‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 49 sur 124 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Une autre rue devant le Sagittaire.

OTHELLO entre avec une contenance

noble & tranquille, Jiiivi de J A G O : des

Serviteurs portent devant lui des flambeaux.

Dtvvi s que je fuis la profession des armes, il m'est arrive de tuer des hommes : & cependant je tiens qu'il est dans l'essence de la conscience humaine une horreur pour l'homicide prémédite : Je n'ai pas ineme quelquefois assez de ressentiment & de fiel pour me secourir moi - iliêine. - Dix fois j'ai été tenté (i) de lui piquer les flancs de mon épée.

OTHELLO) d'un air calme.

La chose vaut mieux comme elle s'est passée.

Soit. Cependant sa langue s'est donné carriere ; il a vomi tant de propos révoltans, injurieux a votre honneur, que le peu de bonté que je posséde a eu peine à me contenir. Mais, dites-moi , je vous prie , Seigneur, êtes-vous folidenunt tilarié ? Songez-y

( i ) A Brabantio. bitl1

bifcu,

'["f"'lf 1. C bien, le ( 1 ) Magnifique et\ très-aimé; si voix dans les Conseils est aussi prépondérante que celle du Duc me me î il va vous forcer au divorce ; ou il vous opprimera de tout le poids des loix, fortifie encore de son crédit personnel.

Laisse-le se tourmenter pour nie nuire; les servi-ces que j'ai rendus A la Seigneurie parleront plu haut que ses plaintes. On ne fait pAs encore un fait que je publierai, Ii japprens qu'on attache de l'hon-neur à cette vanité ; c'est que je tire mon origine dancctres atus sur un trône. Ainsi mes attentats peu-vent répondre le front couvert, & se justifier dans une posture digne de la fortune que j'ai conquise. Car retiens bien ceci, Jago : sans la tendresse que j'ai pour l'aimable Desdemona, je ne voudrois pas (2)

( 1 ') Titre commun .1 tous les Sénateurs ch- Vcmh'.

( 1 ) Allusion à la cérémonie ou le Doge de Yenile vernie 1.1 mer. Johnfott.

Othello n'a dit qu'un mot, & son c.ir.ukre cft '( (.i connu. Un homme que n'a point corrompu le l'éjmir dl"; villes , indépendant comme l'air qui l'environne, d'un.* âme grande & line, portant sa fortune au buut de Ion ll'(C, & sa lécurité dans son courage & sa bonne-foi, franc & loyal , intrépide & géné-reux : tel est Othello , tel il sera , jusqu'à ce que les passions terribles dont il a le ^eirne en lui-même viennent boules er 1er son ame. au prix de tous les trcfors de la mer, donner ni frein ni contrainte à ma condition libre & sans liens sur la terre.— Mais vois, quelles font ces lumieres qu'on apperçoit sur la place ?

C A S SI0, & quelques Officiers paroissent

au loin , au milieu de plujieurt lfambeaux.

Cette troupe, c'est le pere en allarmes qui ac-court avec ses amis. Vous feriez mieux de rentrer.

OTHELLO

Moi, non : il faut qu'on me trouve. Mon caracte-re, mon titre , & ma confcicnce sans reproche me montreront tel que je fuis. — Sont-ce en effet ceux que tu dis?

( 1) Par Janus, je pense que non.

( 1 ) Le fourbe Jago garde Ton caractere en jurant par ce Dieu à deux visages Mais ce ferment ne peut donner lieu à aucun soupçon contre lui ; parce que ne pouvant dans les ténèbres discerner nue ment les objets à la lueur incertaine des flambeaux ac dans l'éloignement, il est tout naturel qu'il s'adteffe de préférence à ce Dieu de l'équivoque. Warburton,

o THE L 1 J 0 qui les reconnaît.

Les serviteurs du Duc, & mon Lieutenant ! — Que la nuit répande sa faveur sur vous, Anus ! quelles nouvelles ?

General , le Duc vous salue, & il demande votre présence dans son palais, à l'infant, dans l'instant même.

OTHELLO

Soupçonnez-vous pour quel sujet ?

Quelques nouvelles de Chypre , autant que je puis conjecturer ; une affaire sans doute importante. Cette nuit même les galères ont dépéché jusqu'à douze mellagers , tous à la file l'un de l'autre. Déjà nom-bre th: ( i ) Conseillers font leyés , & rassembles dans le palais Ducal. On vous a vous-même appelle, demandé plusieurs fois avec c'npretfcntcnt; & voyant qu'on ne vous trouvoit point à votre demeure, le Sénat nous a fait prendre trois toutes différentes pour vous chercher de tous cotés.

OTHELLO

Il est bon que ce soit vous qui m'ayez rencontré.

( I ) Des Nobles qui forment le Grand-Confcil de Vcilifc. Theobuld. Je ne veux que rentrer pour dire un mot dans ce logis, & je pars avec vous.

( Othello entre, dans la maison. )

Enseigne, que fait-il en ce lieu?

