant Cassio. Othello entre dans la fureur jalouse et sombre attribuée à sa race.
Voici la dernière scène de cette abominable boucherie plutôt que tragédie : il y a horreur, mais peu de talent; ce sont les actes et les cris forcenés d'un insensé qui étouffe celle qu'il adore ; l'horreur seule a attaché le peuple à cette abomination. Voici l'acte du crime , toute la tragédie dans les dernières scènes; on en jugera. Cela est à mille lieues d'Hamlet et même de Macbeth.