CHAPITRE V
IRROUTSK
On accède à ma chambre de l'hâtel Deko par un escalier monumental et très laid, au tapis rongé dont les couleurs rouges s'effacent, puis par un vaste corridor inégal et vieux, à ce qu'il semble, sur lequel donnent de hautes portes cintrées; la demi-obscurité favorise le manque de propreté.
Une de ces grandes portes ouvre sur ma chambre; c'est d'abord un affreux réduit avec un lit de fer pourvu d'un sommier, pas d'autre chose, à côté d'une fenêtre. Au delà de ce réduit, c'est une vaste chambre à trois fenêtres cintrées, de belle apparence; mais à la lumière de deux lampes électriques apparaît la vétusté des meubles. Le commis eut une attention pour moi : la nuit de mon arrivée, il m'apporta mon courrier, et cela m'aida à supporter la nécessité de défaire ma valise et de faire mon lit. C'est singulier cette habitude russe de reléguer le lit dans un affreux cabinet, comme s'il déshonorait la chambre. Celle-ci me coûte, avec l'éclairage, etc., 5 roubles par jour. Il y a des chambres à 3 roubles, mais le lit et son réduit sont inhabitables.
Dès le lendemain de mon arrivée, je cherche à faire des connaissances en utilisant ce que je sais de langue russe. Les Russes à qui j'ai affaire sont pleins de bien-