‹ Si les traités de 1815Chapitre 3 sur 5 · GG · texte numérisé non relu

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fermant les yeux sur les faits, ne tiennent compte ni des conditions de l’existence politique des nations ni des justices de l’histoire ; eiaminons-la, cette cause fameuse, le plus succinctement que nous pourrons, au llambeau de la jurisprudence des Étals. La vérité n’est malfaisante pour personne : et s’il se trouvait que la Pologne a été traitée tout à la foi^ selon le droit des nations et selon ses mérites; que son démembrement fut juste autant que nécessaire ; que la raison historique le ratifie ; que la saine politique en exige le maintien ; s’il était vrai que le partage de 1773 a été pour la Pologne le point de départ de la régénération de ses peuples : je dis que non-seulement la France et l’Europe devraient s’abstenir de paraître au débat actuel, mais que l’insurrection devrait, en posant les armes, regarder le fait accompli comme une expiation et comme un bien.

Jusqu’à présent les défenseurs de la nationalité polonaise sont partis de cette hypothèse que la Pologne avait été rayée de la carte de l’Europe par l’etfet d'un guetapens; qu’un crime avait été commis contre elle par trois souverains, trois brigands couronnés, le roi de Prusse Frédéric II, l’impératrice de Russie Catherine II, et l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse. La solidarité de cet assassinat pèse, dit-on, sur l’Europe, qui ne retrouvera de paix que lorsque .réparation aura été faite. Journalistes, brochuriers, historiens, plébéiens et aristocrates, jacobins et jésuites, sont d’accord pour accuser le fameux partage. L’honnête bourgeoisie, qui ne sait des choses que ce que ses journaux lui en racontent entre un bulletin de bourse et un feuilleton de théâtre, trouve la conduite des trois puissances inqualifiable. Les amis

de l’Empire font valoir en faveur de la Pologne une glorieuse confraternité d’armes; la démocratie socialiste, chose qui ferait rire si elle ne faisait pitié, a appris à dire : Nos frères polonais. Des hommes honorables, dont l’opinion fait autorité en politique et en histoire, mais qui ne font ici que ressasser une vieille complainte, ajoutent à cette réprobation universelle le poids de leur jugement. Certes, si la Pologne a tort de se plaindre, l’opinion a été en sa faveur savamment travaillée. Eh bien ! sachons au vrai ce qu’il en est de ce prétendu crime : pas n’est besoin pour cela, je vous assure, de déchirer les traités et de mettre le feu aux quatre coins du monde.

Je suis méfiant de ma nature ; j’aime, dans les cas graves, à me rendre compte par moi-même des choses ; et quand j’aperçois le mensonge, quand je surprends, flagrante delicto, l’hypocrisie, je deviens malgré moi sévère. Que l’on me pardonne donc ce que mes expressions pourront contenir de rigoureux. Ce qui m’indigne en ce moment, ce n’est pas l’insistance des Polonais, à qui je ne puis en vouloir de leur patriotisme, c’est la mauvaise foi de ceux qui les excitent, ou qui, tout en leur prêchant la résignation, n’ont pas le courage de leur dire la vérité telle qu’elle est, vérité cruelle, mais moins cruelle encore que la fausse compassion de ces conciliateurs.

Posons la question comme elle doit l’être, dans sa rude franchise : Les Polonais sont-ils fondés, au point de vue de l’histoire et du droit des gens, à former appel du partage de 1773 et de ceux qui l’ont suivi, et à revendiquer, au iribunal de l’Europe, leur rétablissement? Car il est évident que si, d’un côté, les Polonais sont

mal fondés dans leur appel, si la postérité doit confirmer le jugement de 1773, la diplomatie qui s’est mêlée en dernier lieu de cette affaire a agi, à l’égard de la Russie, avec malveillance et mauvaise foi, qu’elle a méconnu l’esprit des traités, qu’elle avait secrètement en vue autre chose que l’intérêt que pouvait lui inspirer une nation exaltée, et que ses actes doivent être blâmés; si, au contraire, il y a eu crime, il n’est fait accompli qui tienne, dédommagement qui satisfasse, conciliation qui puisse se faire accepter, il faut rétablir la Pologne dans son indépendance et sa souveraineté.

Or, voici après deux ans d’étude, d’une étude qui embrasse toute l’histoire de Pologne depuis le cinquième siècle de l’ère chrétienne jusqu’à la présente année 1863, la réponse que je me suis faite :

Non, les Polonais ne sont pas en droit. Ils ne peuvent arguer, en faveur de leur réviviscence, ni des traités de 1815, ni du traité de Westphalie, ni de l’ancien droit de la guerre et des gens, ni d’aucune considération de droit naturel ou positif. Les partages de 1773, 1794, 1796, 1807 et 1815 furent des actes juridiques parfaitement réguliers, aujourd’hui moins que jamais susceptibles d’être attaqués. Il est vrai que ceux qui les premiers, en 1773, procédèrent au démembrement, ne paraissent pas avoir eu clairement conscience de leur acte. L’ambition a eu part à leur œuvre autant que le droit : cela a tenu à l’état encore peu avancé de la philosophie de l’histoire, à l’ignorance où l’on était généralement des principes. Mais nous, qui voyons les choses d’ensemble et jugeons sans parti pris, nous que les misères de la politique et les horreurs de la guerre ne doivent point aveu-

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