ADRESSE AU PEUPLE ANGLAIS
En retournant à Londres, 7 septembre 1816, Shelley n'eut rien de plus pressé que de rejoindre son ami Peacock, avec qui il passa une quinzaine de jours à Marlow ; il résolut même de s"y fixer, et en attendant que le temple de ses pénates fût prêt, il séjourna quelque temps à Bath.
Le 9 octobre, Mary recevait une lettre alarmante ; aussitôt après l'avoir lue, Shelley partait en toute hâte pour Bristol et Swansea, La veille de son arrivée, (10 octobre) la pauvre Fanny Imlay s'était suicidée dans une chambre d'auberge ; on trouva sur sa table, à côté d'une bouteille de laudanum, un billet ainsi conçu :
(( J'ai longtemps hésité avant de conclure que la meilleure chose que j'avais à faire était de mettre fin a l'existence d'un être, dont la naissance avait été infortunée, et dont la vie n'a été qu'une série de peines pour ceux qui ont essayé de la rendre heureuse. Peut-être la nouvelle de ma mort vous causera-t-elle quelque peine ; mais vous aurez bientôt la consolation d'oublier qu'une telle créature a jamais existé... » i^helley, en lisant ces mélancoliques adieux, se souvint de son départ précipité de Londres, de sa dernière entrevue avec Fanny, et écrivit ces vers touchants et pleins de la plus vive émotion : « Sa voix tremblait quand nous nous séparâmes ; et cependant je ne savais pas que le cœur d'oii elle sortait était brisé, et je la quittai, sans faire attention aux paroles qu'alors elle prononça. — Misère! Oh! misère! ce monde est trop grand pour toi ' ! »
Cet événement tragique fut bientôt suivi d'une autre catastrophe plus sensible encore au cœur de Shelley : le 14 décembre, il apprit par une lettre d'Hookham que l'on venait de retirer de la Serpentine le corps noyé de Harriet Westbrook. Elle avait vingt-deux ans. La vie qu'avait menée la pauvre
1. M. Dowden a parfaitement établi qu'il est impossible d'attribuer la mort de cette touchante Fanny à une passion désespérée pour Shelley, comme le laisserait croire l'assertion de Glaire ; il suffit de lire les lettres que M. Dowden nous a données d'elle, pour ne voir dans ce suiciîe que le dénouement trop naturel d'une mélancolie poussée à l'excès et qui s'explique par le caractère de Fanny et les amertumes de sa situation dans le triste intérieur de Skinner Street.
Harriet depuis sa séparation d'avec Shelley est assez obscure. Thornton Hunt affirme qu'elle fut abandonnée par un amant auquel elle s'était donnée (un capitaine de l'armée, selon Trelawny,) et qu'abandonnée à la prostitution, maltraitée par son père et sa sœur, chassée même de la maison paternelle, se sentant délaissée de tout l'univers, elle songea alors a réaliser la pensée qui l'avait hantée depuis son enfonce, à se réfugier dans la mort. Shelley, qui n'avait cessé de s'intéresser à elle depuis leur séparation et de pourvoir à ses besoins, l'avait perdue de vue depuis quelques semaines, et la cherchait en vain .
A peine eut-il reçu la nouvelle, qu'il courut à Londres réclamer ses enfants ; rien ne peut donner une plus juste idée de son état d'esprit sous le coup de la catastrophe que la lettre qu'il écrivit le lendemain même à Mary :
J'ai passé, ma bien-aimée, une journée de véritable agonie, telle que la peut produire la contenaplation d'un vice, d'une folie, d'une dureté de cœur qui passe toute conception. Leigh Hunt a été avec moi toute cette journée, et ses délicates et tendres attentions pour moi, son affectueux langage en me parlant de vous, m'ont soutenu contre l'accablement de l'horreur de cet événement. Je n'ai pu obtenir les enfants. Jai vu Longdill, qui i-ecommande de procéder avec la dernière précaution et résolution. Je lui ai dit que j'allais contracter mariage avec vous, et dans cette hypothèse il pense que toute prétention à garder les enfants doit cesser. Hunt m'a dit fort délicatement que ce serait pour vous une douce satisfaction. Oui, ma seule espérance, mon cher amour, ce sera un des innombrables bienfaits que je vous devrai, inférieur cepen-
SHELLEY A BATH 33i
dant au plus grand de tous, qui est vous-même. Ce n'est que grâce à vous que je puis entretenir sans désespoir la pensée des horreurs de l'inexprimable abjection qui a conduit à ce sombre, à ce terrible trépas...
