ADMINISTRATION ET CULTE
Celle longue et aride énumération tenant plutôt de l’inventaire que de la description serait incomplète si je ne faisais pas mention des tribunaux administratifs et rituels installés dans chacun des villages de gardes construits près des principaux tombeaux.
Ces tribunaux portent le nom du tombeau suivi des mots Nei-woufou^ c’est-à-dire « Tribunal des Affaires intérieures ».
Dans ce tribunal ou dans les villages environnant les Si-ling, résident un certain nombre de mandarins, généralement d’un rang élevé, chargés de l’entretien et du service de chaque tombeau.
Pendant notre occupation, ces fonctionnaires étaient sous les ordres d’un membre du Han-lin^ (Académie de Péking), nommé
Tchouen-leang, mandarin à bouton de corail pâle (degré
supérieur du mandarinat). Ce haut fonctionnaire, probablement en disgrâce dans ce poste ne permettant pas de faire fortune, bien qu’affectant le plus profond respect pour les princes de la famille impériale placés auprès de lui, n’en était pas moins le véritable directeur de l’administration du cimetière.
A côté de lui, le prince Yi-mouo-pei~(seu ^ ^ -J^, et le duc
Tche-kong, portant, par une anomalie qu'on n’a pu ou voulu
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m’expliquer, le globule rouge, étaient plus spécialement chargés de la surveillance des Pa-k’i, ou soldats des huit bannières. Depuis mon départ des Si-ling, Yi-mono-pei-tsen a été promu à la dignité de Pei-lo et rappelé à la cour où il a vécu avec son fils adoptif, le duc Tsaé-t’ao, frère de l’empereur, jusqu’à sa mort survenue en 1907.
Tchouen-leang était aidé dans radministration civile par quatre mandarins à bouton rouge portant les titres de Tsong-kouan, et les noms de Tchang~yeou^ Foii-k'ouen^ ^ et Tchen-
cheng,
Autour de ces astres de première grandeur gravite une pléiade de mandarins à bouton bleu pâle ou bleu foncé qui ne sont que des comparses et au-dessous desquels se trouvent une foule de mandarinaux à bouton de cristal, de porcelaine, d’or ou de cuivre, qui ne sont pour la plupart que des domestiques.
La garde des tombeaux est assurée par des soldats tarlares, au nombre d’environ quatre mille, qui, au moins dans l’intérieur du cimetière, ne peuvent être armés que de lances et de flèches. Ces guerriers, à notre arrivée, n’ont pas esquissé l’ombre d’une résistance ; bien mieux, après s’être enfuis précipitamment, précédés de leurs chefs, ils sont
Village de Sin-yun-fang.
SI - UN(1
revenus peu à peu dans leurs villages de gardes, et, la solde se faisant allendre, se sont disputé les places de coolies à noire service.
Un des souvenirs les plus amusants pour moi de l’expédilion de Chine a Irait à ces braves Tarlares : l’adminislralion chinoise ayant, et pour cause, pendant plus de sept mois, négligé de les payer, leurs chefs sont venus me demander comme une chose toute naturelle de vouloir bien, en pleine période de guerre et avant les préliminaires de paix, transporter et escorter la solde de l’ennemi, en grand danger, sans mon secours, d’être enlevée par les alliés ou pillée par les troupes chinoises. J’avoue qu’à celte demande insolite j’ai eu de la peine à garder mon sérieux; j’ai toutefoisrépondu que j’étais grandement honoré de cette marque de confiance, mais que mes pouvoirs n’allaient pas jusqu’à prendre une pareille initiative , que j’allais en référer à mes chefs en donnant à cette requête un avis favorable, et que je ne doutais pas qu’il n’y fût fait droit. En effet, quelques jours plus tard, notre général en chef, le général ^^oyron, m’envoyait l’ordre d’escorter la solde des Tartares, qui en avaient d’ailleurs bien besoin, les pauvres gens !
Les villages de gardes sont entourés de murs ; les maisonnettes, très relativement confortables, sont très correctement et très militairement alignées, et c’est dans une de ces sortes de casernes, la moins sale que nous ayons pu trouver, à Sin-yun-fang, que j’ai commencé cette étude.
Intérieur de Sin-yun-fang'.
ANN. O. — s.-i..
