Dédicace de Peter Bell III, t. III, p
2. « Il fit à cette occasion, raconte Grove, un si bon discours, que lorsqu'il quitta la salle, on s'empressa autour de lui pour savoir qui il était, et l'inviter à venir parler encore. » Shelley se hiita de se soustraire à cet enthousiasme populaire en donnant un faux nom et une fausse adresse.
naire méthodsite Rowland Hill, dont Southey comparait le talent d'acteur à eelui de Kean ou de Kerable, il lui écrivait aussitôt, lui proposant de mettre sa parole au service de son œuvre ; il assistait régulièrement avec son cousin Grove aux leçons d'anatomie du fameux chirurgien Abernethy, et aux séances de dissection à l'hôpital Saint-Barthélémy.
Il songea même à cette époque à se lancer dans la carrière de la médecine ; tous ces projets, [toutes ces velléités ne cadraient guère avec les vues de sir Timothy et de son patron le duc de Norfolk, qui ne songeaient qu'à faire de lui un membre dn Parlement. S'il était enthousiaste en politique, c'était dans un sens tout opposé au libéralisme aristocratique des Whigs modérés tel qu'était son père. L'état misérarable de l'Angleterre dans ces tristes années n'était pas fait pour le réconcilier avec la royauté. Elle donnait alors par son faste et son indifférence en face des souffrances du peuple un spectacle à la fois navrant et grotesque. Shelley en pleurait et riait tour à tour. Le 19 juin 1811, avait lieu à Carlton House un grand bal donné par le prince Régent, celui qui bientôt sera George IV, en l'honneur des Bourbons émigrés. Le prince Régent les reçut, assis sous un dais cramoisi. Il passa delà Chambre du Conseil privé dans un salon tendu de satin bleu de ciel, décoré pour l'occasion de fleurs de lis. Dans la salle à manger, la grande table avait deux cents pieds de long, et sur la table coulait un canal d'eau pure sortant d'une fontaine d'argent, entre des berges couvertes de mousses verdoyantes et de fleurs aquatiques ; des
poissons d'or et d'argent nageaient dans le courant. Au bout de la table au-dessus de la fontaine était assis, sur un trône de velours cramoisi, le prince Régent, en uniforme de feld-maréchal, coiffé d'une perruque à longue queue, une large garniture de diamants à son chapeau, à son côté une épée constellée de diamants. La grâce et l'élégance de ses manières étaient en parfaite harmonie avec ce costume théâtral. La seule question qui partageait les esprits, c'était de savoir quelle toilette, celle de la comtesse of Clonmel ou celle de mistress Thomas Hope, méritait la palme.
On conçoit l'effet exhilarant produit sur l'esprit de Shelley en lisant dans le Morning Herald le compterendu de ces extravagantes folies. Il s'en est souvenu plus d'une fois dans la Reine Mab, et dans Swel/foot Tyran en décrivant le luxe et le faste royal, « dont une parcelle suffirait pour nourrir quelques douzaines de familles un hiver ou deux ' .»
En attendant, sa veine d'humour s'ouvre largement devant cette princière comédie: il veut la célébrer en vers lyriques, et écrit à son ami, le musicien Graham, pour lui demander sa coopération :
Oui, Graham, si dans ton sein démocratique il y a encore une étincelle de loj'auté, si jamais un sincère et zélé roj'aliste a trouvé grâce devant toi, si tu n'es pas entièrement insensible aux ruisselets dont les berges de mousse invitent le voyageur à se reposer, — si, je le répète, tu aimes tes gouvernants et baises la baguette emmiellée, — alors, Graham, je t'en conjure, au nom du