‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 23 sur 110 · Fiordispina, t. 111, p · texte numérisé non relu

Fiordispina, t. 111, p

Dans cette affreuse solitude il voit le spectre de la mort venant lui offrir l'amour au delà du tombeau et le repos du sommeil éternel :

« Dis-moi, lui dit-elle, victime du chagrin, veux-tu dormir avec moi ? Ma demeure est humide : il y règne un froid silence ; mais je berce dans l'oubli les démons du désespoir. Pas une plainte de regret, pas un soupir, pas un souffle n'ose disputer à l'affreux silence l'empire de la mort. — Je t'offre un calme séjour. Dis-moi, victime du chagrin, veux-tu dormir avec moi?...

Dans la vallée de l'éternité rien n'attend les bons qu'un Esprit d'amour qui salue leur arrivée bénie dans les régions supérieures ; car l'Amour, ô mortels, resplendit à travers l'obscurité de mon empire, et les ombres qui m'entourent s'enfuient rapidement à son rayon. As-tu aimé ?... Alors quitte ces régions de la haine, et, en dormant avec moi, émousse les traits du destin. — Je t'offre un calme séjour. Dis-moi, victime du chagrin, veux-tu dormir avec moi ?

A cet appel réitéré de la mort, le poète répond :

« Oh ! doux est ton sommeil ! Oh ! doux est le rayon qui après sa nuit introduit le jour !... J'espérais que j'étais tout à fait oublié de tous ; cependant un ami qui me reste pourrait être afthgé de ma mort, et le devoir me le défend, quoique je languisse du désir de mourir, quand mon départ pourrait soulever par un soupir la poitrine de la vertu. 0 mort ! ô mon amie ! retourne à ton sanctuaire ; et je le crains, chère destructrice, je ne me plaindrai plus 1. ».

Les douces voluptés de l'amitié consolèrent alors et consoleront encore plus d'une fois Shelley des déceptions et des blessures de l'amour.

1. La mort : Dialogue, 1810. Cet ami dont l'amitié rattache le poète à la vie et que Shelley identifie avec la Vertu même est Hogg, que nous allons voir bientôt apparaître sur la scène.

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