‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 28 sur 110 · Par E. et W. Philipps, imprimeurs de Worthing, (Sùssex · texte numérisé non relu

Par E. et W. Philipps, imprimeurs de Worthing, (Sùssex

SHELLEY A OXFORD Hl

fenêtres et le comptoir de leur boutique \ recommandant au garçon de les vendre le plus vite possible au prix de six pences chaque. Le Rév. John Walker, un fellow de New Collège, frappé par Tétrangeté du titre, entra, parcourut des yeux le pamphlet, et demanda à voir un des libraires. « Quel était donc ce poison qu'ils vendaient? S'il leur restvl quelque pudeur ou quelque prudence, ils n'avaient qu'a détruire à l'instant tous les exemplaires qui se trouvaient entre leurs mains. » Surpris et alarniés, les libraires se hâtèrent d'acquiescer au charitable avis qui leur était donné, et au feu flambant de la cuisine, en présence du grand-inquisiteur John Walker, l'auto-da-fé eut lieu. En même temps les libraires envoyèrent prier Shelley de vouloir bien venir conférer quelques instants avec eux. Shelley arriva sans retard, et un dialogue animé I s'engagea. D'un côté, M. Munday, M. Slatter, et un certain conseiller nommé Clifford, qui se trouvait là par hasard, représentant à Shelley son erreur, plaidant, implorant, menaçant ; de l'autre, l'auteur imberbe défendant intrépidement sa cause, d'une voix aiguë et perçante soutenant son droit à penser et à exprimer sa pensée, et restant jusqu'au bout inébranlable dans sa conviction. Il avait fait bien pis, leur dit-il, que de tendre son filet devant les jeunes oiseaux d'Oxford; bien pis que de choquer les susceptibilités d'un fellow de New Collège ; il avait envoyé un exemplaire de son pamphlet à tous les

■1 . Nous empruntons ces détails à la biographie de M. Dowden.

évêques du parlement , au vice-chancelier , aux chefs des Chambres, avec une lettre de sa propre écriture.

C'était se livrer pieds et poings liés à l'ennemi. Il ne fut pas difficile aux autorités d'Oxford de reconnaître sous la signature de Jeremiah Stukeley l 'écriture du coupable ; les grosses perruques se consultèrent, et décidèrent l'exclusion. Un beau matin de printemps, le 23 mars, Shelley reçut une sommation de comparaître devant le maître et les fellows de son collège dans la salle commune. A peine était-il entré, que le maître lui mettait sous les yeux un exemplaire du terrible Syllabus. Quelques instants après, il se précipitait dans sa chambre (où Hogg l'attendait), en proie à la plus violente agitation : « Je suis chassé! criait-il d'une voix perçante, je suis chassé 1 » Puis il se mit à raconter à Hogg l'aventure.

A peine entré, le maître me présenta un exemplaire du petit Syllabus, et me demanda d"un ton rude, sévère et insolent, si j'en étais l'auteur. Je demandai qu'on voulût bien me dire dans quel dessein on m'adressait cette question. Aucune réponse. Seulement le maître répéta avec force et d'un air irrité : Etes-vous l'auteur de ce livre? — Si j"en juge à vos façons, dis-je, vous avez résolu de me punir, si je reconnais que j'en suis l'auteur. Si vous pouvez prouver que je le suis, produisez vos preuves; il n'est ni juste ni loyal de m'interroger dans un pareil cas et dans un tel but. De tels procédés conviendraient à une cour dinquisiteurs, mais ne conviennent pas à des hommes libres dans un pays libre. — Niezvous alors que ce livre soit de votre composition? réitéra le maître avec la même voix rude et colère. — Je me

plaignis hautement de ce procédé violent et indigne de gentilshommes en disant ; « J'ai déjà fait l'expérience de la tyrannie et de l'injustice; je sais ce que c'est qu'une violence vulgaire ; mais je n'ai pas encore rencontré de traitement aussi indigne. » Puis je leur dis avec calme, mais avec fermeté que j'étais déterminé à ne faire aucune réponse. Il renouvela sa demande ; je persistai dans mon refus; alors il me dit d'un air furieux : Vous êtes chassé, et je désire quevousquittiez le collège demain matin au plus tard. L'un des Fellows exhiba deux papiers et m'en remit un : le voici. Il renfermait une sentence régulière d'expulsion rédigée en due forme sous le sceau du collège.

Séance tenante, Hogg prit la plume, et écrivit au maître et aux fellows une lettre que M. Jeaffreson ne manque pas d'appeler impudente, mais que nous appellerons courageuse, oii il les priait de vouloir bien revenir sur leur détermination à l'égard de Shelley.

J'écrivis en toute hâte, dit Hogg lui-même, une courte note où j'exprimais brièvement mon chagrin du traitement infligé à mon ami, et mes espérances qu'ils voudraient bien revenir sur leur sentence. La note fut envoyée: le conclave siégeait encore. Un instant après, le porteur revint avec l'ordre pour moi de le suivre; son visage disait d'avance la réception qui m'attendait.

Hogg suivit l'exemple de Shelley ; il refusa de répondre à la question du maître, et reçut sur-lechamp sa sentence d'expulsion.

Le 26 mars, au matin, Percy Bysshe Shelley et Thomas Jefferson Hogg quittaient Oxford et gagnaient Londres.

C'est en vain qu'Oxford essaie de se laver de cette

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tache, l'expulsion de Shelley ; tous ses efforts pour en appeler aujourd'hui encore du verdict de l'opinion publique sont inutiles, et le lourd plaidoyer de M. Jeaffreson n'est que la pierre de l'ours sur le nez de la vénérable Université.

M. Rossetti s'est fait l'organe de la pensée de tout ce qu'il y a d'intelligent et de libéral en Angleterre, quand il a écrit :

« Ici le parti le plus honnête et le plus hardi est le plus sûr. Qu'il soit bien entendu, une fois pour toutes, que Percy Shelley avait tout autant de droits à se former et à exposer ses opinions sur la théologie que l'archevêque de Cantorbery les siennes. »

On voit bien, mécréant M. Rossetti, comnie dit M. Jeaffreson, que vous n'avez pas été élevé à Oxford !

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