‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 104 sur 110 · SHELLEY A PISE ET V CASA MAGM · texte numérisé non relu

SHELLEY A PISE ET V CASA MAGM

iiil admirari, quoiqu'on puisse l'appliquer à propos, me semble un mauvais signe dans une jeune personne. J'aimerais mieux qu'une de mes élèves conçût une passion frénétique pour .Marini lui-même, que de lui voir découvrir en critique les défauts du plus défectueux auteur ; si aile conçoit d'elle-même une admiration naturelle pour la plus belle scène du Piinjatoire, ou le début du Paradis, ou pour quelque autre excellent morceau dédaigné, il faut alors espérer de grandes choses.

11 n'y a qu'une chose, avec le beau littéraire, dont Shelley ne se désistéresse pas, c'est le triomphe de la vérité et du bien dans le monde qui a été sa première passion, et sera sa dernière.

Il me semble, écrit-il à Horace Smith, le 29 juin, que maintenant les choses en sont arrivées à une crise qui exige que tout homme exprime nettement ses sentiments sur rineffîcacité des rehgions existantes, aussi bien que des systèmes politiques, pour réprimer et guider l'humanité. Voyons la vérité, partout où elle peut être. La destinée de l'homme ne peut être assez misérable, pour qu'il ne soit né que pour mourir; et si tel devrait être son sort, les illusions, spécialement ces grossières et déraisonnables illusions de la religion existante, ne sont pas de nature à beaucoup l'élever. Si chacun disait ce qu'il pense, elle ne subsisterait pas un seul jour. Mais tous, plus ou moins, nous subissons l'intluence de l'atmosphère qui nous entoure, et contribuons aux maux que nous déplorons par l'hypocrisie dont ils sont la source.

L'Angleterre parait être dans une condition désespérée, et l'Irlande dans une pire encore; et aucune classe de ceux qui vivent sur le travail public ne veut se persuader qu'elle doit beaucoup rabattre de ses prétentions. Ainsi le gouvernement devrait alléger les taxes, le propriétaire foncier se résigner à toucher moins de revenus, et le capitaliste moins d'intérêts, ou bien ils n'aboutiront à rien

OU à quelque chose de pire que rien. J'avais songé un jour à étudier ces questions, et à écrire ou à agir en ce sens. Je suis heureux que mon bon génie m'ait dit : halte-là \ Je vois si peu de vertu pubhque, et je prévois que le combat sera un combat de sang et d'or, deux éléments qui sont fort de mon goût dans ma poche et dans mes veines, mais qu'en dehors de cela je réprouve...

J'habite toujours cette divine baie, lisant les drames espagnols, naviguant et écoutant la musique la plus enchanteresse. Nous avons quelques amis avec nous, et mon seul regret, c'est que l'été doit toujours passer, ou que Marv n"a pas pour ce séjour la même prédilection que moi; si j'écoutais cette prédilection, je ne changerais plus jamais de quartiers.

Nous avons dans cette dernière lettre comme le testament politique et religieux de Shelley ; si ses idées se sont élucidées, élargies, épurées et élevées, elles n'ont pas pour le fond dévié de leur direction depuis la Beine Mab.

Il y aurait un curieux parallèle à faire entre ce premier poème de Shelley et le dernier: le Triomphe de lavie. L'un estl'embryon, l'autre l'efflorescence suprême de son génie.

De l'inspiration des philosophes du xvm^ siècle, il a passé à celle de Platon et de Dante. L'imitation de la Divine Comédie jusque dans le rythme (rima terza) est évidente. Ce n'est plus Virgile, « dont le génie trop modeste a affecté le rôle d'imitateur, alors même qu'il créait à nouveau tout ce qu'il copiait, » qui sera le guide du poète en face de cette merveilleuse, vision, mais un génie plus moderne, un poète en prose, qui lui aussi a soulevé un coin du voile de la

Page 1