‹ Sibérie: notes de voyage et de séjour, 1902-1903Chapitre 22 sur 31 · LA MANDCHOURIE · texte numérisé non relu

LA MANDCHOURIE

que BOUS avons vue le long du fleuve Amour. L'on franchit la rivière Menna sur un pont en fer de quatre travées. Au delà, dans un village de phanzas toutes neuves^ une voiture passe près de nous, dont le cheval est lancé à fond de train. Un Chinois vêtu de blanc s'en précipite, roule dans l'herbe et se relève : sans doute, il n'avait pas voulu arrêter le magnifique cheval pour un aussi misérable individu que lui-même.

A l'ouest commence de surgir la chaîne des monts Khingane. Il y a moins de culture, moins de Chinois et moins de buffets. J'ai remarqué ou cru remarquer que les employés russes traitent les Chinois qui voyagent et ceux des stations avec politesse; leur conduite paraît douce e|t juste; sans doute, elle est inspirée de haut, et contribuera à consolider la présence de la Russie en Mandchourie. L'Anglais dédaigne l'indigène indien ou chinois, mais il se tient à distance. Le Russe a plus de bonhomie, et se rapproche davantage.

Il fait ce matin, dans cette vallée, une merveilleuse fratcheur, à mesure que nous gravissons les montagnes : l'atmosphère est imprégnée de l'arôme dés sapins. Plusieurs officiers de cosaques, dont l'uniforme rappelle celui des Persans, coiffés de hauts bonnets noirs, viennent saluer un chef. Une trentaine de sous-ofiiciers en tunique blanche, baudrier doré, fièrement montés sur leurs chevaux, sont passés en revue. Le chef examine longuement^ causant à chacun en particulier.

A Solonovo^ neuf cents mètres d'altitude, où se trouve un dépôt de machines, l'une de celles-ci vient nous prendre en queue pour gravir le col des monts Khingane. La voie décrit ici encore trois zigzags avec rebroussements. L'ascension est curieuse et rapide au-

m SIBÉRIE

dessus du village tout neuf, au milieu des champs jonchés de fleurs de toutes couleurs.

Au sommet, le paysage est magnifique. Décidément l'illusion est complète, on se croirait en Suisse. Une troupe d'enfants, de six à seize ans, tous couronnés de fleurs des champs, et chantant en chœur, s'enfuit à notre arrivée : les plus âgés ont Tair de rougir de leur enfantillage et jettent leurs fleurs. Les autres se tordent de rire en effeuillant les gerbes qu'ils portaient. Une jolie maison en bois sculpté, avec des serres et un jardin, semble là pour compléter la ressemblance avec la Suisse. Elle est à 1,130 mètres d'altitude. Au buffet, nous trouvons du lait et des œufs.

Sur ce col, il y a des pins et de grands bouleaux; les montagnes ne le dominent guère que de cent cinquante à deux cents mètres; elles sont couvertes de forêts de pins. La station s'appelle Khingane.

La descente s'opère en ligne droite; les montagnes sont énormes, mais leurs pentes sont faibles, il n'y a pas de tunnels. Depuis Kharbine, notre train a vingtdeux voitures, dont douze de marchandises, en même temps surchargées de Chinois. A la station d'Irekté, le buffet se trouve enfoui sous une épaisseur de deux à trois mètres de terre, on y pénètre par un petit tunnel. L'herbe pousse au-dessus : c'est ce qui reste d'un grand déblai de terre que l'on a creusé en forme de logement confortable pour l'hiver. L'aspect du pays est sauvage; sur les sentiers passent des Chinois balançant leurs longues perches à chaque bout desquelles sont suspendues des fardeaux^ mode de transport remplaçant pour eux la brouette.

C'est maintenant une grande plaine^ avec de petites collines entièrement déboisées; les habitations sont

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