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CHAPITRE III

SHELLEY ROMANCIER, ZASTROZZi: — SAIlxT IRVYNE

PourShelley, concevoir, c'était exécuter; en littérature et en poésie, comme en morale. Communiquer à ses semblables son idéal du beau et du bien, l'exprimer dans une forme telle quelle, mais qui traduisît fidèlement ses impressions présentes, était pour son esprit un impérieux besoin. De là cette soif de publier qui le dévore dès ses années d'Eton ; aucune parcelle de vérité, aucune étincelle de beauté ou d'amour ne devait être perdue pour le monde. Avec sa faculté de s'approprier tout ce qui était en harmonie avec les tendances de son propre génie, porté vers le merveilleux, le gigantesque, le surhumain, il n'est pas étonnant qu'il ait choisi ses modèles parmi ces conteurs d'horreurs sublimes, d'histoires extravagantes et troublantes, de ballades romantiques et échevelées qui pullulaient alors en Angleterre. Il avait frissonné et pâli en les lisant; et plein

de son sujet, tout palpitant encore des divines émotions ressenties, il essayait à son tour de faire frissonner et pâlir le monde.

En avril 1810, paraissait, chez MM. G. Wilkie et J.Robinson,un roman intitulé : Zas(rozzi,^^T P.B.S.

M. Rossetti se demande comment il put se trouver alorsun éditeur en chair eten os pour acheter 40 livres le privilège de publier une pareille rhapsodie, et des Reviewers ^ T^ouY le critiquer et relever ses prétendues immoralités. Sans doute ce roman estloin d'être un chef-d'œuvre; il est conçu dans le genre de ces romans terribles que les Anglais appellent romans de sang et de tonnerre iblood-and-thunder) mis à la mode par Anne Radcliffe et Lewis. Il exagère encore les défauts da genre; il trahit la plus naïve inexpérience de la composition littéraire ; il n'y faut chercher ni suite, ni enchaînement d'action, ni variété, ni vraisemblance. Mais il ne faut pas oublier, en le jugeant, que son auteur n'avait que seize ou dix-sept ans quand il l'écrivit^; et à la regarder de près, on peut y découvrir en maints endroits le germe des brillantes qualités, comme aussi des défauts qui caractériseront ses

1. Zastrozzi fut rudement malmené dans la Critical Review, nov. 1810. Le seul pointcurieux de cette critique, c'estque Shelley y est déjà •dénoncé comme le monstre de perversité que flétriront si amèrement la Quarterley Review et la Literary Gazette. « Le récit lui-même, et le style dans lequel il est écrit sont tellement méprisables que nous l'aurions passé sous silence, si notre indignation n'avait été excitée par la gi'ossière immoralité qui s'y étale tout à nu... L'auteur ne saurait être l'objet d'une réprobation trop sévère. Son absurde et stupide jargon ne peut le sauver de l'infamie ni son volume du feu. »

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