‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 109 sur 124 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

La Scene représente une grande rue

devant le Palais.

La nuit continue.

JACO & RODERIGO s'avancent.

LA, postez-vous-là derrière cette borne. - Dans l'instant il va palier. Tenez votre épée nue , & prê-te; plongez-la droit dans son fein : lerme, ferme, ne craignez ricn; je rcile à côté de vous. Ce coup nous donne la vie, ou il nous perd: Songez-y, & affermissez-vous dans votre résolution.

RODERIGO

Tenez-vous près de moi. Je peux manquer mon coup.

Ici, à la portée de votre bras. — Du courage, de gardez bien votre poste. lis se placent tous deux.) lit OTHELLO,

RODERIGO à part.

Je ne me sens pas un grand zèle pour cette aâion. Cependant il m'a fourni des motifs dcterminans : Apres tout ce n'en qu'un homme retranché du monde. (tirant l'épée.) Allons, fors du fourreau. - Il meurt.

J A G 0 éloigné & retire derrière un mur.

J'ai tant frappé sur lame de ce jeune étourdi, que j'en tire enfin quelque étincelle de sentiment; & le voilà qui s'irrite. Maintenant qu'il tue Cassio , que Caflio le tue, ou qu'ils se tuent tous deux ; quoiqu'il arrive, j'y trouve mon profit. Si Rode-rigo vit, il me somme de lui restituer l'ur, & tous les bijoux dont je l'ai finement dépouillé fous le nom de Desdemona. Il ne faut pas que cela foit. Si Cassio survit, il y a une loyauté dans sa conduite qui répand la lumiere sur la difformité de la mien-ne. — D'ailleurs le More peut avoir avec lui un en-tretien qui me démasque : Je vois là un danger pour moi. - Allons , il le faut: Qu'il meure. - J'en. tens quelqu'un, c'est-lui. ( Cassio paroît 6 s'approche.)

RODERI GO bas.

Je reconnois sa démarche. C'est lui. ( Il s'élance 6* fond j'ur Caffb* ) Malheureux tu meurs. ( Il le

Mesle)

Ce coup en effet m'eût été fatal, si mon armure n'ctoit meilleure que tu ne crois Je veux éprou-ver la tienne. ( Ils combattent. Jago vient far derrie te , perce le jarret de Cassio & j'enfuit. liodi ri go est blejjé au même instant. CaJJîo lui tombent à la fois, )

Oh ! je fuis mort.

Je fuis mutilé pour jamais. Oh du secours, au meurtre , au meurtre !

S C E N E II

OTHELLO paroît à une fenêtre du Palais.

OTHELLO

L A voix de Cassio ! — Jago tient sa parole.

R 0 D E R 1 G 0 douloureusement.

0 misérable que je fuis !

OTHELLO bas.

Oui, c'est cela même.

Oh! du f 'un! un Chirurgien! de la lumière! —

C'est lui, c'et f lui.— O brave Jago , homme juste & honnête qui ressens si genéreusement l'injure de ton atiii, tu m'enseignes mon devoir. — l'cnune las-cive , votre bien-aimé est couché mort ; & votre destin s'avance à grands pas. — Prostituée, j'arrive. Hors dj mon cœur &: ces charmes & tes yeux , tout cil: eH.uc. I on lit, ce lit fouillé par le cri-me va dégoutter de ton fang criminel.

( Il ferme brusquement la fenêtre & se retire• )

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