Cenci, t. II, p. 9 et
génie, et prendre pied sur le terrain du drame véritablement humain et populaire. Y a-t-il réussi? Ce serait se faire la plus grossière illusion, de croire qu'il y a dans les Cejici une tragédie ordinaire qui rappelle en quoi que ce soit la tragédie classique ou le drame historique, tel qu'il est dans les dramaturges anglais prédécesseurs de Shelley. Son génie original ne pouvait s'astreindre à s'enfermer dans une forme convenue, et en abordant la scène, il devait y inaugurer une conception toute personnelle du genre dramatique, dans une œuvre qui n'a presque rien de commun avec celles qui l'ont précédée ou suivie ^ Les Cenci ?,oni dans l'histoire du théâtre un monument à part, qui n'a pas de modèle et encore moins d'imitateurs. C'est encore, malgré ses efforts pour s'oublier et ne songer qu'à l'effet à produire, Shelley lui-même, et Shelley tout entier, incarné dans Béatrice. « C'est, dit de Quincey, la lutte entre les ténèbres et la lumière qui a fasciné Shelley dans l'histoire des Cenci. » Les deux caractères principaux du drame, le père incestueux et sa fille, la douce et indomptable Béatrice, sont moins des personnages humains que des abstractions vivantes et agissantes, les personnifications idéales et surhumaines des deux forces que Shelley s'est plu à mettre aux prises dans toutes ses créations poétiques :
1. On lira avec intérêt le chapitre remarquable consacré à l'étude des Cenci dans le livre de M. Parrazin, Poètes modernes de l'Angleterre, ainsi que la belle préface mise par M. Swinburne en tête de la traduction des Cenci par madame Tola Dorian.
d'un côté, dans le vieux Genci, la force, la fatalité du mal ; de l'autre, dans Béatrice comme il l'avait déjà fait dans Gythna, ce qu'il y a de plus faible et de plus fragile, une âme de jeune fille résistant à cette fatalité et en triomphant par la mort et le martyre. La circonstance de l'inceste n'était aux yeux de Shelley qu'une circonstance accessoire que lui donnait l'histoire, et propre à faire ressortir avec plus d'horreur aux yeux des esprits prévenus contre cette incorrection sociale, les abus de la tyrannie domestique. La Bible, la Grèce avec son (Edipe, et Calderon l'autorisaient à mettre sur la scène, puni et expié par le meurtre, un désordre auquel Shelley dans sa pensée, n'attachait qu'une criminalité de convention et d'habitude et une valeur purement poétique. 11 expose à ce sujet dans une de ses lettres une curieuse théorie, qui prouve que dans la composition des Cenci, il était plus préoccupé de Galderon que ne veut le dire Mary dans les lignes que nous venons de citer. Il dit à propos d'une des pièces de ce grand tragique, les Cheveux d'Absalon, « pièce pleine des plus profondes et des plus tendres touches de la nature :
La scène incestueuse d'Amon et de Tamar est tout à fait terrible *. L'inceste est, comme beaucoup d'autres choses incorrectes, une circonstance tout à fait poétique. Il peut être un excès d'amour ou de haine. Il peut être
1. On lira avec plaisir cette scène de Calderon, traduite pour la première fois par le vulgarisateur bien connu de tant de chefs-d'œuvre de la littérature espagnole, M. Savine, notre savant éditeur. Nous la donnons à l'appendice III.
une défiance de tout le reste pour l'amour d'un autre, s'enveloppant dans la gloire du plus haut héroïsme, ou bien il peut être cette rage cynique qui, confondant le bien et le mal dans les opmions existantes, s'y jette tète baissée pour donner un libre cours à l'égoïsme et à la haine. Calderon, suivant en cela les historiens juifs, a représenté l'action d'Amon au plus ignoble point de vue; Amon est un sauvage plein de préjugés, accomplissant ce qu'il abhorre, et abhorrant ce qu'il y a d'involontaire dans son crime.
