‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 41 sur 124 · Tome 1. ç du Jubilé, de la valeur de 50 livres fler-ling · texte numérisé non relu

Tome 1. ç du Jubilé, de la valeur de 50 livres fler-ling

Le foir, le bal recommença, après un fu-pcrbc feu d'artifice, tiré devant l'amphithéâtre t & qu'un ciel plus favorable permit cette fois d'exécuter dans toutes fcs parties. Telle fut la clôture du plus brillant Jubilé qui ait ja-mais été célébré en Angleterre. Il doit l'être de nouveau au bout de fcpt ans (en 1776) & recommencer ainsi périodiquement après un pareil nombre d'années. (i)

L'HOMMAGE récent que l'Angleterre vient de rendre à la mémoire de ce grand homme cft sans doute inoui; mais malheur à la na-tion, qu'un pareil spectacle laisseroit assez froide, pour trouver de la folie ou même de l'excès

( 1 ) Jubiley-cup.

(2) Cette fête fournie à M. Foote l'idée d'une pièce qu'il intitula le Jubilé de Stratford, & qui eut quatre vingt-dix représentations à plein spectacle. xxxiv J U B I L É dans ces honneurs rendus au génie, dans cet enthoufiafmc d'un peuple éclairé pour le plus grand de ses Poètes. Avant que de prononcer que les Anglois en ont trop fait pour Shakespcare, ou qu'ils s'aveuglent encore sur son mérite après deux fièclcs d'épreuve ; avant que de le juger lui-même, tâchons d'attendre à le connoître, nous, dont une ardeur préma-turée précipite & égare quelquefois les juge-mens; nous, qu'un premier pas heureux dans la carrière enivre & transporte jusqu'au délire pour l'idole du jour ; qui proclamons sans pudeur du nom de grand Poète, de grand Aâeur » des enfans à peine fortis du berceau de leur art; & qui bientôt, aussi cruels dans nos dégoûts , qu'insensés dans nos caprices, renverfons, foulons aux pieds sans pitié l'objet de notre admiration éphémère , étouffant ainsi le talent, tantôt dans des flots d'encens, tantôt fous la verge impitoyable du mépris.

DE SHAKESPEARE. xxxv

Que le Gouvernement, plus calme & plus fage que la légère opinion, écarte tout obstacle ôclaiflc l'homme de génie bAtir librement l'édi-sice de sa gloire & femer de ses chef-d'œuvres la trace de sa vie ; qu'il le remarque lorsqu'il passe: & quand la mort & le tems ont posé sur sa tombe le sceau du mérite, qu'il ouvre alors le trésor des honneurs, & qu'il les verse sans mcfurc sur la cendre de l'Ecrivain ou de l'Artiste immortel. Ce n'est plus la profusion, c'ca l'avare & mtfquxnt économie 9 qui est alors à craindre & à blâmer.

Que fervent en effet au progrès des arts & à la renommée d'un peuple, ces feuilles de laurier qu'un jour flétrit, ces honneurs obscurs, rendus comme h l'insçu de la nation. sans éclat, sans caractère & sans aucune empreinte de grandeur? Ils s'élèvent h peine au-dessus du cercle étroit de nos frivolités, & périssent bien-tôt comme elles dans la mé-xxxvj JUBILÉ moire , sans illuftrcr le grand homme qui en est l'objet, ni la nation, qui devroit se peindre avec majesté dans les monumcns de sa rccon-noissance. Mais un superbe obélisque, un grand monument d'honneur, qui frappe les regards de la Société entière, élevé h la distance d'un siècle à l'autre dans le champ des beaux arts , en regénère le fol , y réchauffe toutes les fcmcnces du talent, & suffiroit presque seul sans autre culture, pour entretenir la sécon-dité de plusieurs générations. Voilà l'utile, le véritable encouragement, le seul, peut-être, que le Gouvernement doive aux talens : si du reste il leur accorde cette protection qui dé-fend & conferve, tous ses devoirs envers eux semblent remplis.

Les Lettres & les Arts n'ont pas droit d'occuper les foins journaliers de l'Etat : que la terre foit bien préparée; que le pere de fa-mille écarte seulement des ces jeunes chênes

DE SHAKESPEARE. xxxvij les ronces & l'ombrage qui les réfroidissent & les étouffent ; que l'air libre circule autour d'eux ; & ils s'élèveront alors d'eux-mêmes à la hauteur marquée par la nature & par la vigueur de leurs germes. C'est moins de fa-veur, que de justice, que le talent a besoin.

Ce qui le décourage & le tue, c'est lors-qu'après avoir épuisé ses forces à produire , à vaincre les difficultés de son art; il lui faut encore lutter obscurément & à forces inégales contre Ics vices & les passions des hommes, flatter le despotisme, les préjugés & les petits intérêts des corps ; c'est lorsqu'à l'entrée des tranquilles Elifécs des arts, il trouve des sou-terreins tortueux où il faut ramper, des Cer-bères qu'il faut alToupir , des Caron , qui ne passent aux rives fortunées de la gloire, que des artistes déja morts, & tous ces fantômes légers & fugitifs de la médiocrité; tandis qu'ils rebutent avec dédain des hommes pleins de vie 6c nés pour l'immortalité. xxxviij JUBILÉ, &c.

DESCENDONS maintenant de cette élévation où Shakespeare eR: monté, & franchis-sant l'cfpace de deux siècles, allons contem-pler un moment l'origine & le berceau de ce grand homme.

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