‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 107 sur 124 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

J A G O demeure , RODERIGO entre.

E H bien, Roderigo ?

RODERIGO

Je ne trouve pas que vous agissiez. franchement avec moi.

Quelle preuve du contraire ?

RODERIGO

Vous me jouez , Jago : Chaque jour nouveau prétexte ; & loin de me fournir les moyens de réus-sir t je m'en apperçois, vous m'en ôtez plutôt les occasions & l'espérance. Je ne prétens pas l'cndu-- 1er plus long-tems : Et même je ne fuis pas trop décidé à digérer en silence ce que j'ai déja follement souffert.

Voulez-vous m'écouter ?

Je ne vous ai que trop écouté. Vos paroles & vos actions ne font pas sœurs.

Vous m'accusez bien injustement.

Oh de rien qui ne soit vrai. Je me fuis dé-pouillé de toutes mes ressources. Les bijoux que vous avez reçus de moi pour les présenter à Defde-mona, auroient presque fuffi à corrompre une Vesta-le. Vous m'avez dit qu'elle les IVOÎt acceprts; & en retour vous m'apportiez l'espoir d'une prochaine entrevue âc d'un accueil favorable : mais Je ne vois rien de tout cela.

Bon, poursuivez, fort bien.

Fort bien , poursuivez ; Je ne le puis, entendez-vous? Et cela n'est pas fort bien : Au contraire le soupçonne ici de la fraude, & je commence l croire que je fuis dupe.-—

Fort bien.

Non, non, je vous le répète. — Je veux me faire connoître à Defdemona. Si elle me rend tous mes bijoux j'abandonnerai ma poursuite, m'en tenant au repentir d'une tentative indiscrète. si on me les refuse , allez , comptez que je saurai me faire rai-son de vous.

Vous avez tout dit?-

Oui, & je vous le proteste, je n'ai rien dit que je ne fois bien résolu d'exécuter.

Hé mais, je vois que vous avez de l'ame ; & je commence à fonder sur vous de plus hautes idées que je n'en avois encore. Donnez-moi votre main, Roderigo ; vous avez conçu contre moi de très jus-tes soupçons : Cependant je vous jure que J'ai toujours fidèlement conduit vos intérêts vers leur but.

RODERIGO

Il n'y a pas paru.

Il n'y a pas raru, je l'avoue; & vos doutes ne font point dénués d'apparence : Mais, Roderigo, s'il est vrai qu'il se trouve en vous ce que je fuis maintenant plus disposé que jamais à y voir , je veux dire la force de résoudre , d'entreprendre & d'exécuter , montrez-le cette nuit : Et si la nuit

suivante

Tome I. D d suivante vous ne possédez pas Desdemona, dressez des embûches, tramez une trahison contre mes jours, 6c faites-moi sortir de ce monde.

Eh quoi ! que voulez-vous dire ? Y a-t-il dans cette idée quelque lueur, quelque apparence de raison ?

Seigneur, il est arrivé des ordres exprès de Venise. Canio monte à la place d'Orhello.

Est-il vrai ? Othello ôc Defdemona vont donc re -tourner à Venise?

Non , non ; il retourne au pays des Mores, & emmène avec lui la belle Defdemona , à moins que solt séjour ici ne se trouve prolongé par quelque événement : Et pour cela, il n'est point de plus sûr moyen que d'écarter ce Caflio.

Comment prétendez-vous l'écarter ?

Quoi ! en le mettant hors d'état de succéder à Othello, en lui faisant mordre la terre. no OTHELLO,

Et c'est moi que vous destinez à cet exploit?

Vous-même , H vous osez vous rendre fer vice & justice en même-tems. Ce foir il foupo chez une Courtisanne, & je dois aller l'y trouver. Il ne fait rien encore de sa brillante promotion. Si vous voulez l'épier au sortir de ce lieu, ( & le ferai en forte de vous t'envoyer entre minuit & une heure ) vous pourrez alors le surprendre, & choisir votre avan-tage : Je ferai à deux pas prêt à vous feconder ; il tombera entre nous deux. Venez , ne restez pas ébahi du projet ; osez me Cuivre. Je vous prou-verai si bien la nécessité de sa mort, que vous vous ferez à vous-même un devoir de la lui donner. Allons, il est teins, l'heure du souper se passe, & la nuit chemine à grands pas. A l'action.

Je veux avoir auparavant de plus fortes raisons.

Et vous en aurez qui vous satisferont. ( Ils sortent

enfimhlt. )

OU LE MORE DE VENISE. tis

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