Promélhée délivré, t. III, p
Miraculeusement sauvé par un pin gigantesque qui abrite son sommeil, il arrive enfin à Passau, où il s'endort dans les rues encore désertes sur un escalier de pierre. Il y est réveillé par une vieille femme portant une corbeille de fleurs qu'elle allait vendre au marché'. Claudine (c'est le nom de la vieille) recueille le malheureux jeune homme pour remplacer son fils qu'elle vient de perdre, et l'emmène dans son humble cottage, « enclos plaisant et cultivé sur une petite colline au pied de laquelle coule le majestueux Danube. »
Quand le soir Us s'assirent ensemble devant la porte du cottage : « Quelle pensée, dit Verezzi à Claudine, vous a inspiré de me faire cette otfre ce matin? » — « Ah! dit la vieille femme, la semaine dernière j'ai perdu mon fils, qui était tout pour moi : et j'allais au marché pour la première fois depuis sa mort, espérant y trouver quelque paysan qui voudrait tenir sa place, quand la fortune vous a mis sur mon chemin. J'avais espéré qu'il me survivrait, puisque me voilà m'en allant bien vite vers la tombe, au devant de laquelle je vais comme au devant d'une amie, qui doit me soulager des soucis croissant, hélas! avec mes ans. »
Verezzi, touché de compassion, lui proteste tendrement qu'il ne l'abandonnera point, et que s'il dépend de lui, elle ne connaîtra plus la pauvreté.
Cette première partie du récit de Shelley offre déjà un de ses procédés de composition favoris, le contraste entre les plus noires, les plus terribles inventions d'une imagination en délire, et les plus douces, les