Zastrozzi fut lécrit en 1808 et
premiers essais poétiques. Les caractères qui y sont ébauchés reparaîtront plus tard transfigurés par le pinceau magique du poète; le héros de ZastrozMàeviendra celui de Laonet Cythna, et plus d'un épisode du roman passera dans le poème.
Malgré tout, on y sent en maints endroits palpiter un cœur d'homme, on y entend le cri de la passion sincère et forte, quelque chose de cette éloquence vibrante et profondément dramatique qui éclatera dans les Ceiici.
« Quoique très impropres à me caractériser tel que je suis aujourd'hui, écrivait Shelley lui-même trois ans après l'apparition de Zastrozzi^ cependant ces romans peuvent servira marquer l'état démon esprit à l'époque de leur composition '. » On peut résumer cet état au point de vue moral et philosophique, en disant queTâme de Shelley était alors comme partagée entre une certaine admiration pour le fatalisme des grandes passions, et le culte de l'héroïsme, ou de la volonté humaine se mettant au service de cette fatalité. Ce principe souverain de la vie morale, qu'il appelait ÏQself control, l'empire sur soi-même, il l'a incarné dans un de ses héros, Zastrozzi.
Pietro Zastrozzi est le fruit des amours d'un certain conte italien Verezzi avec OUvia Zastrozzi; séduite à
1. Lettre à Godwin, 1812. Dans une lettre du 8 mars, il caractérise ainsi cet état mental : « C'est à vous, à vos ouvrages que je dois cet inestimable bienfait d'être sorti de cet état de maladie et de léthargie intellectuelle où j'étais plongé il y a deux ans, et dont Saint-Irvyne et Zastrozzi furent les visions désordonnées, sans être originales. »
quinze ans, puis cruellement abandonnée par son séducteur. Olivia, en mourant, a fait jurer à son fils de la venger. Non content d'avoir plongé un poignard dans le sein de son père,Zastrozzi s'acharne à poursuivre l'héritier de ce nom détesté, le jeune comte Verezzi. Mais afin de savourer à loisir les délices de la vengeance, il a recours à tous les raffinements de tortures morales que la plus infernale imagination peut lui suggérer pour faire souffrir sa victime, tout en épargnant sa vie. Shelley trouvait cette donnée dans le fameux roman de Godwin, Kaleb William, persécuté lui aussi de la même façon par M. Falkland.
C'est dans son amour que Zastrozzi veut surtout atteindre Verezzi. Deux femmes se disputent cet amour : l'une, une certaine Julia, marquise de Strobazzo, à qui Verezzi a donné son cœur et sa vie; l'autre, une adorable et abominable sirène, Matilda, comtesse de Laurentini : toutes deux, belles, riches, brûlant de la même passion jalouse, débordante, irrésistible.
Au début du roman, Verezzi, en chemin pour rejoindre Julia qui l'attendait à ÎN'aples, apparaît dans une auberge de Munich, profondément endormi par un breuvage que lui a fait verser Zastrozzi. Deux sbires, au service de celui-ci, Ugo et Bernardo, l'emportent endormi dans une voiture, et le déposent au sein d'une immense forêt dans une caverne béante au fond d'une sombre vallée. De même, dans Laon et Cythna, Laon séparé de Gythna, comme Verezzi de Julia, est transporté évanoui dans la mystérieuse
caverne surmontée d'une colonne, où l'attendent d'inimaginables tortures *.
Verezzi se réveille dans la stupeur en face de son ennemi qui lui ordonne de le suivre. Ils arrivent à une porte de fer, qui s'ouvre sur un cachot formé par le roc, où l'infortuné Verezzi est fortement lié au mur, comme Laon à la colonne, « avec des chaînes d'airain qui rongent la chair et les membres nus. » Laon lui, « mord ses chaînes et cherche à rompre ses liens de diamant, sans pouvoir mourir. * »
Verezzi n'a plus d'autre soutien que sa propre pensée qui est son plus grand tourment, et implore la mort de ses bourreaux. Le silence seul lui répond. « Plusieurs jours et plusieurs nuits qui semblent sans fin se passent dans cette uniformité monotone d'horreur et de désespoir. C'est à peine s'il frémit quand il sent un lézard visqueux traverser ses membres nus et immobiles; les larges vers de terre, qui s'enlacent dans sa chevelure longue et entremêlée, ne lui inspirent presque plus d'horreur. Les quelques semaines qui s'écoulent dans ce tourment semblent à son imagination éperdue d'innombrables années. » Promethée, lui aussi, enchaîné à son roc par des chaînes de fer comptera par ses douleurs « les moments qui lui semblent autant d'années ^ »
Verezzi parvient cependant à tromper la surveillance de ses farouches gardiens et s'enfuit au clair de lune à travers la bruyère, poursuivi par Zastrozzi.