‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 114 sur 124 · Tome 1, H h · texte numérisé non relu

Tome 1, H h

OTHELLO

Qu'il t'avoit. possédée.

DES D E MON A

Comment, lui ! ce crime ?

OTHELLO

Oui.

DESDEMONA

Il ne le dira pas.

OTHELLO

Non, sa bouche est fermée ; l'honnête Jago y a fil pourvoir.

DESDEMONA

Ma crainte m'explique vos paroles : Quoi, il est mort?

OTHELLO

Eût-il eu autant de vies que de goums de fang, elles n'eussent pas fufti pour désaltérer ma vengeance.

DESDEMONA

O trahison ! Hélas, il est mort, de moi ( Elle pleure ) perdue! »4i OTHELLO,

Comment, (1) infâme , tu oses le pleurer à mes yeux !

Oh, bannissez-moi, Seigneur; mais ne me tuez pas.

OTHELLO

Tombe, proflituée.

DESDE MON A

Tuez-moi demain, laissez-moi vivre encore cette nUit.

OTHELLO

Non : si tu résistes.

Seulement une demi-heure.

OTHELLO

Le parti pris, plus de délai.

(i) Malgré toute Ca résolution , il n'auroit pas la force de la tuer , sans les pleurs qu'il lui voit répandre. Il croit que c'est Cassio qu'elle pleure en sa présence ; cette idée met le comble à sa fureur & étouffe ce qui lui rcftoit de tendresse & de pitié.

Hh 2

DESDEMONA

Seulement le tems de dire une prière.

OTHELLO

11 cft trop tard.

(Il l'étousse. (1) )

S C E N E VII

Les Acteurs précédéns.

EMILIA (1) frappe à la portt.

SEIGNEUR, Seigneur! De grâce, Seigneur, Sei-gneur !

OTHELLO dans l'égarement & parlant bas.

Quel est ce bruit ? — Elle n'est pas morte? Pas morte encore ? Tout cruel que je fuis, je sens ce-pendant la pitié. — Je ne veux pas te laisser languir dans l'agonie. — Non , non. —

( 1 ) Il lui jette un oreiller sur le visage, 8c le presse sur sa bouche avec effort 6c fureur : Telle est la manière dont il l'étousse, fan* la voir.

(2) Nom avoM suivi dans cette pièce la distribution des scènes Angloises.

E M I L 1 A en dehors.

Ouvrez , Seigneur, ouvrez.

OTHELLO

Qui est-là ?

Oh mon bon Seigneur ! je voudrois vous dire un fcul mot.

OTHELLO

Oui, c'est Emilia. — (haut.) Tout-à-l'heure. — Elle est morte. — Elle vient sans doute me parler de la mort de Caflio; le bruit a été grand dans la rue. -- Ah , plus de mouvement. Immobile comme la tombe. — Entrera-t-elle ? Ferai-je bien ? — Je crois quelle respire encore : Non. — Quel parti?. Si elle entre , elle voudra sûrement parler à ma femme. ma femme! ma femme! Quelle femme? ( <m t le plus extrême désespoir. ) Je n'ai plus de femme ! — O pensée insupportable ! 0 heure d'angoisse & de désespoir ! ( il recule avec horreur. ) 11 me sem-ble que de vastes ténèbres vont éclipser les astres, & que la terre épouvantée doit s'entr'ouvrir à cette crise étrange. —

E M 1 L 1 A continuant de frapper.

Je vous conjure, que je puisse vous parler, mon bon Seigneur. OU LE MORE DE VENISE. i±<

O T H E L LO haut.

Je vous avois oubliée; ah, entrez, Etiiilii. tsts moment. — Tout-à-l'heure. — ( bas. ) Tirons ces rideaux. (haut.) Où êtes-vous ? (il ouvre la porte.) Quel sujet vous amène ? ( Emilia entre.

Oh , mon digne Seigneur, un meurtre affreux vient d'être commis sur la place.

OTHELLO

Quoi ! tout-à- l'heure ?

A l'heure luêtne, Seigneur.

OTHELLO

C'est l'influence de la lune : Elle defeend plut près de la terre & trouble la raison des hommes.

Cassio, Seigneur, a tué un jeune Vénitien, nommé Roderigo.

OTHELLO

Roderigo tué ! — Er Cassio aulli ?

Non, CaRia n'est pas tué.

Cassio n'est pas tue ! La ( i ) mort s'et f donc trom-pée! Lt la vengeance, si douce à mon coeur, se change en poison amer.

DESDEMONA poussant un sanglot.

