‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 38 sur 124 · L. T 0 vaN 1 ua) Fontainemaliiikbe · texte numérisé non relu

L. T 0 vaN 1 ua) Fontainemaliiikbe

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b 2 M. MARMONTEL dans le Discours prélimi-naire qui est à la tête des Chef-d'œuvres Dramatiques qu'il publie a dit :

1°. ( Page XXXVI. ) Que lorsque l' Espagne avoit LopeT de Véga , Shakespeare s au commencement du dix-septième siècle , fit paraître la Tragédie sur te Théâ-tre de Londres , qu'il parolt avoir eu connoissance du Théâtre Espagnol — La vétité est , que Shakes. peare né en 1^4 , deux ans après Lopez, com-posoit pour le Théâtre avant la fin du seizième siècle, avanr 1590; qu'il n'a eu aucune connoissance du Théâtre Espagnol, (1) & qu'on n'en voit aucun vestige dans ses pièces. La feule chose qui foit commune à ces deux Ecrivains, c'est le titre de Romeo 6c Ju-liette , dont le Pocte Anglois puisa le sujet dans les Histoires de Bandelle.

2°. ( Page xxxiv.) Que les Anglois prirent le goût de la décence f de la belle nature en France , à la Cour de Louit- le - Grand ; que ce fut à Molière , à Racine , à Dispréaux , qu' ils durent Wlcherky , Congrève , Rochester , Dryden , &. & que tandis qu'à la lelllUl. les Poëtes du second âge charmaient la Cour de Cita,.. les Il , & que la partie la plus cultivée de la Nation ,

( 1 ) Sous les régnes dfIliubcth & de Philippe II, l'Angleterre & l'Espagne n'avoient aucune espèce de commerce ensemble. d'accord avec toute l' Europe, admit oit le Comique ingénieux décent de Congrevé ; l'ancien goût, le goût populaire n'appUud [fait sur les Théâtres qu'un Comi-que grossier , o'fcènc ; un Tragique aussi peu décent. — La vérité est, que la Cour de Louis XIV auroit désavoué de pareils é'.èves; que Wicherley, Dryden, Rochester, Congrève même font des Auteurs Cyni-ques auprès de Shakespeare qui ne palla jamais pour un Ecrivain obscène ; il est chaste & pur, dès qu'on le compare à tous ces Poëtes licentieux qui flatterent la Cour corrompue de Charles II.

JO. ( Page XXXVIII.) Que: , quoique Shakespeare foit encore le Maître du Théâtre à & presque le seul qu'on y applaudisse avec transport , on peut prédire que ja-mais sa manière ne fera sincèrement goûtée en Ali. gleterre que par le peuplt. — La vérité est, que Sha-kespeare depuis deux siècles reçoit l'hommage de tous les Ecrivains célèbres de sa patrie, qui tous ont répété de lui : tt Shakespeare est hors du pa-s) rallèle ; il n'a point encore eu d'égal, il n'en aura t. peut-être jamais , CI & que Milton qui le regardoit comme son Maître , le Sage Aditfon, l'élégant Pope, le brillant Dryden , Locke 9c Newton eux-mêmes, qui tous l'ont admiré ne font point des hommes du peuple.

4°. ( Page XXXVIII. ) Qu'on abrège tous les jours Shakespeare 9 qu'on l, châtie ; que U célèbre Garrick

xiij vient de risquer tout nouvellement sur son Théâtre de retrancher de la Tragédie d'Hamlet la Jlhie des Fossoyeurs , presque tout le cinquième Aide : & que la pièce l'Auteur n'en ont été que plus applaudis. — La vérité cft, que ces retranchement ont pour principale cause , la nécessité de mesurer reten-due des représentations sur la durée aduclle des Spec-tacles; qu'autrefois, par la rareté des plaisirs, & le peu de commerce des deux sexes , les Spectacle. remplissoient six à sept heures de la journée, tan-dis que de nos jours la multiplicité des occupations & des amusemens les a bornés par-tout à l'espace de trois ou quatre heures ; & que tandis qu'on essayoit sur le Théâtre de Garrick le Hamlet abrégé, la foule étoit au Théâtre de Covint-Garden , où Ion jouoit le Hamlet entier.

( Page xxxiH. ) Que les Angloit font un peuple peu sensible aux plaisirs de tint a gin ation. -- On fait au contraire que l'imagination est la faculté dominante des Ecrivains Anglois & de la Nation entière.

6°. (Page XXIVIf.) Que Skakespeare n'a jamais connu cette ~pitié douce qui penétré insensiblement > qui se saisit des cœurs , & qui les prejJ'ant par degrés leur fait goûter le plaisir si doux de se soulager par des larmeu — Nos Ledeurs feront en état de juger dans le cours de cette Traduction, si ce préjugé est fondé; si Shakespeare est toujours armé d'un poi-grand sanglant, & si Tes pinceaux, si souvent pleins de fraîcheur & de graces , n'ont pas sû peindre auflfi les passions douces 6c leurs tendres émotions.

Nous devions à la vérité & à Shakespeare,de réta-blir cet faits altérés, & de re&ifier les méprises d'un Ecrivain dont le témoignage pourroit peut-être faire autorité. Nous ignorons quels ont pû être les garanti de M. Marmontel , dans toutes ces Assertions légèrement hafirdées : s'il avoit mieux connu les Anglois & qu'il eut lû le Théâtre de leur Porte chéri, il les auroit sans doute jugés plus favorablement & il leur auroit rendu la portion de justice qui leur est due.

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