‹ Si-lingChapitre 10 sur 32 · C;. — TCH’ANG-UNG · texte numérisé non relu

C;. — TCH’ANG-UNG

Le cimetière de Tch’ang-ling contient un monument unique ren-

honoré sous le et de l’im-

fermant les cercueils de l’empereur Kia-k' ing, ^ M nom de Jen-tsong-joiiei-houang-li^ pératrice Hiao-choii-jouei-houang-heou , ^

ïil? ^

de l’empereur Tno-kouang .

Le cercueil de Kia-k’iug est peut-être vide; peut-être contient-il un tout autre corps que celui de l’empereur. Kia-k’ing, en effet, a été frappé de la foudre, en même temps qu’un de ses favoris, au mois d’août 1820, près de son palais de Je-hol^ en Mongolie, et, au dire de quelques mandarins, son cadavre était réduit à un tel état de décomposition qu’il a été impossible de l’ensevelir suivant le rite et de le mettre en bière pour l’emporter aux Siling. On aurait donc envoyé aux sépultures impériales soit un cercueil vide, soit le corps d’un serviteur impérial désigné d’office pour le fatal honneur de figurer l’empereur jusqu’à la fin des siècles.

Kia-K’ing monta sur le trône le premier jour de l’année lyqb, par suite de l’abdication de son père K’ien-long. Il se

Kia-li'mg.

(Dessin cliinois, pulilié par Mgr l'avier, dans Péhing.)

ANNAL1-:S DU MUSÉE GUIMET

fit remarquer par sa liaine contre les chrétiens, fit détruire la plupart des églises de Péliin^, et ordonna la mort de plusieurs missionnaires français. Son règne fut signalé par plusieurs conspirations et par la formation

Vue d’ensemble de Teh'ang-ling.

de nombreuses sociétés secrètes dont la plus connue est celle du Nénuphar blanc. Les côtes furent ravagées par d’incessantes incursions de pirates de mer. C’est sous Kia-k’ing, en i8i6, qu’eut lieu l’ambassade de Lord Amherst.

L’entrée principale de Tch’ang-ling, constituée par les monuments de Ta-hong-men, est commune à ce cimetière et à ceux de T’ai-ling et de

T’ai-tong-ling; j’en ferai la description, plus tard, quand j’en serai arrivé aux tombeaux de la famille de Yong-tebeng.

De Ta-bong-men se détachent des routes dallées s’embranchant les unes sur lesautres et conduisant aux trois groupes de tombeaux

Colonne de l’avenue de Tcli’ang-ling. que je vieilS d’éllUmérer,

La route de Teli’ang-ling, d’al)ord perpendiculaire à l’allée centrale, fait un coude à angle droit et, cincpiante mètres environ après ce clian- «reinent de direction, aboutit à deux hautes colonnes en marbre sculpté surmontées de chimères ; elle est dallée sur une largeur de huit mètres.

Autour de chacune des deux colonnes s’enroule un énorme dragon impérial. Vers l’extrémité supérieure du fût, le marbre est traversé par une croisière sculptée ayant la prétention de représenter de la fumée ou des nuages et simulant vaguement la forme d’un dragon du genre de ceux qui servent d’enseigne aux monts-de-piété de Péking.

Le pied de la colonne est entouré d’une balustrade dont les colonnettes sont surmontées de chimères.

On rencontre ensuite un pagodon à double toit d’une grande élévation et d’un effet à la fois des plus gracieux et des plus imposants. Il est à peu près carré et, sur chacune de ses faces, une rampe douce aboutit à une porte. Le plafond à caissons représente des fleurs d’or sur un fond vert foncé. Les murs sont passés à l’ocre rouge avec des filets verts. A l’intérieur, on trouve deux énormes tortues de cinq mètres

une

grande stèle de marbre peint en noir avec une longue inscription sur la face antérieure ; l’inscription de la stèle de droite n’est que la traduction mandchoue de la poésie gravée sur la stèle de gauche.

Derrière le pagodon, l’allée dallée continue, passant d’abord entre deux colonnes semblables à celles que nous avons déjà rencontrées, puis

de longueur surmontées chacune d’

Colonne et pagoclon de l'avenue de Tch’ang-Iing.

Pont deîravenuc de Tch'ang-ling.

aboutissant, cinquante mètres plus loin, à un pont de cinq arches dont les garde-fous sont ornés de colonnettes se terminant par des fleurs de lotus.

Mandarin militaire de l'avenue de Teh’ang-liiig.