Sur ma foi, il a fait cette nuit & conduit A son bord une prise de grande valeur ; si elle est déclarée légitime, il a jetté l'ancre pour toujours.

Je ne vous entens point.

Il est marié.

Et à qui ?

( Othello reparoit.)

Marié à Allons, Général, partons nous ?

OTHELLO

Venez, Amis.

Voici une autre troupe qui vous cherche aussi.

S C E N E VI

BRABANTIO & RODERIGO pa-

roissent avec des Magistrats & un grand

nombre de serviteurs armés qui les éclairent.

C'est Brabantio! Génénl , tenez-vous sur vos gardes : il vient avec de mauvais desseins.

OTHELL O.

Hola ! demeurez à cette distance

RODERIGO à BRABANTIO.

Seigneur, tell le More!

BRABANTIO, avec furie.

Tombez sur lui, le tr.\Îtn.:!

( Les deux partis mettent l'tpec la main. )

A vous, Roderigo : Allons, vous & moi.—

Remettez vos brillantes épées le serein de la nuit peur les ternir. Vénérable Brabantio, vous comnuin-derez mieux ici avec vos années qu'avec vos armes.

BRABANTIO

O toi infâme ravisseur ? où as-tu recelé ma fille ? Ame infernale, tu l'as subornée par tes maléfices car j'en appelle à tous les êtres raisonnables : Si l'af-tendant d'un pouvoir magique ne l'avoit enchaîmée, ma fille! une tille si jeune, si belle, si heureuse , si ennemie du mariage qu'on la vit dédaigner les amans les plus riches & les plus sastueux de notre nation , eût-elle osé jamais s'exposer -1 la risée pu-blique , & fuir des bras paternels au fein basané d'un montre tel que toi, capable d'effrayer, non de plaire? Univers, soyez mon Juge. N'est-il pas évident que tu as pratiqué sur elle un charme im-pie ? que tu as ensorcelé sa tendre jeunesse par l'abus des minéraux , ou des philtres qui renversent le jugement? — Ce point fera discuté, il le fera.

Il en probable. Oui , il cO: manifeste. Je te saisis donc, & je t'arrête comme corrupteur de l'innocence, comme exerçant un art proserit, & en horreur à l'Etat. — Mettez la main sur lui ; s'il résiste, soumettez- le au péril de sa vie.

OTHELLO, avec un geste sur.

Hola ! retenez vos mains , vous qui prenez ma défense , & vous aussi. Si mon devoir étoit de com-bamu , je l'aurois su connoitre sans avoir besoin qu'on m'en laile la leçon.

( à Drabantic* )

Où voulez-vous que je me rende pour répondre à votre accusation ?

BRABANTIO

En prison , jusqu'à ce que le tems preferit par la loi , & les formes du Tribunal t'appellent pour te défendre.

Comment ! si j'obéis , comment satisferai-je aux ordres du Duc? Il m'appelle pour une affaire d'Etat pressante : Voilà ses messagers à mes cotés, prêts à me conduire devant lui.

UN OFFICIER à BRABANTIO.

Rien n'est plus vrai, digne Seigneur ; le Duc cil au Conseil, & , j'en fuis sur, on y attend votre Excellence.

BRABANTIO

Comment ! le Duc au Conseil ? il cette heure de la nuit ?

( Montrant le More. )

Qu'il y foit conduit à l'instant. Ma cause n'cft point d'un intérêt frivole. Le Duc même , &: tous mes Collègues du Sénat ne peuvent s'Ifjipéiher de ressentir cet affront comme leur injure personnelle. Si de tels attentats demeuroient impunis, des efela-ves, des infidèles deviendroient bientôt nos maîtres & ceux de la République.

( Ils firttnt. )

S C E N E VII

La Scenc change. On voit la Salle du Sénat

LE DUC & tous les SÉNATEURS

en Sitruirres font aJJis à une table bordée de

lumières : Plusieurs OFFICIERS se

tiennent à quelque dijldllce.

L K DUC, feuilletant des lettres.

c 1 4 avis n'offrent point entr'eux ce rapport qui confirme les nouvelles.

PREMIER SANATEUR.

En effet, ils s'accordent peu: mes lettres annonce~ cent fcpt galères.

LE DUC

Et les miennes cent quarante.

SECOND SÊNATE V R.

Et les miennes disent deux cent : mais quoi-qu'elles varient sur le nombre , comme il arrive tou-jours que le même objet juge de loin par les hommes produit des différences dans leurs récits, toutes np-. ulant confirment qu \mc flotte Ottomane tient '.t mer, vS: se porte sur ~Une de Chypre.

LE

T orne I. D

LE DUC

J'y trouve assez de vraisemblance pour y arrêter nos idées : je ne me rassure point sur quelques mé-prises des yeux. Je m'attache au fonds du récit, & le sentiment d'une juste crainte le rend certain pour moi.

( Des Mattlots si font mendre en-dedans. )

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