ÉTUDES SUR LES BEAUX-ARTS
En général, par M. Guizot. 1 vol. in-8. 1853 5 »
— Lb même ouvrage, 1 vol. in- 12 3 50
« Ce volume se compose de trois parties :un morceau intitulé De l'état des beaux-arts en France, et du Salon de 1810; un Discours sur les limites qui séparent et les liens qui unissent les beaux-arts, placé en tète du Musée royal publié par H. Laurent, de 1816 à 1818; puis un choix de descriptions des tableaux d’histoire des écoles italienne, française et flamande, faisant partie du Musee dî Louvre.
* Le seul énoncé de ces matières, lorsqu'on sait quelles ont été traitées par M. Guizot, dont l’esprit a toujours été si grave et si elevé, fait pressentir le vif intérêt que toute personne qui aime les arts prendra en lisant ou en relisant cet ouvrage, car la première publication du Salon de 1810, ainsi que celle du Discours préliminaire ont déjà, l'une quarante et un ans de date, l’autre trente-six.
* C'est un mérite qui s’attache rarement à un livre, surtout quand on y traite des arts, que de sortir triomphant d'une épreuve aussi longue, et de contenir des doctrines assez pures et des observations tellement justes, que malgré la variété des goûts qui se sont succédé depuis près d'un demi-siècle, cet ouvrage, loin d’avoir vieilli, est jeune et fort comme si l’auteur l’avait compose hier.
« Ce qui frappe surtout dans ces Elude » est la sincérité, le sentiment vraf et profond que l’auteur témoigné en parlant de l’art ; c’est ce goût vif, cet intérêt reel, cette curiosité pénétrante avec lesquels il examine, retourne, poursuit, enveloppe et résout toutes les questions importantes qui se rattachent à son sujet. Ce qu’on y trouve n’est pas, comme il n'arrive que trop souvent dans les critiques sur l'art, que de l’esprit dépensé à propos de statues et de tableaux; mais une recherche ardente et sincère des fondements éternels sur lesquels les beaux-arts reposent, et dont on ne doit jamais s'écarter, soit qu'on les pratique ou que l’on se propose seulement d'en parler,...
« L’Exposition de 1810 eut cela de particulier que tous les artistes justement célébrés alors y envoyèrent quelques-uns de leurs ouvrages. L. David, Girodet, Gérard, Gros, Guérin, Prud hon, C. Vernet, Granet, Hersent, parmi les peintres, ainsi que les sculpteurs Chaudet, Cartelier et Bosio, concoururent à rendre cette Exposition vraiment solennelle. Les longs efforts que L. David avait faits depuis vingt ans pour régénérer l’art en France avaient produit leurs résultats possibles. Ce grand artiste, ainsi que ceux dont il avait dirige les études ou reformé le goût, avaient atteint l'apogée de leur talent, de telle sorte que le moment était venu et l’occasion donnée d'apprécier le fortetle faible de l’ecole de David, de signaler sa qualité dominante, et d'indiqner les defauts inhérents au système qui lui servait de base. Or, c’est ce qu’a su faire M. Guizot avec un tact et une sagacité dont les hommes réfléchis lui tinrent certainement compte en 1810; mais aujourd'hui, après quarante ans d' expérience, les jugements et les prévisions renfermés dans ce livre ont acquis une autorité magistrale....
« Les artistes et tous les hommes qui aiment à s’instruire et à cultiver leur esprit auront beaucoup à profiter en Usant le second morceau dans lequel l'auteur déterminé, avec une précision remarquable, les limites qui séparent la sculpture de la peinture, et les rapports que cés deux Bits ont entre eux. Cette question, dans la discussion de laquelle l’art est considéré abstraitement, ne pouvait manquer de sortir parfaitement lucide après avoir passé à la coupelle d'un esprit aussi net et aussi vigoureux que celui de M. Guizot, et, en ejïet, je crois pouvoir affirmer qu’il a laissé bien peu de chose à dire sur cet intéressant sujet.. ..
* U y aurait certainement beaucoup à dire encore à l’occasion des Éludes sur les beaux-arls de M. Guizot; mais je me suis particulièrement attaché à faire ressortir un mérite bien rare qui s’y trouve, celui d'avoir conservé, après quarante années, toute la fraîcheur d'une œuvre nouvelle, et de ne contenir que des vérités que l'expérience et le temps ont rendues incontestables.»
[Journal des Débats. Extrait.) E. J. DELÉCLUZE.