Roman de Godwin, trè^ t^stimé de Sholley
fiante histoire. L'imagination de Shellej' fut fortement excitée, et il me proposa le sujet, comme très propre à la tragédie. Plus que jamais je sentis mon incompétence; mais je l'engageai à le Iraiter lui-même; il s'y mit et avança très rapidement, poussé par une intense sympathie pour les soufTrances des êtres humains, dont il fit revivre, avec les couleurs de son poétique langage, les passions depuis longtemps refroidies sous la tombe. Celte tragédie est le seul de ses ouvrages qu'il me communiqua pendant l'exécution. Nous causâmes ensemble de l'arrangement des scènes. Je vis bien vite combien il s'était mépris sur son génie... Il se livrait en môme temps à l'étude de Calderon; il admirait à la fois sa poésie et son génie dramatique; mais son jugement et son originalité se montrèrent en ce que, profondément frappé de ses premières lectures du poète espagnol, il n'en fît rien passer dans la composition des Cenci; la seule trace de ces nouvelles études, c'est le passage, auquel il fait lui-même allusion, comme lui ayant été suggéré par le Purgatoire de Saint-Patrice i.
Il désirait voir les Cenci joués. Il n'était pas un curieux de théâtre; son goût exigeant souffrait de voir si mal remplis les rôles secondaires. Quand nous nous préparions à quitter l'Angleterre, il vit plusieurs fois miss O'Neil; elle était alors au zénith de sa gloire, et Shelley fut profondément ému par le charme gracieux, la passion intense, et la sublime véhémence qu'elle déployait dans plusieurs de ses rôles. Il songea plus d'une fois à elle en écrivant sa tragédie, et quand il eut fini, il s'inquiéta de la faire jouer et d'obtenir que cette actrice accomplie remplit le rôle de l'héroïne.
En effet la tragédie des Cenci était de la part de Shelley un effort considérable pour sortir de la pure poésie métaphysique et abstraite où l'entraînait son