Ibid. p
Shelley, c'est la pensée que les hommes pourront pleurer sa mort « car, dit-il, il est un de ceux que les hommes n'aiment pas, mais cependant regrettent. » Quoi de plus touchant que ce mot du poète humanitaire, pardonnant aux hommes de ne l'avoir pas aimé pendant sa vie, parce qu'il espère qu'ils le regretteront quand il ne sera plus ! C'est aussi beau que le cri de Jésus : « Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
On ne peut comparer à ce morceau que celui qui le suit, et qui est dû à la même inspiration : Misère *. Dans un fragment antérieur sur la Mort ^ Shelley faisait asseoir la Misère près d'une tombe ouverte, et invitait sa très douce amie à sécher ses pleurs et à se consoler; ici il reprend et développe le même thème. La Misère n'est plus seulement sa très douce amie, mais sa sœur, sa fiancée, qu'il convie au lit nuptial sous la tombe, à des étreintes, à des transports formidables qui s'évanouiront comme une vapeur dans le sommeil qui dure toujours.
Shelley dérobait avec soin ces effusions de sa mélancolie à celle qui partageait ses travaux et ses plaisirs ; mais malgré lui elles débordaient et se faisaient jour. Il s'accusait de trahir ainsi les souffrances et les amertumes de son âme, et de blesser injustement le cœur de cette chère amie, qui seule cependant, disait-il délicatement, aurait le droit de se plaindre de n'être pas capable d'éteindre en lui jusqu'à la faculté de peindre la tristesse. Mary ne