‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 113 sur 124 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

La Scene représente la Chambre de T)ef--

demona. Dans le fond on voit DES--

DE M O N A couchée dans son lit &

endormie. Un moment de tranquillité &

de silence : Tout-à-coup la porte s'ouvre.

OTHELLO entre tenant une lumicre &

une (pee.

OTHELLO avec une gravité sombre.

( 1 ). C" r. çT la cause, i'i) c'est la cause, ô mon ame !

Ne permettez pas que je la nomme devant vous,

(1) Il faut fuppofcr quelques réflexions antérieures qui se sont succédées dans lame d'otixlio , & donc cc début c11 la luitk.

(2) C'est le cume de l'infidèle, &c. OU LE MORE DE VENISE. tix

Gg i chastes étoiles ! C'est la cause !. f il verrouille la porte.) Cependant Je ne veux point verser son sang, je ne veux point cicatriser de plaies ce fein , son fein plus blanc que la neige, doux lk lisse comme l'al-bâtre des tombeaux. ( il pose à terre son épée. ) Pourtant il le faut , elfe va mourir ; autrement elle trahira encore d'autres hommes. Eteignons la lu-miere, & alors. Eteignons la luniiere ? Si le t'éteins, toi ministre de feu , Io, puis riTufiirer ta premiere flamme, si je venois à me repentir. - Mais que j'éteigne une fois la lfamme de ta vie , (se teur-tiant vers Desdemona, ) toi le plus merveilleux ouvrage de la bienfaisante nature, je ne fais plus où retrouver cette céleste étincelle qui pourroit te ranimer.

( il pose le flambeau à terre, )

( Desdemons si tourne dans son fommtil ; sa vue

fuit trcjjûill'ir Othello qui Jcmble s'adoucir un

peu en la regardant. ) O rose , quand je t'aurai tranchée de ta tige, je ne pourrai plus te rendre lame qui te faisoit fleurir: Il faudra que tu meures, (avec transport. ) Je veux encore t'y respires vivante.— ( il s'approche, il l'em-èraffe ') 0 haleine embaumée qui m'enivres. tu persuaderois presque à la Justice de brifer son glai-ve! - Encore un baiser; encore un! Sois telle que tu es U quand tu feras morte , & je veux te tuer, & je t'aimerai après. — Encore un , — c'est le der-- %y6 OTHELLO, nier. — Si doux !. jamais il n'en fut de si fatal. ( ses larmes coulent. ) Il m'est bien force de pleu-rer; mais ce font pleurs cruels ! — C'est le courroux du Ciel, il frappe ce quil aime. — Elle s' éveill e. —

DES DEMONA avec douceur.

Qui est-U? Othello?

OTHELLO

Oui, Desdemona.

DESDEMONÀ,

Voulez-vous vous mettre au lit, Seigneur ?

OTHELLO

Avez-vous prié Dieu ce foir, Desdemona ?

DES DEMONA.

Oui, cher Epoux.

OTHELLO

Si vous vous souvenez dans votre ame de quelque trime pour lequel vous n'ayez pas encore demandé pardon au Ciel & obtenu grace , implorez-le sur le champ.

DESDEMONA si levant sur son fiant &

fit fie beffroi*

Ah mon Dieu! Où peut tendre votre discours, Seigneur?

OTHELLO

Allons, faites ce que je dis, & soyez prompte ; je vais me promener ici tandis que votre ame se prépare ; car je ne voudrois pas l i tuer; non , le Ciel m'en préserve ! Je ne veux pas tuer votre ame.

DESDEMONA

Vous parlez de tuer !

OTHELLO

Oui, j'en parle.

DESDEMONA

Ah , que le Ciel ait donc pitié de moi !

OTHELLO

Ainsi soit-il, du fond de mon cœur.

DESDEMONA

Si c'est votre cœur qui pMie, j'erre que YOUf ne voudrez pas me tuer.

OTHELLO murmurant entre fis dentt,

& Venvifigeant avec fureur*

Espere !

DESDEMONA

Et cependant vous me faites trembler; car vous êtes £n.\I, alors que vos yeux roulent ainsi. Pourquoi je ci aini, Je n'en sais rien, puisque je ne me connois pas de crime; & pourtant je sens que je crains*

OTHELLO

Pense à tes péchés.

DESDEMONA

Il y a le tendre amour que j'ai pour vous. -

OTHELLO

Oui, c'est pour cela que tu vas mourir.

DESDEMONA

C'est mourit d'une mon bien contre nature, que d'être tuée pour aimer. Hélas! pourquoi mordez-vous ainsi vos lèvres ? Quelque passion sanguinaire fait palpiter tous vos membres : Ce font des présages sinistres ; cependant j'espère, j'espère que ce n'est pas moi qu'ils menacent.

Paix, restez tranquille; écoutez.

DESDEMONA vivement.

Oui, j'obéis. Que desirez-vous?

OTHELL O.

Ce mouchoir qui m'étoit si cher & que je vous donnai, vous l'avez donné à Calîîo.

DESDEMONA

Non sur ma vie, non sur mon ame : Faites-le venir lui-même, interrogez-le.

OTHELLO

Douce hypocrite ! prenez garde , prenez garde au parjure ; vous êtes sur votre lit de mort.

DESDEMONA

Mais non pas pour y mourir encore.

OTHELLO

Tout-à-l'heure : Ainsi plus de détour , confesse ton crime : Car en vain nierois-tu chaque fait avec ferment, tu ne tromperas point, tu n'étoufferas pas dans mon ame la forte conviction dont les angoisses m'oppressent : Tu vas mourir.

DESDEMONA

Oh Ciel, ayez pitié de moi !

Je me joins à ton vœu.

DESDEMONA joignant les mair

Et vous aussî avez pitié de moi! — Je ne vous ai jamais offensé de ma vie : Jamais je n'aimai Cassio que de cette amitié générale dont le Ciel me per-mit de l'aimer. Je ne lui donnai jamais aucun gage.

OTHELLO avec rage.

Par le Ciel , je l'ai vu mon mouchoir dans ses mains : Oh femme parjure , tu changes mon cœur en marbre , de tu me forces à commettre com-me un meurtre ce que je voulois exécuter comme (1) un facriifce. J'ai vu le mouchoir.

DESDEMONA

11 l'a donc trouve ; jamais Je ne le lui donnai : Faites-le venir ici. Qu'il déclare la vérité.

OTHELLO

11 l'a déclarée.

DESDEMONA

Eh quoi, Seigneur ?

(t) Tu as endurci mon cœur & ton parjure est cause que je te rue avec la rage d'un assassin, lorsque je ne voulois que faire de ta vie un (acrifke nécessaire à la Justi e avec le fang froit d'un Ministre du Ciel qui immole une victime expia~toire. Tel est le développement du Ces de cette phrase.

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