histoire et portrait; fresques
qui semble conçu et exécuté dans un état de sentiment analogue à celui qui a produit chez les anciens ces spécimens achevés de poésie, de peinture et de sculpture, modèles qui défient les générations à venir. Il y a là une unité et une perfection inimitables. La figure centrale, Samte-Cécile, semble ravie dans une inspiration semblable à celle qui a produit son image dans l'esprit du peintre ; ses yeux profonds, noirs, éloquents, sont levés au ciel ; ses cheveux châtains flottent rejetés du front en arrière; elle tient l'orgue dans ses mains, le visage calmé, pour ainsi dire, par la profondeur de sa passion et de son extase, et pénétré de la chaude et radieuse lumière de la vie. Elle écoute la musique du ciel, et, j'imagine, vient de cesser son chant; car les quatre figures qui l'entourent convergent, comme l'indiquent leurs attitudes, vers elle ; particulièrement saint Jean, qui, avec un geste tendre et .cependant passionné, se penche vers la sainte, tout alangui de la profondeur de son émotion. A ses pieds gisent divers instruments de musique, brisés et sans cordes. Je ne parle pas de la couleur ; elle éclipse la nature, et cependant elle en a toute la vérité et le charme.
A la façon dont Shelley exalte la grâce et le charme pénétrants de Raphaël, du Corrège et du Guide, on ne sera pas trop surpris du jugement qu'il porte sur la mâle, grande et sévère peinture de Michel-Ange, qu'il appelle à propos de son Jugement derniei' le Titus Andronicus de la peinture.
Quant à Michel-Ange, écrit-il à Hunt, 3 septembre 1819, je ne peux me ranger à l'opinion commune qui l'égale à Raphaël, et sous certains rapports le met au dessus de lui. Il me semble qu'il n'a aiicun sentiment de la dignité morale et de la beauté ; et la force, qui l'a tant fait apprécier, m'apparaîl comme une quahté vulgaire, extérieure et m3canique, en comparaison de celles qui distinguent Ra-
SirELLEY EX ITALIE 381
phaël OU d'autres artistes inférieurs. Les fameuses peintures de la Chapelle Sixtine me semblent manquer de beauté et de majesté, tant dans la conception que dans l'exécution. On l'a appelé le Dante de la pemture ; mais si nous trouvons dans Michel-Ange quelques-uns des traits grossiers et rudes qui se rencontrent dans les plus repoussants endroits de ÏEnftr, où trouverons-nous votre Francesca, où trouverons-nous l'esprit qui vient sur la mer dans un bateau, comme Mars s'élançant des vapeurs de l'horizon, où trouverons-nous Matilda cueillant des fleurs, et toute l'exquise tendresse, l'exquise sensibilité, la beauté idéale par où Dante a surpassé tous les poètes excepté Shakespeare ?
Shelley appliquait à l'art son axiome moral : doux et fo?'t. Pour Shelley, Michel-Ange était le type de la force ou de l'horreur non tempérée par la grâce ; il ne concevait la force qu'en contraste et en union avec le charme, comme dans la Méduse de Léonard de Vinci, qui lui a inspiré ces belles strophes, qui commencent ainsi : « Son horreur et sa beauté sont divines » '... Nous trouvons dans un passage d'un curieux pamphlet de Shelley sur le Diable, un essai d'explication morale de cette préférence marquée qu'il affecte pour les peintres et les poètes qui se sont plus attachés à la beauté qu'à l'horreur, à la grâce qu'à la force.
La misère et l'injustice contribuent à produire des efTets vraiment poétiques, parce que l'excellence de la poésie consiste à éveiller la sympathie des hommes, sympathie, qui dans un monde influencé par une abjecte et sombre superstition, est plus facilement provoquée par les ima-