Oh! (2) —

E MILI A*

Hclas ! Quel est ce gémissement ?

OTHELLO

Quoi! Quel gémissement ?

Hclas, bon Dieu ! C'étoit la voix de ma Maîtresse. ( 1 ) Voici le mot à mot de l'Anglois. Le meurtre est donc hors de ton , & la douce vengeance devient discordante ~0 défagrêable.

(2) Ici Defdemona parle encore : Nous ne mettons point dans le texte ce qu'elle dit , parce qu'on le fupprimc à la représentation , & que s'il est vrai , qu'il roit possible , comme t'a prétendu un Médecin Anglois , qu'une personne étouffée, puisse quelques momens après retrouver sa raison & la parole, articuler quelques mots & mourir ensuite, cela n'est pas vrai-semblable. Voici le discours que dent Desdemona.

DESDEMONA

Oh , injustement, injustement massacrée !

Hélas ! quel est ce cri ? Du secours, du secours ! Oh, parlez-moi, Madame : Douce Defdetnona! 0 ma chère Maîtresse, parlez.

DESDEMONA

Oh ! oh ! ( Elle pouffe le soupir de la mort. )

Oh! qui a commis une telle It'Hon?

OTHELLO

Quoi ! qui auroit pu t'anaumet ?

Hélas ! Qui peut le savoir ?

OTHELLO

Quoi ! quel cri ?

Hélas, bon Dieu! C'étoit la voix de ma Maîtresse : Du secours, du recours ! Oh parlez-moi, Madame , douce Der-tlcmoaat 0 ma chère Maîtresse, parlez.

DESDÉMONA

le meurt innocente.

Oh, qui a commii une telle action !

DESDEMONA

Personne , moi-même. — Adieu. Recommandez-moi à mon cher époux. Oh, Adieu. ( Elle expire.)

C'est moi qui l'ai rué..

Oh ! elle n'en est que plus un Ange d'innocence, & vous un plus noir Démon.

OTHELLO

Elle s'égaroit dans la voie du vice; c'étoit une profdeui..

Vous mentez contre elle, vous ècei un Démon.

OTHELLO

Elle étoit perfide comme l'onde.

Homme effréné comme la flamme de l'incendie ! Oser dire qu'elle fut traîtresse ! Oh, elle étoit d'une candeur céleste.

OTHELLO

Cassio l'avoit déshonorée : Demande à ton mari

Oh ! je ferois maudit & jetté dans le plus pro-fond abîme de l'enfer, si je m'étois porté , (ans de justes motifs, à cette dernière extrémité. Ton mari a tout su.

aMILIA.

Tomg L 1 i

EMILI A.

Mon mari ?

OTHELLO

Ton mari.

Qu'elle étoit infidèle à la foi du mariage ?

OTHELLO

Oui avec Cima: Ah! si elle avoic été fidèle, le Ciel eût-il créé pour moi un fécond univers formé d'un seul & pur diamant, je ne l'auroit pas changée pour cet univers.

Mon mari !

OTHELLO

Oui , c'est lui qui me l'a dit le premier. C'est un homme d'honneur; il abhorre l'opprobre qui s'at-tache aux actions infâmes.

Mon mari !

OTHELLO

A quoi bon ces répétitions, femme? Ton maris ce dis-Je.

O ma Maîtresse, la fcclcratcfle s'ell cruellement moqHïc île l'.ivcu^lc amour. Mon mari dire qu'elle étoit iniukk !

lui, Femme; je te dis, ton mari : Entens-tu?

Mon ami, ton mari, l'honnête. l honnête Jago.

S'il dit pareille chose, puilîe chaque jour son ccrtir pervers tomber lentement en corruption ! Il ment à sa conscience. Elle fut trop enivrée du Ton indi-gne choix.

OTHELLO avec rage.

Ha ! --

Déchaînez toutes vos fureurs. Cette action de votre main eÍt aussi exécrable devant le Ciel , que vous étiez indigne d'elle.

OTHELLO

Tais-toi, je te le conseille.

Va , tu n'as pas pour me faire du mal la moitié de la force que je me sens pour l'endurer. 0 dupe! O insensé ! stupide comme la sange ! Tu as com--

OU LE MORE DE VENISE.it i

1 i 1 mis là une action !. — Je me ris de ton épée : Je te ferai connoitre, dullai-je perdre mille vies! - Du secours , du secours, holà du feamn. — le More a tué ma Maitresse ! Au Illetirtru, Itl meurtre!

( Elle court dans ï Apy attentat en Je tordant les

m.lins. )

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