SCENE XXV
[Dunsinane. Une autre partie de la plaine.] MACBETH.
J'ai été lié à un poteau; je ne puis pas fuir, et il faut que je me batte jusqu'au bout comme un ours... Où est celui qui n'est pas né d'une femme? C'est lui que je dois craindre, ou personne.
Entre le jeune SIWARD.
LE JEUNE SIWARD
Quel est ton nom ?
MACBE1H.
Tu seras effrayé de l'entendre.
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LE JEUNE SIWARD
Mon, quand tu t'appellerais d'un nom plus brûlant que tous ceux de l'enfer.
Mon nom est Macbeth.
LE JEUNE SIWARD
Le diable lui-même ne pourrait prononcer un titre plus odieux à mon oreille.
MACBETH
Non, ni plus terrible.
LE JEUNE SIWARD
Tu mens, tyran abhorré; avec mon épée je vais te
prouver ton mensonge, dis te battent; le jeune Siward est toé.)
MACBETH
Tu étais né d'une femme... Je souris aux épées, je ris jusqu'au dédain des armes brandies par un homme qui est né d'une femme, (u sort.)
Fanfare d'alarme. Entre MAC DU FF.
MACDUFF
Le bruit est de ce côté... Tyi-an, montre tafaee;
si tu n*es pas tué de ma main, les ombres de ma femme et de mes enfants me hanteront toujours. Je ne puis pas frapper les misérables Irlandais, dont les bras sont loués pour porter des bâtons. C'est toi, Macbeth, qu il me faut; sinon, je rentrerai au fourreau, sans en avoir essayé la lame, mon épée inactive. Tu dois être par là. Ce grand cliquetis semble annoncer un combattant du plus grand renom. Faisle-moi trouver, fortune! et je ne demande plus rien.
(il sort. Fanfare d'alarme.)
Entrent MALCOLM et le vieux SIWARD.
SIWARD
Par ici, monseigneur;... le château s'est rendu sans résistance; les gens du tyran combattent dans les deux armées; les nobles thanes guerroient bravement; la journée semble presque se déclarer pour vous, et il reste peu à faire.
MALCOLM
Nous avons rencontré des ennemis qui frappent en l'air.
SIWARD
Entrons dans le château, seigneur, du sortent. Fanfaro
d'alarme.)
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Rentre MACBETH.
MACBETH
Pourquoi jouerais-je le fou romain et me tueraisje de ma propre épée? Tant que je verrai des vivants, ses entailles feront mieux sur eux.
Rentre MAGDDFF.
MACDUFF
Tourne-toi, limier d'enfer, tourne-toi,
MACBETH
De tous les hommes, je n'ai évité que toi seul ; mais va-t'en! mon âme est déjà trop chargée du sang des tiens.
MACDUFF
Je n'ai pas de paroles, ma voix est dans mon épée, misérable aux crimes sans nom ! au se battent.)
MACBETH
Tu perds ta peine. Tu pourrais aussi aisément balafrer de ton épée l'air impalpable que me faire saigner. Que ta lame tombe sur des cimiers vulnérables : j'ai une vie enchantée qui ne peut pas céder à un être né d'une femme.
273 SHAK8PEARE.
MACDUFF
N'espère plus dans ce charme. Que l'ange que tu as toujours servi t'apprenne que Macduff a été an-aché du sein de sa mère avant terme.
MACBETH
Slaudite soit la langue qui me dit cela ! car elle vient de battre en moi le meilleur de l'homme. Qu'on ne croie plus désormais ces démons jongleurs qui équivoquent avec nous par des mots à double sens, qui tiennent leur promesse pour notre oreille, et la violent pour notre espérance!... Je ne me battrai pas avec toi.
MACDUFF
Alors, rends-toi, lâche ! Et vis pour être le spectacle et Tétonnement du siècle. Nous mettrons ton portrait, comme celui de nos monstres rares, sur un poteau, et nous écrirons dessous : « Ici on peut voir le tyl-an. »
MACBETH
Je ne me rendrai pas. Pour baiser la terre devant les pas du jeune Malcolm I ou pour entendre la canaille aboyer contre moi ses malédictions ! Bien que la forêt de Birnam soit venue à Dunsinane, et que tu sois mon adversaire, toi qui n'es pas né d'une femme, je tenterai la dernière épreuve; j'étends devant mon
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corps mon belliqueux bouclier : frappe, Macduff; et damné soit celui qui le premier criera : « Arrête!
assez! » dis sortent en se battant.— Retraite. Fanfare.)
Rentrent MALGOLM, le yieux SIWARD , ROSSE,
et des soldats.
MALCOLM
Je voudrais que les amis qui nous manquent fussent ici sains et saufs!
SIWARD
Il faut bien en perdre. Et pourtant, avoir ceux qui restent, une si grande journée ne nous a pas coûté cher.
MALCOLM
Macduff nous manque, ainsi que votre noble fils.
ROSSE, à Siward.
Votre fils, mylord, a payé la dette du soldât ; il n'a vécu que jusqu'à ce qu'il fût un homme ; à peine sa prouesse lui a-t-elle confirmé ce titre au poste où il a combattu sans lâcher pied, qu'il est mort comme un homme.
SIWAfiD.
Il est donc mort?
