AI.O
Je suis le sien; mais n'esl-il pas étrange qu'il nie faille demander pardon à mon enfant ?
310 SIIAKSPEAUE.
TROSPERO.
Arrêtez, seigneur; ne faites pas peser sur notre souvenir le poids d'un mal qui nous a quittés.
GONZALO
J'étais oppressé par les larmes, sans quoi j'aurais déjà parlé. Abaissez vos regards, ô dieux, et faites descendre sur ce couple une couronne de bénédictions ; car c'est vous qui avez tracé la route qui nous a conduits ici.
ALONZO
Je dis amen, Gonzalo.
GONZALO
Le duc de Milan fut donc expulsé de Milan pour que sa race un jour donnât des rois à Naples ? Oh ! réjouissez -vous d'une joie plus qu'ordinaire; que ceci soit gravé en or sur des colonnes impérissables : « Dans le même voyage Claribel a trouvé un époux à Tunis, et Ferdinand, son frère, trouve une femme sur une grève où il était perdu. Prospero recouvre son duché dans une île misérable, 'et nous tous nous sommes rendus à nous-mêmes quand aucun de nous ne s'appartenait plus. »
ALONZO, à Ferdinand et à Miranda.
Donnez -moi vos mains. Que le chagrin et la tris-
LA TF.MPfiTE, 3'.l
tesse remplissent à jamais le ojLur qui ne nous souhaite pas le bonheur î
GONÏAI.O.
Ainsi soit-il ! Amen !
ARIEL reparaît avec LE MAITRE et LE BOSSEMAN, qui le suiTont ébahis.
r.oNA A i.o.
Oh! regardez, seigneur; sire, regardez : voici encore plusieurs des nôtres. Je l'avais prophétisé, que, tant qu'il resterait un gibet sur la terre , ce drùlc-là ne serait pas noyé. Maintenant, blasphémateur, qui éloignais par tes imprécations la miséricorde de ton bord, quoi ! sur le rivage tu n'as plus un jurement? Es-tu muet sur terre?... Quelles nouvelles?
LE r.oSSEMAN.
La meilleure nouvelle : c'est que nous retrouvons ici sains et saufs notre roi et sa suite ; la seconde, c'est que notre vaisseau, qu'il y a trois sables nous avions cru perdu, est radoubé, debout, et aussi fièrement gréé qu'au moment où nous avons mis à la voile pour la promif-re fois.
ARILL, à Protpcro i part.
Maître, j'ai fait tout cet ouvrage depuis que je t'ai quitté.
P R O S P E R () , A Ariol à part.
Mon intelligent esprit!
ALONZO
Ce ne sont pas là des événements naturels ; ils entassent le merveilleux sur le merveilleux, — Parlez, comment ètes-vous venus ici?
LE ROSSEMAN.
sire, si je pensais être bien éveillé, je tâcherais de vous en informer. Nous étions tous frappés par un sommeil de mort, et (comment? nous ne le savons pas) tous jetés sous les écoutilles. Là, il n'y a qu'un moment, des accents étranges et divers, des hurlements, des cliquetis de chaînes qui s'entrechoquaient, et plusieurs autres bruits tous horribles, nous ont réveillés : nous nous précipitons , nous retrouvons la liberté, et nous revoyons dans tout son lustre, fraîchement réparé, notre royal, notre bon et fier navire ; notre maître bondit de joie à cette vue. En un clin d'œil, nous avons été séparés des autres, et amenés ici encore tout assoupis comme dans un songe.
ARIEL, à Prospero à part,
Ai-je bien travaillé?
PROSPERO, à Ariel à part.
A merveille, mon génie diligent, tu vas être libre.
L\ TKMI'KTE. M.i