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Ces villages sont désignés communément par le nom des divers tombeaux, suivi des mots Pa-k'i, (huit bannières), ou
Li-pou, (ministère des rites). Le centre de commande-
ment et d’administration de ces divers villages est à Leang-ko-lcbouang, près duquel se trouve un hing-kong dans lequel l’empereur doit, suivant le rite, changer de costume dans les cas très rares où il vient en personne rendre hommage aux mânes de ses ancêtres.
Le nombreux personnel des Si-ling est réparti dans six services ou ministères :
1° Ping-pou, 2° Hou-pou, 3*^ Li-pou,
4” Kong-poii, 5° Hing-pou, 6° Li-pou,
K- (guerre);
^|) (finances) ;
X (travaux) ;
M (justice) ;
^ (intérieur).
Les époques de l’année où les cérémonies devaient avoir lieu étaient soigneusement définies ; c'étaient d’abord les fêtes de saisons :
i" Ts'ing-ming, 2" Tchong-yuan, Tong-tche,
P SoLiei-mou,
f^uns la 2*" lune ;
1^ le 1 5 de la 7® lune ;
i dans la I U' lune ;
le 2q de la 1 lune.
Des cérémonies avaient également lieu les et i5 de chaque lune, et aux anniversaires de la mort des princes et des princesses inhumés, dans le cimetière.
J’ai cherché à avoir des détails sur les cérémonies qui accompagnent l’enterrement des empereurs ; Tao-kouang, le dernier qui ait été déposé aux Si-ling, l’a été il y a une cinquantaine d’années, et la mémoire des Tartares n’est ni assez longue ni assez fidèle pour leur rappeler ce qui s’est passé il y a si longtemps; tout ce que j’ai pu en tirer, c’est qu’il n’a été fait que les cérémonies habituelles de quinzaine à l’enterrement de Tchang-kouei-fei, décédée en 1889, et de Kia-kouei-fei, morte en i8q5.
Les cercueils sont venus de Péking, escortés par des mandarins de la cour; ils ont été déposés dans la maison de droite dans la cour du temple de Mou-tong-ling ; un mandarin du Nei-'vou-fou, venu de la capitale, a fait l’offrande dn lait et du vin et, avant la mise en terre dans le tombeau préparé cà l’avance, a fléchi trois fois le genou et a fait neuf proslernements de la tête constituant la cérémonie du K’o-t’eou.
Comme, dans la description qui va suivre des diverses cérémonies, nous retrouverons souvent le mot K'o-t'eou, np, je vais l’expliqner une fois pour toutes: cette marque d’adoration peut, en style de règlements militaires, se décomposer en quatre mouvements :
i“ Se placer devant la personne ou l’objet à qui on rend cet honneur, lui faire face, le corps droit, les talons joints, les bras le long dn corps, absolument comme dans la position bien connue du soldat sans armes ;
2° Se mettre à deux genoux ;
3® Poser les mains à terre et s’incliner jusqu’à toucher le sol du front ;
4" Se relever en faisant un léger mouvement de recul, et reprendre la première position.
Cérc-moiiic du i6 It-vrier igoi.
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Cette cérémonie du Iv’o-t’eou, due à l’empereur par tous ses sujets et vassaux, a été la cause d’iutermiuables discussions entre la Cour de Péking et les ministres européens qui, tantôt se soumettaient à cette marque de servilité, tantôt prétendaient s’en alîrauchir ; cette question n’a été défiuitivemeut tranchée, dans le sens de l’abstention, qu’en 187;).
A l’origine, les cérémonies de saisons devaient être présidées par l’empereur lui-même; depuis longtemps, il se fait suppléer parmi haut personnage appartenant à l’nne des cinq classes de princes :
3" Pei-lo,
4” Pei-fseu,
5" Kong^ on Duc,
L’envoyé de l’empereur est logé avec sa suite au village de Peipe-ts’ouen.
Avant toute cérémonie, les employés du Kong-pou font de nombreux préparatifs ; ceux qui sont chargés d’accommoder la nourriture tuent un b(euf, le vident, en enlèvent les poils, sans entamer la peau, et le font bouillir tout entier dans une des grandes cuves du cheng-l'ing ; en pratique, les cuves étant généralement trop petites pour contenir un animal de cette dimension, on ferme les yeux sur l’infraction an rite et on conpe le bœuf par quartiers.
