IRKOUTSK
yeiUance et ont tout le temps de m'écouter; et puis ils savent un peu de français ou d'allemand^ et Ton unit par s'entendre. La difficulté, c'est que les mots qui me manquent en russe sont justement ceux qui leur manquent en français ou en allemand. On fait des périphrases qui changent plus ou moins le sens des idées^ et ce mode de conversation est favorable à l'exercice de la diplomatie, on a le temps de réfléchir. Peut-être est-il heureux que les diplomates et les consuls ignorent souvent la langue du pays où ils vont; avec la vivacité française, ils iraient trop droit i leur but sans en préparer les moyens.
Voici un journaliste, le chef d'un excellent journal, M. Popof; il est blond, porte des lunettes; il est accueillant et ouvert, il ne parle pas allemand^ mais il parle russe avec l'accent allemand. 11 sait un peu de français; pour l'aider, il fait venir son fils : celui-ci paraît me comprendre, mais il n'ose parler, et je suis réduit à me tirer d'affaire en russe. Je suis si bien accueilli, grâce à une carte de M. L..., professeur de langues étrangères à Dijon, qui a fait plusieurs voyages en Sibérie. Avant de partir de Paris, j'avais bien songé à réunir des lettres d'introduction officielles, mais je comptais davantage sur des lettres privées et je n'eus qu'à m'en féliciter. Après tout, les renseignements officiels abondent dans toutes sortes de brochures en russe^ et aussi dans le Guide transsibérien qui en fourmille, tandis qu'un mot amical vousprocureun accueil sans arrièrepensée. Tels ont été pour moi M. P..., le docteur N..., qui me reçoit dans son vestibule, que j'accompagne voir un malade, et qui cause avec moi comme si je n'avais jamais cessé d'habiter Irkoutsk.
11 me semble cependant utile, sinon indispensable.
de me présenter au gouverneur. Le palais est fort loin de l'hôtel, aussi je prends un izvostchik pour me préserver de la poussière ; les rues sont meilleures qu'à Tomsk, du moins en cette saison; poui iant la boue ne sèche que pour se transformer en poussière. J'ai abandonné le chapeau européen, que personne ne porte ici^ sanf les commerçants, et je porte une casquette russe^ à coifTe blanche, bords noirs ornés d'insignes miniers; cette casquette me vaut déjà quantité de saluts des cosaques et autres militaires, auxquels je suis si peu habitué que je n'y réponds pas; Ton ne m'en considère que plus respectueusement. Chez le gouverneur, le vestibule est encombré d'une centaine de moujiks, et ne sent pas l'odeur d'ylang-ylang. Il y a une réception ofïicielle et il est midi et demi. J'attends^ la faim me presse^ je n'ai pas l'habitude russe d'attendre quatre heures du soir, et je suis à jeun depuis sept heures. A une heure, je prie de faire passer ma carte, puis je m'en vais, disant que je reviendrai.
D'ailleurs j'apprends d'une grande maison de commerce et mines d'or, que ma visite était inutile. Je voulais demander une autorisation pour traverser la Mandchourie, et il paraît que je pourrai le faire sans autorisation. A Moscou^ l'on m'avait conseillé de faire le voyage de Saint-Pétersbourg pour l'obtenir, ou au moins de voir le gouverneur d'Irkoutsk. Cependant l'on sait bien qu'en voyage il suffit d'une seule chose, avoir des fonds.
J'ai fait la connaissance d'un ingénieur des mines au bureau officiel de la Direction des mines, M. A...; il parle assez bien le français pour me dispenser de mes tentatives de russe, et me fournit des indications utiles pour ma mission. C'est aussi le conservateur du musée,