‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 77 sur 110 · Voir t. m, p · texte numérisé non relu

Voir t. m, p

ges de la laideur que par celles de la beauté. Il faut souvent un plus haut degré d'habileté dans un poète pour rendre la beauté, la vertu et l'harmonie poétiques, c'est-àdire, pour leur donner une analogie idéalisée et rythmique avec les émotions prédominantes de ses lecteurs, que pour rendre poétiques l'injustice, la laideur et la discorde. Il y a moins de Raphaèls que de Michel-Anges ; on a écrit de meilleurs vers sur l'Enfer que sur le Paradis. Combien peu lisent le Purgatoire ou le Paradis de Dante, en comparaison de ceux qui connaissent son Enfer ' !

D'un autre côté, Michel-Ange ne lui semblait pas réaliser au même degré que Raphaël l'idéal de la beauté grecque, auquel il ramène toutes les conceptions de l'art.

Le souvenir des peintures grecques disparues, la vue des mutilations qu'ont subies les chefs-d'œuvre des peintres modernes, par suite du vandalisme des restaurations ou des baïonnettes françaises, le jette dans des réflexions mélancoliques sur la fragilité et la mortalité de cet art fugitif :

La sculpture garde sa fraîcheur pendant vingt siècles: l'Apollon et la Vénus sont ce qu'ils étaient. Les livres sont peut-être les seules productions de l'homme contemporaines de la race humaine. Sophocle et Shakespeare peuvent se reproduire éternellement. Mais les peintures de Zeuxis et d'Apelles ne sont plus, et peut-être sont elles à Homère et à Eschyle ce que celles du Guide et de Raphaël sont à Dante et à Pétrarque.

De Bologne, Shelley s'achemine à petites journées vers Rome, en suivant par Rimini, Fano, Foligno et

1. Sur le Diable et les Diables. Ua essai fort amusant à la manière de Lucien, où il critique les diverses opinions sur la nature, le caractère et le lieu de séjour du Diable.

Terni, la via Flaminia. Il longe le Métaure, témoin de la défaite d'Asdrubal et remarque avec étonnement dans la montagne les traces des ciseaux des légionnaires romains. Il s'extasie dans la romantique cité de Spoleto devant un aqueduc gigantesque, et un château bâti par Bélisaire ou Narsès ; à Terni la fameuse cataracte du Velino lui semble le plus grandiose spectacle qu'il ait vu, après les glaciers du Montanvert et la source de l'Arveiron. Enfin, il débouche dans la célèbre campagne romaine ; il a sous les yeux d'un côté les Apennins, de l'autre Saint- Pierre et Rome, « Rome, la capitale d'un monde évanoui ! »

Page 1