‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 31 sur 110 · Swellfoot tyran, t. III, p · texte numérisé non relu

Swellfoot tyran, t. III, p

grand George notre roi, au nom du noble Prince Régent et de notre inimitable commandant en chef, — je t'en conjure au nom de Mistress Ciarke, du duc de Kent, de lord Castlereagh et de lord Grenville, — viens m'assister, (selon ta promesse) dans la loyale tâche que j'ai entreprise de magnifier, si cela est possible, notre noble famille royale... Tu as une harpe de feu et moi une plume de miel. Que léchant roule! qu'il roule immense! Prends ton diapason; car voici l'ode qui vient. » La lettre se terminait par une traduction de la première strophe de la Marseillaise.

L'ode vint en effet et fut immédiatement imprimée. II ne nous en reste que quelques vers insignifiants. Shelley prit un plaisir malin à lancer des copies de son ode dans les voitures qui rendaient visite à Carlton House.

Le 18 avril, Hogg avait tristement quitté son ami pour se rendre à York, où il devait faire son cours de procédure. Son absence fut pour Shelley un vide immense. Ses premières lettres à l'absent ont un accent désolé et désespéré. Sa situation vis-à-vis de son père était toujours aussi tendue ; si par hasard sir ïimothy rencontrait son fils, il ne répondait à son salut que par un regard aussi « sombre qu'un nuage plein de tonnerre » et avec un majestueux « votre très humble serviteur. » « Mon père, écrit Shelley le 29 avril, est aussi terrible qu'un lion... II veut maintenant que j'aille à Oxford ra'accuser auprès du Maître, etc. . . Non, bien entendu. . . Je ne sais ni oîi je suis aujourd'hui, ni où je serai demain. L'avenir, le présent, le passé, tout n'est que brouillard ; il me semble que j'ai commencé une nouvelle existence

SOUS des auspices bien défavorables. Mais non ! c'est stupide ! »

Tant que dura la rigueur paternelle, Shelley vécut à Londres avec l'argent de Hogg, celui que ses sœurs lui envoyaient en cachette, (il avait fièrement refusé tout envoi de sa mère) ou celui que lui donnait son oncle, le capitaine Pilfold, un brave et joyeux marin, qui regardait comme plus honorable d'être chassé d'Oxford que d'avoir gagné le Newdigate. En retour Shelley « l'éclairait. » Cet excellent oncle, de concert avec le duc de Norfolk, parvint à apaiser la colère du « lion » de Field Place ; sir Timothy se laissa enfin émouvoir et consentit à rouvrir à son fils les portes de la maison paternelle. Puis il lui constitua une rente de deux cents livres par an, avec la liberté d'aller et de vivre où il voudrait, à condition toutefois de rester éloigné de l'ami Hogg.

Deux cents livres par an ! C'était plus que Shelley n'espérait, plus qu'il ne désirait : « Qu'est-ce que l'argent pour moi? écrit-il à Hogg. J'aurai toujours bien un habit quelconque, et ceux dont l'estime fait mon bonheur ne me regarderont ni mieux ni plus mal pour ma pauvreté : cinquante livres par an seraient assez. »

Pendant les quelques semaines que Shelley passa à Field Place (mai-juin), il eut la douleur de voir sa sœur Elisabeth complètement changée à son égard. De sérieuse, contemplative, enthousiaste, dédaigneuse du monde qu'elle était, il la trouva devenue apathique pour tautes choses excepté pour les amuse-

ments vulgaires et les conversations triviales, «s'inclinant devant cette idole de l'enfer, le monde, pâlissant à ses injustes décisions, quand il fallait en appeler au tribunal de la conscience. Redeviendra-t-elle cequ'elle était autrefuisl Elle les traitait de fous, lui et son ami. Le mariage était devenu le sujet de ses plus constants panégyriques. Elle ne répondait plus à ses théories sur l'union de l'homme et de la femme dans un pur et parfait amour que par des railleries. C'était monstrueux ! » Hogg était incrédule : c'était à ses yeux un blasphème que de mettre en doute la divine excellence d'Elisabeth : — « Etpourquoi, répondait Shelley , ne pas venir juger par vous-même ? Venez incognito, mon cher ami; j'ai deux chambres qui me sont réservées ; vous les habiterez avec moi, vous serez comme un prisonnier d'Etat. Vous pourrez vous promener avec moi à minuit, de crainte d'être découvert. Ma fenêtre donne sur la clairière, et là vous pourrez contempler souvent un objet dont la vue compensera votre voyage, l'objet de mes plus tendres affections. J'irai vous chercher à minuit a la voiture d'Horsham ; et je retournerai avec vous à York. »

La perspective de cette équipée clandestine ne sourit pas à Hogg, et Shelley se vit réduit à une triste solitude. « Je suis un parfait ermite ! pas un être à qui parler! J'échange quelquefois un mot avec ma mère sur le temps, et sur ce sujet elle est irrésistiblement éloquente ; à part cela, tout n'est que profond silence ! » Dans le silence morne de ce foyer autrefois retentissant des joies et des jeux de son en-

fance, la pensée de Shelley prend une tournure désolée et funèbre: « A quoi peut-il être bon dans ce monde ! Toutes ses espérances sont évanouies : sa plus chère vision s'est envolée; celle qu'il espérait unir à Hogg n'est plus digne de lui... Voilà quatre jours que je songe a la mort et au ciel. Oij est-il? Y at-il une vie future? Qui offenserions-nous en nous en allant? En retirerions-nous quelque profit? Je songeais ainsi la nuit dernière, quand voyant la lune se lever justement derrière une cheminée, je me demandai si elle serait seule le témoin de notre départ... »

Cette défection d'Elisabeth fut pour Shelley une des vives douleurs de sa vie ; en même temps qu'elle enflamma sa haine de la bigoterie et de l'intolérance.

Une seule chose pouvait le consoler: une recrue féminine qui vînt tenir dans son cœur la place de cette sœur à jamais perdue. Il la trouva pendant son séjour à Cuckfield chez son oncle Pilfold dans une pauvre maîtresse d'école d'un petit bourg voisin, Hurstpierpoint. Une fille du capitaine suivait ses leçons. Miss Elisabeth Hitchenerva désormais résumer aux yeux de Shelley l'idéal de la femme forte, de l'apôtre féminin qu'il chantera dans la Cythna de la Révolte de l' Islam.

Shelley, un peu plus tard, encore dans l'enthousiasme de sa rencontre, a tracé d'elle ce portrait ' :

Cest une femme, aA'ec qui je me suis lié à cause de ses excellentes qualités. Quoiqu'elle soit de très humble nais-

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