‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 108 sur 110 · FRAGMENTS POSTHUMES DE MARGARET NIGHOLSON · texte numérisé non relu

FRAGMENTS POSTHUMES DE MARGARET NIGHOLSON

Mélodie pour une scène des premiers temps.

Es-tu donc partie pour toujours, — pour toujours, toujours perdue pour moi? Ce pauvre cœur doit-il battre solitaire, oubattre pour toute autre chose que pour toi? Ah 1 pourquoi l'amour a-t-il été donné aux mortels, pour les élever à la hauteur du ciel, ou les précipiter dans les profondeurs de l'enfer ?

Cependant, je ne te fais aucun reproche, ma chère! Ah! non, les agonies qui gonflent cette poitrine haletante, cette cervelle aff"olée, pourraient éveiller la larme de mes yeux qui sommeille. Oh ! le ciel m'est témoin que je t'aimais, le ciel sait que je t'aime encore ; il connaît l'inutile tressaillement qui a navré mon cœur, quand le jugement de la raison a essayé en vain de feffacer de ma mémoire, chose impossible à jamais. Oh! j'en appelle à ce jour béni où la plus farouche extase de la passion était de la froideur à côté des joies que j'ai connues, alors que tout chagrin s'était enfui. Oh ! je n'avais jamais vécu auparavant;... mais maintenant ce bonheur n'est plus!

Et maintenant je cesse de nouveau de vivre. Je ne te blâme pas d'aimer ; oh non ! La poitrine qui sent cette douleur pleine d'angoisses ne palpite que pour ton bonheur! Deux années d'indicible féheité sont parties ; je te remercie, très chère, pour le rêve.

Il est nuit ; — quel cri faible et lointain arrive sur le sauvage et capricieux souffle du vent ? Il gémit sur les plaisirs passés ; il gémit sur les jours évanouis. 0 heures traînantes, que vous êtes lentes à vous envoler !

Je vois une sombre vallée qui s'allonge ; la noire vision finit à la tombe ; mais plus sombre est l'obscurité leurrante qui assombrit la vallée qui m'en sépare. Dans mon sommeil visionnaire, il me semble toujours partager ton sourire ; il me semble toujours être suspendu à ta voix.

Vous me dites encore :« aie confiance en moi, car je suis à toi, à toi seul, et je dois être toujours, toujours à toi. » Mais toujours en me réveillant, à travers mes sens angoissés, je sens couler une plus cruelle, une plus terrible agonie !

Page 1