Tout tend à prouver qu'à part le contre-coup d'une si hideuse catastrophe tombée sur un être humain qui me tenait de si près, il y aurait en tout cas peu de chose à regretter. Hookham. Longrlill, tout le monde me rend pleine justice, et rend témoignage à la droiture et à la libéralité de ma conduite à son égard. Il n'y a qu'une voix pour condamner les détestables Westbrook. S'ils osaient porter l'afTaire en chancellerie, la scène d'horreur qui se déroulerait alors les couvrirait de mépris et de honte... Vous, ma très chère, cherchez le bonheur — où il doit être — dans votre propre sein pur et parfait; dans la satisfaction de penser combien vous m'êtes chère et bonne ; à quelle sagesse, à quel bien vous êtes peut-être destinée. Souvenez-vous de mes pauvres babies, lanthe et Charles. Quelle tendre et chère mère ils vont trouver en vous, et ce cher William, aussi! Mes yeux débordent de larmes. A demain une nouvelle lettre.
Rien de plus tendre et de plus amoureux que la réponse de Mary à cette lettre ; la pensée du triste sort de la pauvre Fanny fait trembler sa main :
Pauvre chère Fanny, si elle avait pu vivre encore un peu, elle eùtété sauvée, car ma maison eût été son asile... Que je serai heureuse de posséder ces chers trésors (lanthe et Charles) qui sont les vôtres ! II y aura alors un doux frère et une douce sœur pour mon William, qui perdra sa prééminence d'aîné...
Le suicide de Harriet, suivant celui de Fanny, fut pour Shelley un coup de foudre ; l'impression qu'il en éprouva fut si forte et si profonde, qu'elle changea son caractère et l'obséda jusqu'à sa mort :
« Je sais de source certaine, dit Thornton Hunt, qu'il n'a
cessé d'être hanté à ce sujet de certains souvenirs, en partie réels, en partie imaginaires, qui le poursuivirent comme un Oreste. » Si à l'extérieut- il paraissait prendre philosophiquement cette aventure, c'est que chez lui le sentiment était aussi peu démonstratif que profond, et qu'à toutes les époques de sa vie, comme l'a observé De Quincey, « il fut remarquablement libre de toute sentimentalité maladive. »
Par esprit de convenaiî£e et de délicatesse, Shelley hésitait à se marier immédiatement avec Mary. Sur le conseil de son ami Peacock, et d'un homme reconnu publiquement comme un juge infaillible en fait d'honneur, sir Lumley Skeffington, auteur d'une comédie la Parole cV Honneur^ il se soumit sans retard aux cérémonies du mariage formel. Il n'avait besoin pour cela, ni des intimations de Godvvin, ni surtout, comme l'insinue M. Jeaffreson, du désir d'irriter son père. Le 30 décembre 1816, le mariage eut lieu à Londres, dans l'église de Saint-Mildred, en présence de Godwin et de sa femme.
Au milieu de ces lugubres événements, Shelley avait trouvé quelque consolation dans une amitié nouvelle, et désormais inébranlable, celle de Leigh Hunt. Jusqu'à l'automne de 1816, ils ne s'étaient vus que de loin ; Shelley s'était intéressé à Hunt comme à une victime de l'intolérance et de la tyrannie ^
1. Comme il lui avait témoigné sa sympathie au moment de son incarcération, il vouUit chanter aussi sa délivrance; c'est probablement en l'honneur de Hunt sortant de prison qu'il composa ces vers :
« Pour moi, mon ami, malgré les larmes qui tremblent dans mes yeux épuisés, et les battements précipités de mon cœur
lé
Hunt avait d'abord dédaigné les vers du jeune poète. Ce ne fut qu'après la lecture à'Alastor et de V Hymne à la beauté iïdellcctiieUe qu'il lui fit amende honorable dans un article publié par \ Examiner^ où il le signalait comme « l'un des jeunes poètes qui semblaient promettre d'ajouter un nouvel éclat à la jeune école. » « Si le reste, ajoutait-il, répond à ce que nous avons vu, nous n'hésitons pas à annoncer en lui un penseur original de premier ordre. » La glace était rompue.