On fait cuire de la même façon deux moutons.
Lorsque ces trois animaux ont bouilli assez longlemps, on les retire des cuves et on les pose sur une grande tablette à rebords divisée en trois compartiments, le bœnf occupant celui du milieu. Cette tablette est *
déposée dans le temple, en face de la table placée devant l’alcôve renfermant la tablette commémorative.
La table est elle-même recouverte des mets suivants : j
Ibi bol de bouillon. %
Un bol de riz.
Un bol de lait aigre.
Un bol de morceaux longs et étroits de mouton.
Un bol de chair de faisan coupée de la même façon.
SI-LIXG
Un faisan rôti.
Un plat de poisson sec de l’île Tchen-sing, près Port-Arthur. Un plat de faisan coupé en tranches minces.
Un plat de safran, //onany-Aona, ^
Une assiette de choux salés.
Un plat de champignons, Mouo-koii .
Une assiette de choux-raves, Ko-la.
Une assiette de concombres salés.
Une assiette de courges salées, Siao-koiia.
Une assiette de saumure, Ts'ing-tsùing,
Un plat de poisson Li-gu, filjl fft (carpe).
Les deux cuisses d’un bœuf.
Les gigots de deux moutons.
Les gens chargés des liquides placent près de la tablette à viandes une petite table à coins dorés supportant un bol d’un mets tartare nommé Wen-(a, fait de lait et de beurre, et un plat de Mang-n,
m , sorte de crème rougie par le fruit Chnn-li-hong, lli * U (mot à mot ; fruit rouge dans la montagne, azerolle).
Les pâtissiers préparent, de leur côté, vingt espèces de gâteaux se ressemblant beaucoup et ne se distinguant guère que par leur couleur blanche, rouge, verte ou jaune, la présence du sucre ou du miel dans leur composition et l’adjonction de tel ou tel ornement honorifique dont nous parlerons tout à l’heure. Ces vingt espèces de gâteaux portent les noms suivants :
Kin p'ing,
jii
Ilo-ye,
diif
Pai-lien-lseu ,
il', i-
Tche-ina-/a,
Milt A
lia a nng-t ien - {se u ,
Wi
li'i -7-
llouang-pao.
Pui-pao^
Él
Tche-ma-pao,
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9® Hou a n g-kao- 1 i- p ' in g , lo® Ki-(an-koo,
1 1“ llong-hao-li-p' ing ^ 12“ Tsan-hoa, i3“ Ilouang-fang-tseu , i4“ Hong-fang-(seu , i5° Lii-fang-tseu, iG” Pai-gin-(seii,
17“ IIouang-gin-(seu,
18“ Mi-gin- (seu,
19*’ Koiia-fseu,
20“ San-tche.
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fP
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Les Houang-fi et les llouang-heou ont seuls droit à la série complète des gâteaux, énumérés ci-dessus ; les Houang-houei-fei sont privées des houang-pao et des lu-fang-tseu ; les princes et les princesses de moindre importance ne reçoivent que des hong-fang-tseu , lu-fang- /seii, pai-yin-tseu, houang-yin-fseu , mi-yin-tseu, koua-tseu, des santche de petite dimension, et des kan-pi, sortes de boulettes de farine avec une bande rouge.
Au-dessus de chaque assiette, comme couronnement de l’édifice, se place un gâteau particulier nommé wou-t'a^ dont il existe cinq variétés :
(blanc) ;
(rouge) ;
(fait avec des poires sècbes ) :
it!i (fait avec des cerises) ; (entouré de graisse).
Les Fei n’ont pas droit aux hong-u'ou-t'a, les princes de rang inférieur ne peuvent prétendre qu’aux li-u'ou-t'a et aux ying-t'aou'ou-t'a.
Pai-wou-l'a, Q ^ j|jj^
2” Ilong-tvou-t'a, 0) ^ j|jj^
3° Li-woii-t'a, ^ ^
4° Ying-t'ao-u'ou-f'a, ^
5“ Yeou-wou-Ca, j'J;
Ou met également sur la table :
1® Des pommes.
2" Du raisin,
-Itil
3“ Des poires jaunes et rouges,
4” Des poires Ya-li^