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pendant bientôt entre eux un léger nuage, amené par la présence de Jane Clairmont (Claire) dans le home conjugal. Les attentions de Shelley pour elle, leurs promenades fréquentes en dehors de Mary, leurs lectures en commun du Pastor Fido et de 1 Orlando Furioso, ne tardèrent pas d'éveiller dans le cœur de la sensible Mary une jalousie bien naturelle. Mais comment se défaire d'une compagne si zélée aux jours de l'épreuve, si dévouée aux intérêts du poète, si intéressante à ses yeux par ses talents, ses qualités et ses défauts même? Mistress Godwin, ne voulant pas qu'elle eût de relations avec Fanny, refusait de la recevoir au logis de Skinner Street ; la maison de Shelley semblait devoir être son seul asile. Mais la question tenait trop à cœur à Mary pour qu'on pût en ajourner la solution ; après beaucoup d'hésitations et de discussions, il fut convenu que Glaire se retirerait chez mistress Bicknall, qui habitait un charmant cottage à Lynmouth. L'amie de Shelley partie, Mary ne peut s'empêcher de laisser percer dans son journal sa satisfaction et sa joie.
12 mai : Shelley et son amie ont une dernière conversation.
13 mai : Claire s'en va; Shelley se promène avec elle. Charles ( lairmont ' vient déjeuner. Shelley sort avec lui. Hogg vient à cinq heures. Fort inquiet sur Shelley ; il va à sa rencontre. Shelley rentre à six heures V' ; <ow* est
i. Skinner Street se relâchait de sa i*igueur à l'égard de Shelley; on avait permis à Fanny d'assister Mary aux jours de l'accouchement ; on avait même vu mistress Godwin rôder cuieusement sous les fenêtres de Shelley.
terminé. Après dîner, Shelley très fatigué va se coucher. Je commence un nouveau journal à dater de noire régénération.
Shelley, tout en appréciant Claire à sa juste valeur, lui était réellement attaché, et dut regretter le sacrifice qu'il était obligé de faire à la paix, du foyer. Cette brouille passagère entre les deux femmes et leur réconciliation prochaine lui fourniront le cadre de son Idylle domestique: Rosalinde et Hélène *.
Un des tristes jours de leur cruelle séparation de l'année précédente, Mary écrivait à Shelley :
« Oh ! combien je soupire après notre cher home, où rien ne pourra plus nous troubler, ni amis, ni ennemis!... Nantgwillt! Ne désirez- vous pas vous y établir, dans une maison que vous connaiï^se/, que vous aimez, avec voire Mary, et oii rien ne vous troublera dans vos études et vos promenades? »
Ce souhait de Mary, Shelley ne demandait luimême qu'à le réaliser. Il était aussi impatient qu'elle de quitter Londres. Pendant une partie de l'été, il parcoui'Ut la côte méridionale du Devon, a la recherche d'une retraite solitaire et pittoresque, pendant que Mary était seule à Clifton, et le pressait tendrement de ne pas prolonger son absence. « Demain, lui écrivait-elle, est le 20 juillet! (jour de l'anniversaire de leur fuite à Douvres) Très cher, ne devrionsnous pas être réunis? Sans doute nous le devrions, et je verserai quelques larmes en pensant que nous nele sommes pas. Ne vous lâchez po.nt, cher amour, votre Peksie est une bonne fille, et elle se porterait
tout à fait bien, sans un mal de tête qu'elle éprouve, quand elle attend si anxieusement des lettres de son amour. Mon cher amour, je vous demande très ardemment et des larmes plein les yeux de pouvoir vous rejoindre, si vous ne renoncez pas à votre recherche d'une maison, »
Enfin, au mois d'août, il trouva un séjour à sa convenance à Bishopsgate, à l'ombre des grands arbres de Windsor, non loin de la Tamise. Ils s'y installèrent aussitôt, et y restèrent jusqu'à la fin du printemps de 1816. Ce séjour à Bishopsgate est l'une des périodes les plus calmes et les plus heureuses de la vie de Shelley. A la fin d'août, en compagnie de Mary, de Peacock * et de Charles Clairmont-, le poète, avide de nouvelles émotions et de nouvelles images, remonta la Tamise jusqu'aLechlade et Grichdale (Gloucestershire). C'est à cette excursion que nous devons les vers sur le cimetière de Lechlade ^ où respire un sentiment mélancolique encore, mais bien adouci et apaisé, comme l'âme du
1. Peacock cinq ans auparavant avait chanté en vers les gloires de la Tamise.
2. Charles Clairmont fait un récit détaillé de cette excursion dans une lettre à sa sœur Claire, que nous lisons dans M. Dovvden. Il raconte ainsi leur descente à Oxfoi'd : « Nous arrivâmes à Oxford à six heures du soir et y restâmes jusqu'à quatre heures du lendemain. Nous vîmes la bibliothèque Bodléïenne, Glarendon Press, et nous promenâmes dans les cours des différents collèges. Nous visitâmes les chambres même où les deux infidèles déclarés, Shelley et Hogg, poursuivaient avec l'infatigable application de l'aichimiste, les limites naturelles et certaines de la connaissance humaine. »