I.A TF.MPh-TE. JX
Je no saurais jurer que cela soil ou ne soil pas réel.
PROSPERO
Vous êtes encore livrés à quelques-unes des illusions ressenties dans cette île; elles ne vous permettent pas (le croire même aux choses certaines. Soyez tous les bienvenus, mes amis! (a p*rt. a Antonio et i -^obastien.) Quant à vous, je pourrais ici faire ouvrir sur vous les regards courroucés de Sa Majesté, et vous démasquer comme des traîtres; en ce moment je ne veux rien rappeler.
si;nAsriK\, .1 y.-.n.
Le démon parle par sa bouche.
f r.M>i'i;Ho.
Non. — Pour toi, h3 plus pervers des hommes, que je ne pourrais appeler mon frère sans souiller ma bouche, je te pardonne tps plus noires trahisons, oui, toutes; mais je te revendique mon duché, qu'aujourd'hui, je le sais bien, tu es forcé de me n-stituer.
\ I uN/.u.
S'il est bien vrai que tu sois Prospern, racontenous quelques particularités sur la manière d(uil lu as été sauvé. Connncnt nous rencontres-lu ici, nous
qui, seulement depuis trois heures, avons échoué sur ce rivage, où j'ai perdu (combien l'aiguillon de ce souvenir est aigu!), où j'ai perdu mon fils bien-aimé, Ferdinand.
PROSPERO
Je suis affligé de cette mort, seigneur.
ALONZO
Cette perte est irréparable, et la résignation ne pourra m'en guérir.
PROSPERO
Je croirais plutôt que vous ne l'avez pas appelée à votre aide; pour une perte semblable j'ai obtenu de sa douce assistance de puissants secours, et je repose satisfait.
ALONZO
Vous, vous avez fait une perte semblable?
PROSPERO
Aussi grande pour moi, aussi récente; et, pour supporter la perte d'un être aussi cher, je n'ai autour de moi que des consolations bien plus faibles que celles que vous pouvez appeler pour vous consoler : j'ai perdu ma fille.
ALONZO
Une fille? Plut au ciel qu'aujourd'hui ces deu\
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enfant-'? fussent vivants dans Naples! que n'y sont-ils roi et reine ! Pour obtenir qu'ils y fussent, je voudrais être enseveli dans ce lit de fange où est étendu mon fils. Quand avcz-vous perdu votre Hlle ?
rRospi:n<).
Dans cette dernière tcnipOtc. Je le vois , ma rencontre ici a frappé ces seigneurs d'un tel étonncment qu'ils en dévorent leur raison , croient à peine que leurs yeux leur montrent la vérité, et que leurs paroles soient les sons ordinaires de leur voix; mais, quel que soit l'égarement qu'aient éprouvé vos sens, soyez assurés que je suis Prospero, ce même duc qui fut chassé de Milan, et qu'une étrange destinée a fait arriver ici pour régner dans cette île où vous avez fait naufrage. C'est assez pour le moment; car c'est une chronique à conter jour par jour, non un récit qui se fait dans le cours d'un repas, et qui puisse convenir à cette première entrevue. Vous êtes le bienvenu, seigneur, cette grotte est ma coirr : là j'ai peu de serviteurs, et point de sujets hors de son enceinte; regardez au dedans, je vous prie. Puisque vous m'avez rendu mon duché, je veux ni'acquitler envers vou.; par quelque chose d'aussi précieux ; du moins je vous montrerai une merveille, dont vous serez aussi content que je puis l'être de recouvrer
mon duché. (L* grotte t'oum, et UUm Toir Ferdinand et Miranda jouaat anx é<h«<.«.)
MIRANDA
Mon dpux seigneur, vous me trichez.
FERDINAND
Non, mon cher amour; je ne le voudrais pas pour le monde entier.
MIRANDA
Oui, même pour une vingtaine de royaumes vous pourriez me faire des chicanes, que je dirais encore que vous faites beau jeu.
ALONZO
Si ce tableau n'est qu'une vision de cette île, il me faudi'a perdre deux fois mon fils bien-aimé.
SÉBASTIEN
C'est le plus grand des miracles.
FERDINAND
Quoique les mers menacent , elles font grâce ; je
les ai maudites sans sujet. (Ferdinand s'agenomlle devant Alonzo.)
ALONZO
Maintenant, que toutes les bénédictions d'un heureux père tombent sur toi ! Lève-toi, et dis-moi comment tu es venu ici.
LA TKMPKTK. 330
Min A \ l)A.
0 merveille ! combien de créatures parfaites sont ici ! que le genre humain est beau ! 0 glorieux nouveau monde, qui renferme de pareils habitants !
Il est nouveau pour toi.
AI.ONZO.
Quelle est cette jeune lille avec qui tu jouais? Il ne peut y avoir plus de trois heures que vous vous connaissez. Est-elle la déesse qui nous a séparés et qui nous réunit momentanément ?
FEIUtlNAM).
Seigneur, c'est uno mortelle; mais, par le doux bienfait de l'immortelle Providence, elle est à moi; je l'ai choisio alors que je ne pouvais demander l'avis de mon père, car je ne croyais j)lus en avoir un. Elle est la fille de ce fameux duc de Milan, de la renommée duquel j'avtiis si souvent entendu parler, mais que je n'avais jamais vu lui-môme jusqu'à ce jour. C'est de lui que je tiens une seconde vie , et cette jeune femme me donne en lui un second père.