SCENE PREMIERE
La Scene représente une grande rue
devant le Palais.
La nuit continue.
JACO & RODERIGO s'avancent.
LA, postez-vous-là derrière cette borne. - Dans l'instant il va palier. Tenez votre épée nue , & prê-te; plongez-la droit dans son fein : lerme, ferme, ne craignez ricn; je rcile à côté de vous. Ce coup nous donne la vie, ou il nous perd: Songez-y, & affermissez-vous dans votre résolution.
RODERIGO
Tenez-vous près de moi. Je peux manquer mon coup.
Ici, à la portée de votre bras. — Du courage, de gardez bien votre poste. lis se placent tous deux.) lit OTHELLO,
RODERIGO à part.
Je ne me sens pas un grand zèle pour cette aâion. Cependant il m'a fourni des motifs dcterminans : Apres tout ce n'en qu'un homme retranché du monde. (tirant l'épée.) Allons, fors du fourreau. - Il meurt.
J A G 0 éloigné & retire derrière un mur.
J'ai tant frappé sur lame de ce jeune étourdi, que j'en tire enfin quelque étincelle de sentiment; & le voilà qui s'irrite. Maintenant qu'il tue Cassio , que Caflio le tue, ou qu'ils se tuent tous deux ; quoiqu'il arrive, j'y trouve mon profit. Si Rode-rigo vit, il me somme de lui restituer l'ur, & tous les bijoux dont je l'ai finement dépouillé fous le nom de Desdemona. Il ne faut pas que cela foit. Si Cassio survit, il y a une loyauté dans sa conduite qui répand la lumiere sur la difformité de la mien-ne. — D'ailleurs le More peut avoir avec lui un en-tretien qui me démasque : Je vois là un danger pour moi. - Allons , il le faut: Qu'il meure. - J'en. tens quelqu'un, c'est-lui. ( Cassio paroît 6 s'approche.)
RODERI GO bas.
Je reconnois sa démarche. C'est lui. ( Il s'élance 6* fond j'ur Caffb* ) Malheureux tu meurs. ( Il le
Mesle)
Ce coup en effet m'eût été fatal, si mon armure n'ctoit meilleure que tu ne crois Je veux éprou-ver la tienne. ( Ils combattent. Jago vient far derrie te , perce le jarret de Cassio & j'enfuit. liodi ri go est blejjé au même instant. CaJJîo lui tombent à la fois, )
Oh ! je fuis mort.
Je fuis mutilé pour jamais. Oh du secours, au meurtre , au meurtre !
S C E N E II
OTHELLO paroît à une fenêtre du Palais.
OTHELLO
L A voix de Cassio ! — Jago tient sa parole.
R 0 D E R 1 G 0 douloureusement.
0 misérable que je fuis !
OTHELLO bas.
Oui, c'est cela même.
Oh! du f 'un! un Chirurgien! de la lumière! —
C'est lui, c'et f lui.— O brave Jago , homme juste & honnête qui ressens si genéreusement l'injure de ton atiii, tu m'enseignes mon devoir. — l'cnune las-cive , votre bien-aimé est couché mort ; & votre destin s'avance à grands pas. — Prostituée, j'arrive. Hors dj mon cœur &: ces charmes & tes yeux , tout cil: eH.uc. I on lit, ce lit fouillé par le cri-me va dégoutter de ton fang criminel.
( Il ferme brusquement la fenêtre & se retire• )