ROSSE
Oui, et emporté du champ de bataille. Votre douleur ne doit pas se mesurer à son mérite, car alors elle n'aurait pas de fin.
SIWARD
A-t-il reçu ses blessures par devant?
ROSSE
Oui, de face.
SIWARD
Eh bien! qu'il soit le soldat de Dieu! Eussé-je autant de fils que j'ai de cheveux, je ne leur souhaiterais pas une plus belle mort. 11 suffit : voilà son glas sonné.
MALCOLM
Il mérite plus de regrets ; il les aura de moi.
SIWARD
Il n'en mérite pas plus. On dit qu'il est bien parti, et qu'il a payé son écot. Il suffit. Que Dieu soit avec lui!... Voilà une consolation nouvelle.
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Rentre MACDUFF, portant la tôte de MACBETH.
MACDUFF
Salut, roi ! car tu l'es. Regarde ce qu'est devenue la tête maudite de l'usurpateur. Notre temps est libre! Ceux que je vois autour de toi, perles de ta couronne, repètent mentalement mon salut ; je leur demande de s'écrier tout haut avec moi : Salut, roi d'Ecosse !
TOUSi
Salut, roi d'Ecosse! (Fanfare.)
Voilà Macbetkl C'est le crime! c'est le remords! c'est la faiblesse de l'homme fort contre la séduction de la femme passionnée et perverse. C'est surtout l'expiation immédiate du forfait par la vengeance occulte de Dieu. On y sent l'invincible honnêteté de Shakspeare. Le poëte est d'intelligence 3vec Dieu*.
Il s'en faut de beaucoup cependant que Macbeth vaille Hamlet comme conception dramatique. La feinte folie d'Hamlet et la faiblesse de sa mère, et les larmes et la mort d'Ophélia sont des éléments tragiques bien autrement féconds en situations que les deux gros crimes purs et simples de Macbeth. Les sorcières sont loin de l'apparition nécessaire de l'ombre du roi, père d'Hamlet, qui gouverne et
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éclaire la résolution d'abord chancelante de son fils. Le dénoûment seul est faible, pressé, confus. Le poëte, on le voit, ne sait comment se débarrasser de cette masse de coupables, de demi-coupables et d'innocents qui ne peuvent plus vivre parce qu'ils ne peuvent plus ni régner innocemment, ni s'unir convenablement comme OphéliaetHamlet, meurtrier par hasard de son père. Il les jette tous avec peu de vraisemblance aux dieux infernaux ; mais la pièce, à cela près, est la tragédie la plus tragique de tous les théâtres; Macbeth, c'est la fatalité du crime! M. Jules Lacroix vient de l'immortaliser de nouveau dans notre langue, avec un talent qui ne rougit pas d'avouer l'origine de son inspiration. Qu'importe que cette inspiration vienne d'Athènes ou de Londres ? Oreste ou Macbeth ne sont que des noms, celui qui les fait agir ou parler, dans quelque langue que ce soit, est le vrai créateur.
/ Après ces immortels chefs-d'œuvre de Shakspeare, des drames latins d'origine, tels que Jules CHar^ Othello^ le Roi Lear^ se disputent l'admiration de l'univers; nous ne les analyserons pas. Il nous est cependant impossible de ne pas remarqpier dans
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Jules César, Antoine, Brutus, Cassius, Cicéron, Tétonnante compréhension d'homme d'État que Shakspeare avait puisé dans Plutarque : il avait compris Rome et le peuple romain comme s'il était né sur le quirinal. Lisez l'habile discours d'Antoine au peuple romain , au commencement duquel Antoine semble tâter son auditoire et vouloir maudire César, et à la fin duquel il lit le testament du dictateur en faveur du peuple, déploie sa robe percée de coups de poignards, et finit par lui faire arracher les bancs et la tribune pour y mettre le feu et aller incendier les maisons des meurtriers de César. Il n'y arien de plus beau, parce qu'il n'y a rien de plus vrai dans l'histoire de l'habileté de l'orateur politique et de la versatilité du peuple.
Quant à Othello, ce n'est que le roi des mélodrames. Un vieux More, qui a bien servi la république de Venise, inspire une passion ardente et sincère à Desdémona, fille d'un citoyen vénitien, et l'épouse. Il a dans sa domesticité un vil traître appelé lago , qui craint l'influence de la nouvelle épouse sur le More et qui cherche à lui inspirer d'odieux soupçons contre la fidélité de Desdémona. Othello est envoyé par la République à Chypre pour la défendre contre
L>Ki SHÂKSPEARE.
la flotte des Turcs qui doit l'attaquer. La tempête engloutit la flotte. Othello, accompagné de Cassio, son brave et fidèle lieutenant, arrive dans l'île ; lago, par une série de perfidies , parvient à donner à Desdémona les apparences du crime avec l'innocent lieutenant Gassio. Othello entre dans la fureur jalouse et sombre attribuée à sa race.
Voici la dernière scène de cette abominable boucherie plutôt que tragédie : il y a horreur, mais peu de talent ; ce sont les actes et les cris forcenés d'un insensé qui étouffe celle qu'ir adore ; l'horreur seule a attaché le peuple à cette abomination. Voici l'acte du crime, toute la tragédie dans les dernières scènes ; on en jugera. Cela est à mille lieues d!Hamlet et même de Macbeth.