A ce pont commence une avenue de personnages et d’animaux débutant par deux colonnes en marbre surmontées de sortes de boutons oîi

ANNALES DU MUSl-ÏE GUIMET

des dragons sont scnlplés; vingt-cinq pas pins loin, se trouvent des lions fantastiques sellés et caparaçonnés, avec un grelot au cou; un peu plus loin, sont deux éléphants armés en guerre, portant sur leur dos des vases

Long-fong-men de Tch’ang-ling.

clos, puis deux chevaux, deux mandarins militaires et enfin deux mandarins civils, tous d’une taille gigantesque.

Pont à l’entrée de Tch’aiig-ling.

L’avenue est fermée par un portique ou Long-fong-men, identique à celui qui orne l’entrée de Mou-ling. Quand je dis « fermée », c’est barrée que je devrais dire : en effet, le passage est entièrement libre aux deux

SI - LINÜ

bouts du Loiig-fong-men ; j’ai cependant vu deux de mes compagnons

Triple pont de Tch’ang-ling.

Cour extérieure de Tcli ’ang-ling.

S hypnotiser sur cet obstacle factice, lors de notre arrivée aux Si-ling, et faire des efforts bien inutiles pour ouvrir les portes à claire-voie,

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alors qu’ils n’auraient eu que dix pas à faire à droite ou à gauche pour passer, les mains dans les poches ; ces portes en bois sont d’ailleurs en fort mauvais état et ne tarderont pas à disparaître, heureusement pour cette admirable perspective qu’elles coupent malencontreusement en deux.

Quinze mètres après ce portique, se trouve un pont de trois arches, à cintres très surhaussés, doublé à gauche par une passerelle ; puis, s’ouvre une allée de cent cinquante mètres de longueur sur trente mètres de largeur, percée dans un bois de sapins. Au bout de cette allée sont

Pagodon de Tcli’ang-Iing.

trois ponts juxtaposés de trois arches chacun, des stèles avertissant de mettre pied à tei^re, et, à droite, un puits couvert.

La route est ensuite coupée par un pagodon à double toit jaune, surélevé de cinq marches, avec une porte sur chacune de ses quatre faces; il renferme une tortue supportant une stèle sur laquelle se lit une inscription.

A droite du pagodon est un Cheng-t'ing (enclos pour la préparation des sacrifices).

Trente mètres après le pagodon, on rencontre une terrasse pavée en briques, surélevée de cinq marches, sur laquelle sont construites les

maisons de gardes exhaussées elles mêmes sur quatre marches ; celle de droite, divisée en trois compartiments, et celle de gauche, en quatre, ont des cheminées de tirage et de petites cuisines détachées.

A l’extrémité sud-est de la terrasse, on remarque un puits surmonté d’un toit en tuiles jaunes.

On franchit ensuite une rampe douce de soixante centimètres de hauteur et on se trouve sur une nouvelle terrasse de six mètres de profondeur sur laquelle s’élève un escalier de cinq marches conduisant à l’entrée du monument.

Le portique à trois portes ornées de clous dorés est précédé d’un péristyle de six colonnes et porte une inscription à demi cachée par le filet protecteur.

Le portique franchi, on descend six marches et l’on se trouve dans une cour pavée en briques, ayant à droite et à gauche des fours à holocaustes derrière lesquels sont placées des cuves en bronze. Un peu plus loin s’élèvent deux bâtiments, celui de gauche contenant quatre com-

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Temple de Tch’ang-ling.

parliments avec des lits de camp, celui de droite ne comportant qu’une seule pièce avec trois alcôves en bois ajouré.

Entrée de l'enclos funéraire de Tch’ang-ling.

On arrive ensuite à une plate-forme à laquelle on accède par trois escaliers de huit marches; celui du milieu est coupé longitudinalement par une grande dalle sculptée analogue à celle de Mou-ling. Il y a aussi deux escaliers latéraux. Cette plate-forme, sur laquelle

s’élève le temple à double toiture, est ornée de deux brûle-parfums en bronze, de deux grues, puis, en retrait, de deux cerfs également en bronze.

Les trois portes du temple sont chacune à quatre battants; au-dessus de celle du milieu se lit la dédicace impériale.

