‹ Shakspeare et son uvreChapitre 2 sur 77 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quoi qu'il eu suii, quand ses iliels-d'niuvre, Ion temps négligés, furent tout à coup tïréa de l'oubli pour ses compatriotes par le talent d'un merveilleux acteur fatrrirk: et quand le bruit de cette renais-

[>an"irirent au\ ureilli'S de \nllain', ;'i In lin (lu der-

niei* siècle, cet oracle uimerse! du goût européen se .souleva, et, dans mie lettre à l'Académie française 1 , lue par il'AIeuibert , Voltaire protesta en faveur d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, de Corneille, de Racine, et, sans se nommer, de lui-même, contre cet engouement exclusif des Anglais. Il voulut que» l'Europe apprît & connaître ce qu'on prétendait lui foire .dorer; il Urfubit lillérJenicni quelles passages de ces drames grossiers et obscènes du poète anglais. L'Académie française, cette fille de l'antiquité, recula d'effroi. On pareil langage, ces taches honteuses lui cadièrenl le génie étïncelant de Sbatspeare.

Les fanatiques à tout prix de ce grand homme nièrent à tort la fidélité de la traduction et la possibilité d'un tel scandale ; ils se trompaient : la traduction était sincère, le scandale èiait ■:■'■<■] , H si inhpluiiie chaste osait aujourd'hui [induire les ignobles obscénités dont la nourrice de Juliette salit l'oreille wrginalc de l'amante de Roméo, on trouverait que Voltaire est bien loin d'avoir tout dénoncé à la

France. La pudeur a fait, en tout pays et en tout siècle , partie du beau dans le drame et dans la langue. Il fallait que h pnptil.irc policée d* Athènes

C'est que l'auditoire d'Uhénes cl tic Paris était un peuple, et que l'auditoire île Londres était une populace.

Certes, si l'on se place au point de vue des défauts de goût, des inconvenances, des grossièretés, des obscénités, des scrupules même de style dont les pièces do l'Eschyle et du Molière anglais sont déshonorées, Voltaire n'est pas trop sévère; s'il faut tout dire môme , et je n'en voudrais pour preuve que le plus pathétique de ses draines, llo.iit-n. l'indignation de l'homme de goût dans Voltaire n'atteint pas l'ordure du scandale. Si l'on me disait; Donnez vos preuves et cites, je répondrais : Lisez vous-même, lisez seul loin de vos femmes et de vos filles, car

telles horreurs sans faire mugir même lin corps de garde.

Mais si l'on se place au point de vue de la conception, de l'éloquence, de la fécondité, de la vérité, de la sublimité du génie de cet homme incomparaliU-, Voltaire a tort ; il se laisse elfacer le soleil de l'art par une lâche dans son télescope. (> qu'il fallait dire pour Stre vrai , à la place de Voltaire, c'est que dans cet homme émiuenl (ShaLspcare), tout était im-

mciiso , le mauvais goûl comme le génie ! Voilà la

Maintenant, ce mauvais goût appartenait -il a Sbakspeare ! Appartenait-il a son auditoire ? Nous

poète. Le parterre est le souverain absolu de l'auteur dramatique. ICI de même qu'on flatte le tigre en lui jetant de la chair corrompue, ou Halle la populaire en jetant du mauvais goût et de l'impudeur à son rire immoral et stupide. Les mauvaises pièces pont la contre-épreuve des mauvais temps.

Ce n'est pas cependant, que le siècle littéraire d'IÏ- Usabetb, lexn* siècle dans lequel écrivit Sliakspeare, fût un siècle barbare; c'était plutôt un siècle trop quinlesscncié . un àïtu d'atTclerie et de corruption de style ; car il faut remarquer qu'en Italie, en France, comme en Angleterre, la littérature des peuples ue commence pas par la barbarie , mais par l'afféterie. Les peuples, dans ces époques de naissance ou de renaissance, prennent les m/mitres pour la nature: avant d'être simples, ils sont atauibiqués. C'est celle prétention de si; le jointe à la barbarie, qui forme le principal caractère îles écrivains de ces âges. Le simple dans le grand, qui est le véritable caractère <ii; lit-mi eu ri h Miidmii- ■ ii'utTi\c près. <"-■-: l<! :i 11 literie de langage, juinte ù la sordidité des expressions et des images , est aussi le caractère des drames de Shakspearc. Il n'a fallu rien moins que la supériorité incommensurable de son génie el de son éloquence,

SUA KSPKAHE.

pour faire triompher à bon droit et à jamais ses qualités de ses défauts.

Avantd'étudiei l'œuvre, ou veut connaître l'homme. L'homme, dans Sliakspearc, a beaucoup de rapport ;iv>t Unlii'rr. h- plus ur-.-Ht^i linn ■ ili Li sréiif française et peut-être de toutes les scènes de l'Kiiropr. Ce fut moins un homme d'art qu'un homme de métier. La scène le créa: il fut l'enfant du parterre ; le public le fit à sa nuise et à sou image. Seulement, Molière, infiniment plus pariait dans son stylo, ne fut que comique. Sliakspeare fut comique et trafique tout à la fois, pathétique comme Euripide, philosophe comme Sophocle, sublime comme Corneille, tendre comme Racine.

Tous les instruments à l'aiile desquels on émeut les hommes allaient à sa main ; le Scapin de Molière ou le FalstalTde ShaLspearc sont de la môme famille. Le rêve ou les larmes éclatent ou coulent de la même veine, au gré de ce maître du cn'in* humain. C'est là ce qui en fait un homme unique, un comMicn incomparable, l'universalî té .

de la bourgeoisie. Sun prra éliiit marchand de laines; on tondait les troupeaux dans la maison. Quelques biographes prétendent qu'on y vendait la viande des brebis immolées par le père du poêle, everç uit aussi

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