‹ Shakspeare et son œuvreChapitre 17 sur 46 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LE ROI

Oh ! si ces larmes qui tombent sur ma face pouvaient laver ma conscience d'un crime! quand je lève les yeux au ciel, j'y vois ma faute. La terre crie à mon forfait : Paye-moi le meurtre du roi ton frère et l'adultère que tu as commis ! Oh ! ce sont des péchés impardonnables. Ah! dites! quand mes péchés seraient plus noirs que le jais, la contrition pourrait encore les rendre blancs comme la neige. Mais si je persévère dans le péché, ce sera un acte de révolte contre l'universelle puissance. Courbe-toi, malheureux, plie-toi à la prière, demande grâce au ciel pour échapper au désespoir! (n sagenouiue.)

Entre HAMLET.

HAMLET. '

Oui, c'est cela, approche et achève ton œuvre. Ainsi il meurt et je suis vengé. Non, pas ainsi. Il a surpris mon père endormi, gorgé de péchés; et qui sait, hormis les puissances immortelles, comment son âme s'est présentée dans l'empire des cieux? Et moi, tuerai-je celui-ci maintenant, au moment où il

HAMLET. 18

purifie son âme? Lui ouvrir le chemin du ciel, c'est un bienfait et non une vengeance. Non, qu'il se relève ! Quand il sera en train de jouer, de jurer, de faire une orgie, de boire, ou- dans les plaisirs incestueux de son lit, ou occupé d'une action qui n'ait pas même l'arrière-goût du salut, alors, culbutons-le, de façon que ses talons ruent vers le ciel, et qu'il tombe aussi bas que l'enfer. Ma mère m'attend. Ce remèdelà ne fait que prolonger ton agonie. (Hamiet sort.)

LE ROI

Mes paroles s'envolent : mes péchés restent en bas. Nul roi n'est en sûreté, s'il a Dieu pour ennemi.

(Le roi sort.)

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