Malgré les objections de Peacock, qui trouvait le sujet trop hardi, et renvoyait l'auteur à VOEdipe de Dryden et à la 3//r/-« d'Alfieri, Shelley, encouragé par ses amis de Livourne, lui envoya sa pièce imprimée en Italie à deux cent cinquante exemplaires, afin de l'offrir à M. Harris pour le théâtre de Govent Garder. Celui-ci la refusa, ne voulut pas même communiquer le rôle de Béatrice à miss O'iNeil, et fit inviter l'auteur à écrire sur un autre sujet une tragédie qu'il accepterait volontiers.
Les Cenci imprimés eurent dans le public un succès de lecture auquel Shelley n'était pas accoutumé; deux éditions parurent de son vivant.
La société shelléienne a réparé avec éclat l'erreur d'Harris et de ses contemporains. Tout récemment, en 1886, elle faisait représenter les Cenci par les meilleurs acteurs de Londres, et toute l'élite de l'Angleterre littéraire applaudissait à cette tragédie à laquelle l'Angleterre de 1819 préférait, au scandale de Byron lui-même, Marina Faliero.
Les charmes de la tour de Scy throp n'empêchaient pas Shelley de jeter du côté de l'Angleterre un re-
gard de regret et d'envie. II écrit à Peacock le 22 août 1819 :
J'ai le plus ardent désir de vivre près de Londres. Je ne crois pas que je doive m'établir dans un endroit aussi éloigné que Richmont ; et habiter quelque site intermédiaire sur la Tamise, ce serait mexposer à l'hamidité du fleuve. Mon inclination penche pour Hampstead ; mais je ne sais si je ne devrais pas songer à quelque chose de plus voisin de la ville. Que sont les montagnes, les arbres, les bruyères, et même le glorieux et toujours beau ciel, avec des couchers de soleil comme j'en ai vus à Hampstead, en comparaison des amis ? Les jouissances de la société, sous une forme ou une autre, sont l'alpha et l'oméga de l'ezistence. Tout ce que je vois en Italie, (et de la fenêtre de ma tour je vois les pics magnifiques des Apennins qui enferment à moitié la plaine), n'est rien ; tout cela s'évapore en fumée dans l'esprit, quand je pense à ces scènes familières, petites peut-être en elles-mêmes, mais sur lesquelles de vieux souvenirs ont jeté une délicieuse couleur. Combien nous prisons ce que nous dédaignions, quand il était présent ! C'est ainsi que les fantômes de nos relations mortes se lèvent et nous hantent, pour se venger de ce que nous les avons laissés périr d'inanition, et abandonnés à la mort...
J'ai été bien mieux ces trois dernières semaines. Ma pièce sur les Cenci, achevée en deux mois, a été un excellent antidote aux remèdes nerveux, et a dégagé je pense, ma douleur de côté, comme le menu bois dégage la Uamme. Depuis lors, je me suis trouvé ph3siquement mieux. Je ne me promène pas assez... Maintenant je vais quelquefois à Livourne pour affaires, et cela me fait du bien...
J'ai lu Calderon en espagnol. Ce Calderon est une espèce de Shakespeare, et si je ne puis rien faire de mieux, je songe à traduire quelques-unes de ses pièces.
Cette affaire particulière qui conduisait plus souvent Shelley à Livourne, était le projet de construction d'un bateau à vapeur dont s'occupait alors fort activement Henry Reveley. Le poète nourrissait Tambition d'être le premier à lancer sur la Méditerranée un sleamboat^ qui fît régulièrement la traversée de Livourne à Marseille. Il apporta à cette entreprise son enthousiasme et sa furia accoutumée ; il suivait avec le plus vif intérêt les études et les travaux, avançait les sommes nécessaires ; abandonnant au jeune ingénieur tous les bénéfices de l'entreprise, il ne s'en réservait que la gloire, ou la honte en cas d'insuccès.
Comment va la machine ? écrit-il le 28 octobre à H. Reveley, les chaudières, la quille et le cylindre, et tous les autres éléments de cette âme qui doit guider notre monstre de feu et d'eau ? Votre bateau sera pour l'océan des eaux ce que la terre est pour l'océan de l'éther, un heureux et rapide voyageur.
