SCENE
Le devant de !a grotte de Prospère.
PROSPERO entre avec FERDINAND et MIRANDA. PROSPERO.
Si je vous ai puni trop sévèrement, le prix que vous recevez le compense bien; car je vous ai donné ici une part de ma propre vie, ou plutôt celle par qui je vis. Je la confie encore une fois en tes mains. Toutes les peines que je t'imposai n'étaient que des épreuves à ton amour, et tu les as merveilleusement endurées. Ici, à la face du ciel, je ratifie ce don précieux. Oh ! Ferdinand, ne souris pas si je la vante, car tu trouveras qu'elle est au-dessus de tout éloge, et que la louange s'arrête bien loin derrière elle.
FERDINAND
Je le croirais, même contre un oracle.
PROSPERO
Alors reçois ma fille comme un don que je te fais,
LA TI.MPKTK. 333
et aussi comme un bien que tu as dignement mérité. Mais si tu oses rompre le nœud de sa chaste ceinture avant l'accomplissement de toutes les cérémonies consacrées, le ciel ne bénira pas cette union.
FERDIN WD.
Seigneur, je vous le promets. Je tiendrai ma parole. ' rne douce symphonie se fait entendre. Le cli'tur dos esprits aériens repn'-sentc un drame allégorique.)
KL n 1)1 \ V.M).
Voilà la vision la plus majestueuse, les chants les plus harmonieux, les plus ravissants... Puis-je oser croire que ce sont là des esprits?
PRospi: r.o.
Des esprits que par mon art j'ai évoqués de leuis demeures, pour exécuter les jeux de mon imagination .
FKUniNAM).
Oh ! quf jf vive toujours dans ces lieux! un père, une épouse si rares, si merveilleux, en font mi |)aradis.
l'rusper'» se fait reconnaître, grâce a Aritl. pour le duc de Milan, chassé de ses Ktats et réfugié avec son enfant dans cette île. Il reconnaît Gonzalo à qui il a du les bienfaits de ses livres, où il a appris l.i iti'.issance de la philosophie.
33i SHAKSPEARE.
GONZALO
Tout ce qui tourmente, trouble, émerveille et confond habite ici. Que quelque pouvoir céleste nous guide hors de cette contrée redoutable !
IMIOSPERO.
Regarde, seigneur roi, le duc outragé de xMilan, Prospero! Pour mieux te convaincre que c'est un prince vivant qui te parle, je te presse dans mes bras; je t'adresse un salut cordial, à toi et à ceu\ qui t'accompagnent; soyez les bienvenus!
ALOXZO.
Es-tu Prospero? ne l'es-tu pas? es-tu quelque enchantement trompeur qui m'abuse comme je l'ai été tout à l'heure? Je ne sais : ton pouls bat comme s'il était formé de chair et de sang; et, depuis que je te vois, je sens s'adoucir l'affliction de mon esprit, qui, je le crains, était mêlée de démence : tout cela (si tout cela existe réellement) nous promet d'étranges récits. Je te remets ton duché, et je te conjure de me pardonner mes torts. — Mais comment Prospero pourrait-il être vivant et se trouver ici?
P R (> s r L p. O , à Gonzalo.
D'abord, noble ami, laisse-moi embrasser ta vieillesse, qui ne saurait être assez honorée.