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Bien que tous les mandarins chargés de la garde des tombeaux m’aient affirmé à plusieurs reprises qu’il n’y avait que deux personnages enterrés à Tch’ang-ling, le temple contient trois alcôves avec des litsautels et trois trônes. Y a-t-il erreur de la part des mandarins, y a-t-il une anomalie qu’on n’a pas pu ou qu’on n’a pas voulu m’expliquer? Les deux hypothèses sont également acceptables. L’alcôve centrale est surélevée de quatre marches, les alcôves latérales de trois seulement. Les lits sont posés sur des socles de marbre; celui de droite, beaucoup plus

Tour de Tch'ang-liiiff.

orné que les deux autres, est à deux étages et agrémenté de colonnettes en bois doré.

Sur la table, devant les alcôves, se trouvait une réduction en cloisonné du Pai-t'a, ^ j;^, de Péking (v. pl. VI). Le plafond, haut d’environ douze mètres est à caissons représentant des fleurs d’or sur fond vert (v. pl. II) ; il est supporté par douze colonnes dont quatre sont dorées et les autres peintes en rouge.

Le sol est dallé en marbre tigré rouge et jaune d’un remarquable poli.

Tout autour du temple règne en bordure de la terrasse une galerie en marbre, de chacun des angles de laquelle font saillie de grosses poutres en marbre sculptées en têtes de dragons.

A droite et à gauche de la terrasse sont placées des cuves en bronze.

A quelques mètres derrière le temple se trouve l’entrée du cimetière. Tl ■ois escaliers de huit marches amènent à une petite terrasse dallée en

Pl. IV (72-73).

Vœux pour l’Empereur.

Prince chinois en tenue de cérémonie,

Stèle rouge

de la tour de T’chang-ling,

Panneau en céramique de l’entrée de l’enclos funéraire de Mou-tong-ling.

marbre et supportant trois autres escaliers de deux marches seulement,

au haut desquels sont les trois portes du cimetière ornées de clous dorés; celle du milieu, plus élevée et beaucoup plus monumentale que les deux autres, est bordée de panneaux en céramique jaune, vert et violet (v. pl. \).

Dans l’enceinte du cimetière, on remarque d’abord un portique à une seule entrée supporté par deux colonnes surmontées de chimères. A droite et à gauche de ce portique sont des cuves en bronze, un peu plus loin est l’autel à offrandes en marbre. L’enclos est bordé de sapins.

En face de l’autel, une rampe donne accès à une plate-forme sur laquelle est placé un bâtiment quadrangulaire en forme de tour crénelée. Sous cette tour est percée une voûte fermée par une porte à clous dorés conduisant à une cour intérieure.

Inscription de la tour de Tch’ang-ling.

ANN. G

Cour intérieure de la tour de Tch’ang-ling.

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Sur la tour est construit un pagodon à double toit portant entre ses deux toitures un panneau bleu où est inscrit en lettres d’or le nom du cimetière et contenant une stèle en pierre enduite de couleur rouge vif, avec une inscription en caractères dorés bordée de dragons multicolores (v. pl. IV).

De la plate-forme supérieure de la tour descendent jusque dans la cour intérieure deux rampes circulaires.

Du sommet de la tour se détache un mur crénelé enfermant un mamelon naturel dont les flancs ont été entaillés pour la construction de la muraille. Ce mamelon, recouvert primitivement de ciment pour empêcher la végétation et rinfdtration des eaux, est coupé à sa base sud par un mur délimitant la petite cour intérieure dont nous venons de parler. Aux angles supérieurs de ce mur, sur l’enceinte circulaire, sont deux barrières mobiles en marbre blanc ; à son centre est un large panneau en céramique servant vraisemblablement de fermeture au tombeau pratiqué sous le mamelon.

A droite et à gauche de la tour carrée, un mur ferme l’enclos planté de sapins qui entoure le tumulus; on arrive à cet enclos par des

escaliers de quinze marches, au sommet desquels sont les portes, puis de nouveaux escaliers descendant de dix marches.

L’aspect de château fort de ce tombeau, ses dimensions énormes (le chemin de ronde supérieur du lumulus ne mesure pas moins de 9.80 pas de longueur), la diversité et le grand nombre de ses ornements en font un des plus remarquables de la vallée des Si-ling.

Je n’ai malheureusement pu le visiter qu’après le départ des troupes alliées qui l’occupaient avant nous et qui avaient bousculé et brisé la plupart des objets que les gardiens, surpris par notre marche rapide, n’avaient pas eu le temps d’enterrer. Les mandarins m’ont dit qu’il y avait à Tcb’ang-ling, entre autres choses précieuses, une importante collection de jades ; une grande partie de ces objets a été retrouvée à la fin de mon séjour et laissée à la garde des mandarins.

Dragon.

(D’après une peinture sur bois de Houai-Iing.

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