I.A TKMPKTE
Il y sèmerait des orties.
SERASTIEN.
Ou des ronces et des mauves.
GONZALO
Si j'en étais roi, savez-vous ce que j'en ferais?
SÉBASTIEN
Vous échapperiez à l'ivresse, faute d'avoir du \in.
GONZAI.O.
Dans ma république, je voudrais exécuter toute chose à l'inverse des autres Ktats; je n'y admettrais aucune espèce de trafic, ni le nom de magistrat; l'usage des lettres n'y serait point connu: on y ignorerait la richesse ou la pauvreté. Point de maître et de valet, de contrats, d'héritages, de limites, de labourage; rien de tout cela. Je n'y voudrais ni métal, ni blé, ni vjn, ni hnih'. Nul travail : tous les hommes seraient oisifs, et les femmes aussi ; mais elles seraient innocentes et pures. Point de souveraineté.
SÉBASTIEN
Et pourtant il voudrait en être le roi.
SSO s H AK s Pi: A RE.
AN roMO.
La fin de sa république en a oublié le commencement.
GONZALO
Toutes choses seraient produites par la nature sans labeur ni sueurs, et mises en commun. Je n'admettrais dans ma république ni trahison, ni félonie, ni épée, ni pique, ni poignard, ni mousquet, ni machines de guerre ; mais la nature, prodigue de ses dons, produirait d'elle-même tout en abondance, pour nourrir mon peuple innocent.
SÉIÎASTIEX.
Point de mariage dans sa république.
.AXïONfO.
Non, mon cher, tous fainéants, des coquines et des fripons. •
GOXZALO.
Je voudrais gouverner avec une telle perfection, seigneur, que je surpasserais les temps de l'âge d'or.
SÉBASTIEN
Vive Sa Majesté !
A.NTOMO»
Longue vie à Gonzalo!
LA TFMPKTE. 331
Ils rient et ils s'endorment.
On voit que les utoi)ies ne sont pas nées d'hier. C'est l'imagination appliquée au gouvernement des Ktats. Quand les hommes n'en rient pas, ils y versent leur sang après leurs rêves.
xni
L'énorme et monstrueux Taliban vient à rugir. Ils ne peuvent comprendre quel est cet être, homme ou poisson. L'un d'eux, Sébastien, pour se préserver de l'orage qui éclate, se glisse sous la tunique du monstre.
Ici, scène d'amour délicieuse entre Miranda et Ferdinand, pendant une absence de Prospero. Miranda est la goutte de rosée absorbée par le premier rayon de soleil qui la regarde.
Le roi de Naples, sauvé des vagues, est retrouvé. Caliban, qui conspire la mort de Prospero, son maître, est trompé par un faux complice. Ariel, le génie du bien, obéit en tout à Prospero.