Malheureusement quelques mois après, le départ des Gisborne pour l'Angleterre vint interromprel'exécution de ce séduisant projet. Shelley, pour toute consolation, fut réduit à contempler tristement le 5/e«m<$»o«^ endormi sous les murs,« craignant, dit-il, de le réveiller, pour la même raison qu'il n'aurait pas voulu réveiller Ariane, après l'abandon de Thésée, à moins d'être Bacchus. »
Bientôt après (septembre 1819), Shelley quitta la villa Valsovano regretté de tous ses amis de Li-
vourne, d'Oscar même, le chien de la maison qui ne pouvait se consoler de son départ. Florence, la capitale des beaux-arts, l'attirait, et l'eût retenu davantage sans le vent qui soufflait des Apennins et lui en rendait le séjour pénible et insalubre. Une grande joie l'y attendait : la naissance d'un nouvel enfant (12 nov. 1819) qut fui baptisé le 2o janvier 4820, et reçut le nom de Percy Florence.
Pendant les quelques mois qu'il vécut à Florence, il ne passa guère de jours sans visiter les galeries, les sculptures surtout : « lu, dit Medwin, il se reposait de ses plus sérieux travaux, au milieu des diverses créations de l'art grec. La Niobé, la Vénus Anadyomène, le groupe de Bacchus et Ampelus *, étaient les objets de son insatiable admiration. Je l'ai entendu s'étendre sur ce sujet avec toute l'éloquence d'un poétique enthousiasme. 11 avait pris d'amples notes sur les merveilleux chefs-d'œuvre de cette galerie, dont il me permit de prendre quelques extraits, qui surpassent en éloquence tout ce que Wincklmann a laissé sur ce sujet. »
Les lettres de Shelley à cette époque sont pleines de l'enthousiasme artistique avec lequel « il boit l'esprit de ces formes » merveilleuses de la statuaire antique.
Toutes les pensées et tous les soucis de ce inonde, écrit-il, semblent s'évanouir devant les sublimes émotions que créent de pareils spectacles ; je me sens profon-
1. Le Passant a publié la traduction de quelques-uns Je ces fragments dans ses u"» da j et du 20 janvier 1887.
SHKLLEY EN ITALIE 41 I
dément impressionné en songeant à la différence au point de vue du bonheur, qui existe entre ceux qui vivent loin de ces incarnations de tout ce que les plus rares esprits ont conçu en fait de beauté, et ceux qui peuvent jouir de leur compagnie et des plaisirs dont elles sont la source. Que serait-ce si nous étions privés de lire les grands écrivains dont les ouvrages nous sont parvenus ?
C'est au milieu de cet enivrement qu'un des premiers jours d'octobre, dans le cabinet de lecture de Delesert, il tomba sur un des derniers numéros de la Quarterley Review où se trouvait le fameux article qui lui avait été annoncé, et dont il se promettait de bien rire. En effet les anathèmes bouffons de la pudibonde Revue lui donnèrent un accès de folle gaîté. Cet article, critique sanglante de Laonet Cythna, que Shelley attribua d'abord à Southey, était de la main d'un de ses anciens condisciples d'Eton, John Taylor Coleridge, Passant de la critique de l'auteur à la censure de l'homme, il y disait:
Il est trop jeune, trop ignorant, trop vicieux pour essayer de réformer un autre monde que le petit monde de son propre cœur. Si nous pouvions soulever le voile de sa vie privée, et dire ce que nous en savons aujourd'hui, ce serait une peinture dégoûtante, mais en môme temps le commentaire irréfutable de notre texte ; il n'est pas facile à ceux qui ne font que lire de concevoir comment le plus abject orgueil, le plus froid égoïsme, la plus inhumaine cruauté peuvent s'accorder avec les lois de V Amour universel et sans lois '.