Shelley profita d'un séjour a Marlow dans les premiers jours de novembre, pour rendre visite à son nouvel ami dans son charmant séjour d'Hampstead, voisin de Marlow.
En janvier 1817, le procès intenté devant la Chancellerie au sujet des enfants de Harriet ramena Shelley à Londres. Il s'agissait pour lui de déjouer les plans des Westbrook, qui le dénonçaient au Chancelier comme l'auteur de la Reine Mab, un athée et républicain, et de préparer sa défense, Shelley en effet pouvait craindre qu'en ces jours de réaction et d'intolérance qui forçaient Cobbett de s'enfuir en Amérique, on lui appliquât la terrible loi du Libelle et qu'on lui réservât le sort d'Eaton, la prison et le
sous l'empire de sentiments qui font ressembler l'extase à uue peine, cependant quand ta voix fait tressaillir et blêmir le mensonge, je te remercie. Que le tyran garde ses chaînes et ses larmes, oui, qu'il pleure de rage de te voir nouvellement, ainsi qu'une force qui sort du sommeil, sorti de la prison, où il espérait en vain enchaîner Tàme qui doit faire sa proie des chaînes qui enserrent l'humanité... »
pilori. Mary, toujours inquiète et aimante, le rejoignit Ijientôtà Londres.
Ses relations littéraires avec Hunt et son cercle, doniV Examiiier était le centre et le lian, apportèrent une heureuse diversion aux anxiétés et aux alarmes de Shelley. Mary de son côté se liait étroitement avec la femme de Hunt, cette Marianne, dont le nom vit à jamais dans les vers du poète.
Ce fut une soirée mémorable, (a février 1817) dit M. Dowden, que celle où les trois jeunes poêles, signalés dans l'article de VE.raminer,'Reyno\ds, Keats et Shelley, soupèrent ensemble à Hampstead avec leur généreux Aristarque. Keats, nous apprend Leigh Hunt, ne se montra pas aussi affectueux pour Shelley que Shelley pour lui. Keats, très préoccupé de son origine, se sentait incliné à voir dans tous les hommes de noble race, comme une sorte d'ennemis naturels. A la table de Hunt, Shelley rencontra aussi G larles Lamb, qu'il regretta de voir s'éloigner de lui ; Hazlitt avec qui il discute sur la politique jusqu'à trois heures du matin. Par l'entremise du même Hunt, il fit connaissance avec le terrible rédacteur de V Edinburyh Review, le défenseur de VExaminei' persécuté, Brougham, qui l'aida de ses conseils dans son procès en chancellerie ; il trouva surtout un ami sage et dévoué dans cet Horace Sraith, chez qui l'ardeur du poète et le zèle du réformateur politique se mêlaient au sens rassis de l'homme d'affaires, celui dont il a fait lui même ce piquant éloge : « N'est-il pas singulier que le seul homme vraiment généreux que j'aie jamais connu, ait été un agent
de change ? il écrit des vers et des pastorales, et cependant il sait comment faire de l'argent, il en fait, et il est toujours généreux; » et ailleurs dans sa lettre à Mrs Gisborne : « Esprit et raison, vertu et science humaine, tout ce qui peut faire de ce stupide monde une source de délices, vous trouverez tout cela réuni dans Horace Smith. »
Au mois de mars, Shelley put enfin installer à Marlow ses paisibles pénates dans une large et spacieuse maison, (Albion house) à peu de distance de la Tamise, entourée d'un grand jardin, au delà duquel s'étendaient de verdoyantes prairies terminées par des pentes boisées. Huit fenêtres dormantes donnaient à la façade une apparence gothique. De la plus grande chambre, une chambre qui aurait pu servir de salle de bal, humide et froide, Shelley fit sa bibliothèque. Sa table de travail se trouvait entre deux plâtres de grandeur naturelle représentant Apollon et Uranie. Le personnel de la maison se composait de Shelley, de sa femme, du petit William, de Glaire et de la petite Alba ', d'une nourrice suisse. Elise, d'un cuisinier végétarien, et d'un domestique, Harry, qui faisait l'office d'homme de peine et de jardinier.
