‹ Shakespeare traduit de l'anglois. Tome 1Chapitre 93 sur 124 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

La Scene représente une cour en face

du Palais.

OTHELLO si JAGO paroissent, (i)

VouLii - vous vous arrêter à cette pcnfie>

OTHELLO

A cette pcnfce , Jago ?

JAGO

Quoi, donner en secret un baiser ?

(1) Il faut supposer qu'avant leur entrée sur h sc ene, Jago a cite a Othello Hiifthcns cas qui font livij\o i- t vic'-Mutnctit le crime sans le démontrer lomplettcmm' , r i • ;s-pk* , <j-,x quoiqu'on ait trouvé une homme & ti ic ti.'vn cu-semble , ce n'est pas encore une raison 'k tu0 !'.:IC & tJ'assî;. mer, qu'il se luit paiVc rien de mufiomicte, Jago Iw joue du ~Mots, en seignant Je vouloir le rassurer.

Un baiser que rien ne légitime ?

Ou de s'enfermer seule avec un Amant, dans la nui r, une heure ou deux , sans aucun mauvais des-sein ?

S'enfermer fwule, Jago, sans mauvais dessein ? (1) C'est vouloir en imposer à l'enfer par l'hypocrisie du crime. Ceux qui avec des intentions pures iex-posent ainsi , n'attendent pas que le démon tente leur vertu ; ce font eux-mêmes qui tentent le Ciel.

S'ils s'en tiennent-là, cest une faute légère: mais si je donne à ma femme un mouchoir —

OTHELLO

Eh bien ?

( 1 ) C'est une hypocrisie contre le démon : Les Hypocrites ordi. naires trompent Ici hommes, en affectant de paroitre gens de bien, tandis qu'ils agissent en méchans. Ceux-ci seroient de* hypo. dites d'une autre espèce , qui tromperoient le démon en lui donnant d'abord des espérances flateuses pat des projets crimi-nel, t & en finissant par éviter le crime qu'il les croyoit prêts à commettre. Tel est le sens de cette moralité, & de ce que Shakspeare entend par Vfiypoerijtt du crimi. Eh bien il lui appartient, Seigneur : &r des qu'il lui appartient , elle ett libre, je penfc, d'en faire present à qui lui plaît.

OTHELLO

Son honneur lui appartient de IUelne : peut-elle aussi donner Ton honneur ?

L'honneur est un être invisible. Bien des femmes qui ne l'ont plus, l'ont encore A nos yeux : mais pour le mouchoir.

OTHELLO

Par le Ciel , je voudrois l'avoir oublie î Tu Je nommes — Oh , cette idée revient sur ma mémoire , comme sur la maison dévouée revient le noir corbeau présage de malheur. — 11 a eu mon mouchoir !

Oui, qu'importe ?

OTHELLO

Ceci devient plus fmiilre.

Que feroit-ce si je disois l'avoir vu vous faire outrage, l'avoir entendu < ea vanter ? ( comme il est pu le monde des traitres qui après avoir, à force de poursuites, fubju ;ue certaine* belles, ou avoir abusé du délire de leur p.tllton , ne peuvent s euipeth?r de divulguer leur ti iomplie )

S'cll-il vante de quelque chose

Oui, Seigneur ; niais soyez-en bien sûr, il n'a rien dit qu'il ne foit prêt à nier au besoin.

OTHELLO

Qu'a-t-il dit ?

Quoi , ce qu'il a Je ne fais pal ce qu'il a fait.

OTHELLO

Quoi, quoi ?

Avoir été reçu.

OTHELLO

Dans son lit.

OTHELLO

Avec elle?

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