1. Hunt prit chaleureusement la défense de son ami dans YEvaminer, et le célèbre Wilson écrivit en janvier 1819 dans le Blackwood Mafjnzine un article fort élogioux, où il comparait
le Reviewer de la Quarterley à un âne qui en remontre à un homme de génie. « II est impossible, disait-il, de lire une page de la Révolte de l'Islam sans s'apercevoir qu'en vigueur et en nerf de conception, l'auteur se rapproche plus qu'aucun autre de ses contemporains de Scott et de Byron. »
Cette bave immonde ne pouvait atteindre Shelley Son âme, inaccessible aux blessures de l'amour propre, réservait toutes ses angoisses et ses indigna^ tions pour les souffrances et les misères de ses sem^ blables, de ses compatriotes. j
Depuis qu'il était en Italie, il n'avait cessé de suivre ! attentivement la marche des affaires publiques et la politique de l'Angleterre. Les nouvelles du fameux massacre de Manchester (16 août 1819; « cette sanglante et meurtrière oppression des bourreaux de son pays » lui semblèrent comme le grondement lointain du tonnerre annonçant l'approche de l'orage révolutionnaire : « Voilà que les tyrans ont, comme dans la Révolution française, les premiers versé le sang.^Puissent leurs exécrables leçons ne pas trouver
des disciples trop dociles! Et cependant, il y a
quelque chose à faire; quoi? je ne le sais pas. » Tout ce qu'il pouvait, c'était de prendre sa lyre et d'exhaler sur le mode pindarique ses indignations et ses fureurs patriotiques. Ce fut l'occasion de ces chants révolutionnaires qui se pressent à cette époque sous sa plume, tantôt sous la forme de stances enflammées et de visions vengeresses comme dans la Mascarade de l'Anarchie, VOde aux Défenseurs de la Liberté, le God save the Queen\ tantôt sou scelle de la satire politique la plus âpre, la plus flétris-
SIIELLEY EN ITALIE 413
santé, la plus sanglante qui ait jamais flagellé peuples, rois et ministres, dans : l'admirable sonnet V Angleterre en 1819, les Vers écrits pendant l'administration de Castlereafjh, les Comparaisons pour deux caractères politiques (^Castlereagh et Sidraouth), et surtout l'incomparable Chant aux hommes cl Angleterre^ le plus éloquent, le plus pathétique commentaire qui ait été écrit par un poète du Sic vos non vobis de Virgile '.
On ne saurait se faire une idée plus complète de toute la flexibilité du génie de Shelley qu'en rapprochant de ces diatribes d'une indignation et d'une âpreté plus que juvénalesques les chefs-d'œuvre de satire bouffonne et humoristique qui s'appellent Peter Bell III et Swellfoot Tyran. Avec les Cenci, nous étions bien près de YOEdipe Roi de Sophocle ; ici nous touchons à Aristophane. C'est le seul nom qu'il faille citer pour caractériser cette satire à la fois littéraire et politique, esthétique et morale, si pleine de caprice et de fantaisie ailée, de grâce et d'humour, de verve mordante et fine, d'ironie élevée et sereine.
Peter Bell III est la satire idéale des apostats littéraires et en particulier celle de Wordsworth.
Wordsworth avait été, au début de la Révolution française, l'un de ceux que le réveil de la liberté avait remplis en Angleterre d'enthousiasme et de flamme.
11 avait rêvé d'inaugurer une poésie, jeune, hu-
1. Voir toutes ces pièces au t. III de notre traduction. Petits poèmes, année 1819.
maine et égalitaire qui mettrait fin au règne du convenu, du sublime emphatique et vide de la poésie traditionnelle et classique, qui ferait entrer de force la nature et la réalité la plus humble, la plus familière dans le moule du vers; une révolution dans l'art en même temps que dans la pensée analogue à celle que madame de Staël en 89 rêvait pour la France. Cette révolution, il y travailla toute sa vie, mais en s'écartant bientôt des généreuses passions qui la lui avaient inspirée et qui seules pouvaient le vivifier, l'échauffer et le soutenir. Il rentra en lui-même, se désintéressa de tous ses rêves humanitaires ; le triomphe du pouvoir despotique et de la réaction conservatrice le jeta dans le camp des champions les plus déterminés des institutions établies ; dès 1809 il était devenu le transfuge éhonté qui écrivait le Pamphlet sur la Capitulation de Cintra, où il reprochait à Pitt denepas pousser avec assez de vigueur la guerre contre la France.
