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CHAPITRE PREMIER

Jeunesse de Shakspeare. — Son mariage et son déparl pour Londres. — État de l’art dramatique au moment où il y arrive. — Lutte entre les classiques et les romantiques. — Lyly et Marlowe, prédécesseurs de Shakspeare. — Condition des acteurs, troupe dans laquelle entre le

poète Ses rapports avec Burbadge. — Ses premiers drames, 77/us

Andronicus, Périclis, la trilogie de Henri VI. — Ses deux premières comédies, les Méprises et la Méchante domptée. — Ses poèmes et ses sonnets. — Ce que ses premières oeuvres nous apprennent de sa vie.

Plusieurs questions se présentent naturellement à l’esprit au début d’un travail sur les œuvres de Shakspeare. On se demande tout d’abord quelle a été sa jeunesse, quelle éducation il a reçue, quelles causes ont pu influer sur sa vocation dramatique et dans quel état il a trouvé le théâtre quand il l'a abordé. La biographie du grand dramaturge, malgré le soin et l’amour avec lesquels elle a été faite par les Anglais , satisfait mal notre curiosité. Elle recueille les plus puériles anecdotes, mais elle nous donne peu de détails sur ses premières années. Nous

savons seulement qu’il était né le 23 avril 1564 à Strate ford-sur-Avon , dans le comté de Warwick, que sa famille appartenait à la bourgeoisie, que, pendant plusieurs générations , elle avait exercé des fonctions publiques , et que , peu de temps après la naissance du poète, ses parents étaient tombés dans la misère. Son père était cardeur de laine, suivant les uns; boucher, suivant les autres; suivant tous, alderman; et, en tout cas, il devint fort pauvre, puisqu’en 1579 il fut exempté d’une taxe imposée à ses confrères.

Le jeune William passa néanmoins plusieurs années à l’école, et y reçut l’instruction élémentaire qui devait lui permettre de se former seul plus tard et de suppléer à des études incomplètes par le travail individuel. On a beaucoup discuté sur le degré de science de Shakspeare, et on est allé en général d’un extrême à l’autre. Au dernier siècle, les critiques l’accusaient d’une entière ignorance; aujourd’hui, on le considère comme un savant universel. Un de ses biographes, qui découvre chez lui une connaissance complète du droit anglais, en conclut qu’il a dû travailler dans une étude d’avocat; un autre le soupçonne d’avoir été braconnier, parce qu’il emploie, avec une parfaite exactitude, tous les termes de chasse. Un troisième suppose qu’il ne peut pas avoir si bien décrit les mœurs et la nature de l’Italie, sans avoir fait un voyage dans la Péninsule. C’est à qui donnera une nouvelle preuve de l’étendue de ses connaissances. La vérité est que Shakspeare ne fut ni un ignorant ni un érudit. Il n’apprit sans doute , dans la modeste école de sa petite ville, que peu de latin et point de grec ’, comme le

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