‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 92 sur 110 · T. III, p · texte numérisé non relu

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ce qu'il y a de plus incisif dans Swift,- et de plus ailé dans Aristophane.

VOE'lipus Ti/rannus ne fut comme Peter Delllll qu'un jeu, une légère improvisation, mais dans son genre, un jeu, une improvisation de génie.

Un jour, en parcourant des extraits du Courrier Français, il tomba sur une étrange, une étourdissante nouvelle. Apprenant la mort de George III, la trop fameuse reine Caroline, l'épouse délaissée et déshonorée de ce roi grotesque qui s'appelait George IV, était accourue en Angleterre, pour revendiquer ses droits et prérogatives d'épouse et de reine. On connaît la suite, ce long et infâme procès qui remplit à lui seul les annales politiques de cette année 1820 en Angleterre. Jamais peuple n'avait donné au monde un spectacle aussi odieux, aussi répugnant, aussi ridicule. Iljustiûaità lui seul tous les mépris, tous les anathèmes accumulés par Shelley sur la tête de la royauté.

Depuis longtemps l'opinion de Shelley était faite sur le compte de George IV ; elle était celle de tous les Anglais qui alors osaient penser, celle que Thackeray, dans ses Quatre George, a si énergiquement exprimée quand il a dit : « Je ne sache pas que l'on puisse faire une satire plus amère de la société anglaise à cette époque que de dire qu'elle a pu admirer George IV, >>

Shelley, comme beaucoup d'autres, s'était laissé d'abord éblouir par la comédie de libéralisme que le prince de Galles avait jouée en se faisant l'ami et le disciple des Fox et des Shéridan ; il avait cru un ins-

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tant aux espérances que pouvait inspirer un enfant qui criait : « Vive Wilkes et la liberté ! » Mais il n'avait pas tardé à percer le masque, et à deviner dans la conduite du régent ce que serait un jour le roi d'Angleterre.

Nous retrouvons dans Swellfoot Tyran le George IV trop historique des Mémoires du temps, le base felloio, l'ignoble sire dont parle Lady Stanhope, ce héros de la table et du dandysme, l'inventeur du punch au marasquin, ' ce gros et gras dandy couronné, uniquement occupé à se parer, à manger et à boire ; ce prince uniquement préoccupé, au milieu des plus graves événements de l'Europe, de la coupe d'un habit ou de l'assaisonnement d'une volaille. Mais tous les détails, calqués sur l'histoire, revêtent dans le drame de Shelley des proportions et des formes gigantesques et héroïques. Par un procédé de grossissement poétique assez analogue à celui de notre Rabelais, George IV va devenir un dandy, un goinfre et un tyran idéal ; l'ami ingrat de Shéridan et de Brummel sera, sous le masque de l'homme aux pieds gonflés (CEdipe) « le pourvoyeur de modes {man-milliner) de la rouge BePone» ; le gourmand délicat, l'ami de la bonne chère, se changera en un Gargantua homérique, absorbant dans une seule friandise de son cuisinier persan ce qui suffirait à nourrir un hiver ou deux une douzaine de familles ; le on Juan sceptique et volage, qui n'a guère eu dans sa vie de passion profonde que la

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