En 1818, devenu le barde de l'Eglise établie, Wordsworth venait de publier en faveur des conservateurs deux adresses anti-libérales aux libéraux du Westmoreland, gagnant ainsi, à force de flatteries et de servilités à l'égard du pouvoir, ses titres à sa dignité future de poète lauréat, dans laquelle il devait succéder à Southey en 1843.
Shelley s'était pris dès ses plus jeunes années d'une belle passion pour Wordsworth ; bien des liens intellectuels et littéraires le rattachaient à cette poésie si personnelle, si pleine de sentimentalisme humain el rêveur, si pénétrée du besoin de donner une âme
à tous les phénomènes de l'univers ; il pardonnait à VVordsworthcequeByron appelait en lui le somnolent et le?'awc/(drowsy aand frowzy), ses inventions puériles, ses longueurs arides et ternes, en faveur de cet idéalisme moral et doucement ému à travers lequel le solitaire du Mont Rydal contemplait et vivifiait la nature. On découvrirait dans ses œuvres plus d'une trace de l'influence exercée sur lui par le poète, chez qui « les plus humbles fleurs, le brin d'herbe remuait des sentiments trop profonds pour se répandre en larmes '. »
Il avait de bonne heure essayé de lutter avec lui sur son propre terrain, en traitant avec sa simplicité et sa naïveté quelques-uns de ses sujets favoris ; il était parvenu pendant son séjour à Genève à faire goûtera Byron le charme intime et profond de celui que le dédaigneux auteur des Bardes anglais appelait « le plus plat de tout ce groupe rampant des Lakistes », si bien que Wordsworth se reconnaissait tout entier dans le troisième chant de Childc-Harold.
Mais plus il l'aimait et l'admirait, plus il déplorait le rôle odieux à ses yeux que ce favori des Muses jouait dans la lutte des partis politiques. L'année précédente (juillet 1818), la publication des Adresses aux libéraux du Westmoreland lui inspirait, dans une lettre à Peacock, contre leur auteur cette virulente sortie : « J'ai appris la malheureuse issue des élections du Westmoreland. Dites-moi quelque chose du débordement d'infamie de ces apostats. Quel
l. Voir Alaslor. t. T, p. 102.
vil et pitoyable débris que ce Wordsworth ! Qu'un tel homme puisse être un tel poète ! Je ne peux le comparer qu'à Simonides, ce flatteur des tyrans siciliens et en même temps le plus naturel et le plus tendre des poètes lyriques. »
Dès ce jour, la satire de Peter Bell 111 était conçue. Shelley voulut prouver que le poète capable de renier les dieux de sa jeunesse, et de s'agenouiller lâchement davant le pouvoir et l'opinion, était condamné à voir se tarir les sources de son inspiration, et à tomber dans la platitude et le marasme (dulness). Shelley, du reste, n'avait pas attendu ces derniers temps pour flétrir l'apostasie de son poète favori ; il avait pleuré dès 1815 en des vers émus et touchants la désertion de celui qu'il appelle le v Poète de la nature, celui qui était comme un être solitaire dont la lumière éclaire quelque barque fragile au milieu du rugissement de minuit de l'hiver ; un refuge bâti sur le roc dominant la multitude aveugle et guerroyante '. »
Les anathèmes de Shelley n'allaient pas jusqu'aux oreilles du dieu . Wordsworth, devenu verbeux, rendait des oracles, n'admettait rien après lui, et presque rien au dessus, se comparant à Milton. Il dédaignait les poètes ses contemporains, ceux surtout qui osaient s'écarter des sentiers nouveaux frayés par lui ; il ignorait Shelley.
Un jour Trelawny, avant de connaître personnellement l'auteur de la Reine Mab, rencontra à Ge-