Shelley et Mary se trouvaient au comble de leurs vœux; Mary lisait, étudiait et achevait son Frankensteiri - ; Glaire écrivait aussi, mais surtout elle
1. Alba ou Allegra, fille de Byron et de Glaire, née le 12 janvier 1817 à Bath; on la fit passeï' à Marlow pour la fille d'un ami de Londres, envoyée à la campagne pour sa santé.
2. Frankensfehi, ou le Pi^ornéthée morterne, 1818, 3 y. Le plus
chantait, en s'accompagnant au piano, de cette voix que son premier maître de musique, Gorri, comparait à un égrènement de perles, et qui savait si bien trouver le chemin du cœur de Shelley, et transporter son âme jusqu'à l'extase, jusqu'à la défaillance '.
Si l'ermitage de Marlow était le temple de la poésie, il était aussi celui de l'amitié. Les amis de Shelley profitaient sans scrupule de la généreuse hospitalité qui leur y était offerte. Ces amis, toujours les bienvenus, c'étaient Godwin, Peacock, Hogg, les Hunt, et Horace Smith. Quant aux vulgaires relations de voisinage, le poète en avait horreur.
Une des grandes distractions de Shelley à Marlow fut la navigation sur la Tamise. 11 ne se contentait plus des innocents plaisirs des flottilles de papier; il avait alors un véritable bateau à rames et à voiles auquel il avait donné le nom de Vaga, (ses amis en jouant y ajoutaient la syllabe ôo?icZ.) Leigh Hunt dépeint ainsi la vie journalière de l'ermite de Marlow:
« 11 se levait de bon matin; se promenait et lisait avant le déjeuner ; déjeunait très frugalement ; écrivait et étudiait la plus grande partie de la matinée ; faisait une nouvelle promenade en lisant; dinait de végétaux, (car il ne touchait ni viandes ni vin); conversait avec ses amis, à qui sa porte était toujours ouverte; se promenait encore, et finissait ordinairement la journée en lisant avec sa femme jusqu'à dix heures, heure deson coucher. Les livres étaient généralement Platon ou Homère, ou l'un des
remarquable des ouvrages de Mary, et dont Shelley a écrit la préface. (Traduit par Saladiu 1821, 3 v., in-i2.)
1. On peut voir dans le t. III de notre traduction plusieurs petites pièces, adressées à Claire sous le nom de Gonstaatia.
tragiques grecs, ou la Bible, à laquelle il prenait un vif intérêt *. »
C'est au milieu de cette vie consacrée à l'étude et à l'amitié que le coup le plus terrible pour l'âme du père, et qui devait décider de sa vie, vint le frapper.
La pétition adressée par le Juif Westbrook à la cour de la Chancellerie, tendant à enlever à Shelley tout droit sur l'éducation de ses enfants , vint en cause en mars 1817, et le 27 de ce mois, le lord chancelier Eldon prononçait en faveur du pétitionnaire un jugement qui mettait formellement les enfants de Harriet sous la garde de leur grand-père et du D'" Hume, un clergyman de l'Eglise anglicane.
Les considérants allégués par le sieur Westbrook étaient : que Shelley avait abandonné sa femme , qu'il professait l'athéisme, et était disposé à élever ses enfants selon ses principes. La Reine Mab était citée en preuve des opinions de Shelley sur Dieu et sur le mariage ; on y avait joint aussi la Lettre à lord Ellenhorough.
Malgré l'habile défense de Shelley , lord Eldon qui s'était réservé d'examiner la cause à loisir, prononça contre lui. Laissant de côté à dessein le grief d'athéisme, il s'attacha surtout à celui de l'immoralité des doctrines de Shelley sur le mariage et de sa conduite conforme à ses principes.
1. Il disait un jour à Trelawny, que s'il avait à sauver un seul livre de la ruine totale des livres, il choisirait l'Ancien Testament.
