‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 21 sur 110 · Epipsychidion, t. II, p · texte numérisé non relu

Epipsychidion, t. II, p

« Même en supposant, lui disait-elle, que je prenne à la lettre la peinture que vous me faites des qualités et des sentiments de votre frère, peinture que votre admiration pour lui peut vous faire exagérer, quel droit ai-je, en admettant qu'il soit aussi supérieur que vous le dites, d'entrer dans une intimité qui peut aboutir à un désappointement et à une déception, quand il trouvera que je suis en réalité inférieure à l'être que son imagination prévenue a rêvé ? »

26 décembre 1810 : « Les circonstances n'ont pas voulu queje pusse atteindre l'objet de mon cœur, soit par suite d'influences extérieures, soit par suite du sentiment qui possédait son âme et lui disait de ne pas en tromper un autre, en l'exposant àla possibilité d'un désappointement. »

3 janvier 1811 : «Elle n'est plus à moi! Elle m'abhorre comme sceptique, ce qu'elle était auparavant. »

H janvier 1811 : « Elle n'est plus! Elle est perdue pour moi à jamais ! « Elle mariée ! mariée à une motte de terre U Elle va devenir elle-même aussi insensible ; toutes ses belles facultés vont se résoudre en poussière. »

Shelley songea même un instant au suicide.

Plus tard, quand la plaie fut tout à fait fermée, il ne se rappela pas sans charme celle première éclosion d'un amour que les désenchantements de la réalité n'avaient point défloré, et qui restait au fond de son cœur comme un boulon à peine entr'ouvert que n'avaient point flétri les ardeurs de l'été. N'est-ce pas à sa cousine bien-aimée qu'il pensait, quand il écrivait en 1819 ces vers émus :

« Où est la vérité? Dans la tombe? Tel a été pour toi mon cœur, et ta mémoire morte y est restée depuis l'enfance, bien des années pleines de changements, conservée immuable et ensevelie là ! »

1 . Clod en anglais signifie à la fois motte de teri-e et lourdaud.

Dans un fragment des études préparatoires à son Epipsychidion, il peindra sous les noms italiens de Cosimo et de Fiordispina « un cousin et une cousine, presque deux jumeaux, qui grandirent ensemble, semblables à deux fleurs sur une seule tige, que les mêmes rayons et les mêmes averses bercent ou réveillent dans leur berceau de pourpre, que la même main cueillera, que la même saison fera tomber et périr K »

En attendant ces heures d'apaisement et de réminiscences sereines, sous le coup de ce qu'il appelle la trahison de sa bien-aimée cousine, il sent avec une profonde amertume le vide de son cœur, et déplore dans des vers désolés son abandon et sa solitude :

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