‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 19 sur 110 · PREMIERS ESSAIS POÉTIQUES ET PREMIÈRES AMOURS · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS POÉTIQUES ET PREMIÈRES AMOURS

Pendant cette année 1809-1810, l'intervalle entre Eton et Oxford, que Shelley passa dans la maison paternelle, son activité intellectuelle fut vraiment prodigieuse ; romans el recueils poétiques, études et expériences scientifiques, correspondances littéraires et métaphysiques, il mène de front toutes ces occupations si diverses, et trouve encore du temps pour des voyages à Oxford et à Londres, des parties de chasse, des promenades sans fin avec son cousin Medwin dans la forêt enchantée de Saint-Léonard,

« Où les vipères ne piquent jamais.

Où les rossignols ne chantent pas. »

Pendant cet hiver, les deux cousins écrivirent ensemble, en chapitres alternés, le commencement d'un extravagant roman, où une hideuse sorcière jouait le principal rôle. Le portrait de cette sorcière

passa de la prose du roman dans les vers du Juif Errant qui les occupa bientôt après.

Un jour, Medwin et Shelley découvrirent chez un bouquiniste la traduction anglaise d'un fragment du Juif Errant de Christian Shubart. Ce fragment plein d'une étrange et sauvage éloquence frappa singulièrement Shelley, qui ne rêva plus que de la merveilleuse légende. Elle devint aussitôt le sujet d'un roman en vers auquel les deux cousins travaillèrent en commun.

Quand il yeut sept ou huit chants terminés, Shelley les envoya à Campbell*, pour lui demander son avis touchant la publication. Campbell renvoya le manuscrit avec cette note, qu'il n'y avait trouvé que deux bons vers :

« It seemed as if an angel's sigh

Had breathed the plaintive symphony. 2 »

(( Ce jugement souffla sur nos espérances d'immortalité, « dit Medwin. Cependant, malgré la sentence de Campbell, le manuscrit fut envoyé à Edinburgh pour l'impression ; il y resta jusqu'en juillet 1831, époque à laquelle il parut en partie dans le Fraseras Magazine. Malheureusement ce qui fut publié n'est que l'œuvre de Medwin, à part une chanson qui se trouve à la fin du quatrième chant, et que Medwin, en l'attribuant à Shelley, qualifie de « tout à fait musicale. »

1. Thomas GampbeU<m7-1844) l'auteur des Plaisirs de l'Espérance et du Dernier homme.

2. « Il semblait que le soupir d'un ange eût exhalé la plaintive symphonie. »

<( Vois là-bas la rose qui s'ouvre répandre ses parfums au soufffe de la brise ; elle se fane en une heure: son déclin est rapide, elle pâlit!

» Plus pâle est là-bas la vierge, plus rapide est le déclin de son cœur ; sous le profond chagrin qui l'accable, elle s'enfonce et disparaît dans la mort. »

Mais, si nous n'avons pas le ^wernlev Juif Errant de Shelley, nous savons, par l'emploi fréquent qu'il a fait de cette légende dans ses poèmes, combien elle s'était puissamment emparée de son imagination. Nous la retrouvons dans maints endroits de ses œuvres, dans Alaslor, dans VHellas, et en particulier dans la Rehie Mab ', oij, d'après Medwin, l'épisode d'Ahasvérus estemprunté avec de légers changements au Juif Errant original .

La légende du Juif errant, victime de la vengeance du Galiléen, nouveau Prométhée poursuivi par la haine d'un nouveau Jupiter, témoin impassible de l'histoire des religions et des institutions humaines, outre qu'elle était pleine de pitié et de terreur, offrait à l'imagination de Shelley un cadre à souhait pour développer son thème favori de la lutte du bien et du mal dans le monde, des victoires et des défaites successives de l'esprit de liberté et d'amour au sein de l'humanité. Il devançait dans cette voie et sous la même inspiration le poète philosophe français qui a certainement avec lui le plus de parenté, Edgar Quinet, le chantre trop oublié àWhasleruset deProwie/A^'e. D'autres poésies de Shelley ap-

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