SCENE III
BRABANTIO paroît; des Domestiques
tenant des torches le précèdent.
BRABANTIO
MON malheur n'est que trop vrai! Elle est partie; 6c ce qui me reste de jours d'une vieillesse déshonorée n'est plus qu'amertume & douleur. Ro-derigo, où l'avez-vous vue? — Oh malheureuse fille !. Avec le More, dites-vous ? — Qui voudra être pe--
( 1 ) Nom d'un hôtel de Venise. te ? Comment avez vous (st que c'étoit-elle ? Oh ! tu m'as trompé ! & combien j'étois loin de penser. Eh que vous a-t-elle dit ? Allumez plus de flambeaux. Eveillez tous mes parens Sont-ils matiés, le pensez-vous ?
En vérité : je crois qu'ils le sont.
BRABANTIO
O ciel ! — Comment est-elle sortie ? - 0 trahison de mon fang ! — Peres , ne Jugez plus déformais du cœur de vos filles sur les vertus qu'elles montrent à vos yeux. (i) Mais n'est-il pas un charme , un art
( t ) Dans ces tems-là on croyoit au pouvoir des phittrct amoureux , & cette accusation étoit admise dans les Tribunaux de Vénise. Ce genre de crime avoit même sa peine marquée dans une loi elpretfe. De-i Maleficii ed Herbarie , Chap 17, du Code intitulé : Della Promission del Maleficio : Statuimo Etiamdio cht si aie un homo o femina harra fatto Maleficii, i quali se dimandano vulgarmente amatorie , o veramente a le uni altri maltficii , cht alcun homo o femina si havtjfon in odio » fia frufia e bollado , E cht hara confegliato , patisca simile pena.
En Angleterre aufll, du tems de Shakespeare , il existoit une loi qui condamnoit à un an de priron & fil heures de pilori , pour la premiere fois , & en cas de récidive, à la mort, quiconque étoit convaincu d'avoir par quelque enchan. tement. charme ou Cortilége , inspiré un amour illégitime. War-burton. magique avec lequel on peut corrompre la virginité & les penchant de la jeunesse ? Roderigo , n'avez-vous pas lu quelque part qu'il existoit un art de ce genre ?
Oui, en vérité, Seigneur, je l'ai lu.
BRABANTIO
Appeliez mon frere. — Oh, que je voudrois main* tenant vous l'avoir donnée!-— Allons, prenons ce chemin, Vous un autre. — Savez - vous où nous pourrons la surprendre avec le More?
J'espere pouvoir les découvrir, si vous voulez nous donner main-forte & me suivre.
BRABANTIO
Ah, je vous prie , conduisez-nous. A chaque mai-son je veux appeller : je puis commander au besoin :
Prenez vos armes, courons : Rassemblez quel-ques Officiers de marque. Allons, marchons : — Honnête Roderigo, je veux mériter les peines que vous prenez pour moi.
Ils sortent tous par différentes raci.