Il n'y a pour moi, disait-il dans ses considérants, aucune évidence qui m'autorise à penser que ce gentilhomme a modifié, avant lâge de vingt-cinq ans, les principes qu'il professait à dix-neuf: il y a au contraire ample évidence, par ses écrits et sa conduite, qu'un tel changement n'a pas eu lieu... C'est un cas où il me semble qu'on ne peut prendre le change sur les principes du père, et où sa conduite, que je ne peux considérer que comme hautement immorale, est évidemment l'effet de ses principes, conduite qu'il propose néanmoins aux autres comme une conduite recommandable, praticable et digne d'approbation, conduite que la loi flétrit comme inconciliable avec les devoirs paternels, et qu'elle considère comme portant une grave atteinte aux intérêts des personnes et à ceux delà communauté.
En conséquence, il était interdit à Shelley de prendre possession des enfants, et de s'occuper d'eux jusqu'à nouvel ordre.
Shelley ne jugea pas à propos d'en appeler de ce jugement à la chambre des Lords; il ne désespérait pas cependant, la situation politique changeant, d'obtenir justice et défaire casser cette odieuse sentence ; dans une lettre écrite de Naples à Peacock en 1819 il lui dit : « On parle ici de changements dans le ministère anglais. Qu'en est-il? car, ù part l'intérêt national que j'y prends, j'attends Toccasion de revendiquer mes droits les plus sacrés, violés par la cour de la Chancellerie. »
En attendant, le poète vengea le père, et lordEldon acquit dans les vers irrités de Shelley une immortalité qu'il eût vainement attendue de sa prose judiciaire.
Il faut lire dans les poèmes de 1817 'la terrible malédiction que ce père, outragé dans ce qu'il a de plus cher, vomit contre celui qu'il appelle la « sombre crête de ce ver hideux aux mille têtes, la peste sacerdotale! », au nom de tous les nobles et beaux sentiments que cet esclave de l'hypocrisie est incapable d'éprouver jamais ;
« Au nom des bégaiements d'un jeune langage, qu'un père songeait à former aux sublimes enseignements que professent les sages. Et c'est toi maintenant qui vas toucher la lyre de l'esprit! 0 douleur ! ô honte ! »
Shelley ne manquera pas une occasion de flétrir et de maudire celui qui lui a ravi ses enfants : dans sa Mascarade de V Anarchie - (1819) il peindra la Fraude sous les traits de lord Eldon, vêtue, comme lui d'un manteau d'hermine, pleurant de ses gros yeu.v (car il sait bien pleurer) des larmes qui se changent en pierres de moulin, faisant sauter la cervelle aux petits enfants qui, jouant autour de lui, les prennent pour des diamants. Eldon, le pleureur, deviendra dans VOEdipe ti/ran, Dacry, ministre sorcier de Swellfoot.
Des enfants qu'on lui a volés, Shelley reporte ses yeux sur celui qu'il a encore, sur ce petit William, qu'une main sacrilège pourrait aussi lui ravir au nom de la religion et de la morale, et songe à l'emporter bien loin de cette terre impie à travers les
mers, vers les rivages ensoleillés de l'Italie ou de la
Grèce K
Désormais ses beaux rêves de séjour éternel dans la libre Angleterre sont évanouis ; sa santé, violemment ébranlée par ces rudes secousses, demande un climat plus doux et plus chaud ; il doit vivre pour ceux qui lui restent, ceux pour qui « sa vie peut être une source de bonheur, d'utilité, de sécurité et d'honneur, tandis que sa mort les priverait de tous ces biens -. »
On croirait que sous ces coups répétés du malheur l'esprit du poète dût fléchir et sombrer. Tout au contraire, il semble en recevoir une nouvelle force, un nouvel élan. Pendant qu'il attend avec anxiété l'issue du procès de la chancellerie, il compose son plus long poème. Pendant que les articles de la loi le mettent au ban de l'opinion publique, comme l'homme le plus incapable de remplir les plus simples devoirs de la morale sociale, il s'insurge avec plus d'éclat encore contre tous les principes au nom desquels on l'accable, et n'en poursuit qu'avec plus de confiance et d'enthousiasme l'idéal moral et social dont il s'est fait l'apôtre et dont il est déjà le martyr : il écrit Lao)i et Cythna .
Il écrivit ce poème, dit Mary, dans son bateau, flottant sous les bosquets de hêtres de Bisham, ou pendant qu'il errait dans les environs au milieu de sites d'une beauté particulière. Les collines de craie se brisent en fa-