M AS DC MOUS
LA MANDGHOURIE 181
noms de ses décorations, ce qu'il a vu à Pékin, etc. Il s'excuse de sa curiosité, et du plaisir qu'il éprouve à rencontrer un officier anglais, et à s'instruire en causant avec lui. Tout cela est dit de façon si aimable en même temps que précise, qu'on ne peut que le renseigner sur des sujets aussi peu importants. Potirtant ce simple soldat russe fait l'efifet d'être bien intelligent et décidé.
Le soir vers minuit, nous quittons Mandchouria. Nous avons la chance de profiter du train de luxe hebdomadaire à wagon-restaurant; aussi avec quelles délices nous nous étendons dans nos wagons-lits, le capitaine F... surtout, qui depuis bien longtemps n'a pas joui de pareil confortable.
Le lendemain, nous traversons un pays dénudé, I9 steppe pure, des pâturages; mais les villages russes avec leurs maisons en bois à fenêtres sculptées, leurs jolies églises peintes, à dômes et à clochetons, font un effet ravissant, après les phanzas chinoises et les demeures souterraines. A Oloviannaia, où se trouvent des mines d'étain appartenant à la Couronne, on passe la rivière Onone sur un pont en fer, entre des collines de 200 à 300 mètres de hauteur, les unes dénudées, les autres entièrement boisées. L'aspect général du pays est la steppe, et le capitaine F... me dit que toute la Mongolie, où il a résidé, présente uniformément le même caractère de steppe. Admirable pays, dit-il, pour l'élevage des chevaux. Tel est aussi le haut Colorado.
La population, où dominent les Bouriates, ne s'occupe, en effet, que de l'élevage des chevaux et des bœufs. Voici aussi quelques paysans russes qui fauchent du foin. Cette soirée, à huit cents mètres d'alti-
tude est tout à fait fraîche, sous un ciel absolumcnl pur, et le paysage a la grandeur des hauts plateaux . il ne lui manque que de l'eau. Pour celle-ci, il faut creuser des puits, et il en est de même dans les hauts plateaux de l'Afrique australe, Orange et Transvaal.
Nous voici enfin à la jonction de la ligne de Mandchourie avec celle de Striétensk sur l'Amour. C'est la station de Karuimskaia, où j'avais laissé, il y a un temps qui me semble si long, le général Y... et sa famille. Je ne reviendrai pas sur le parcours de l'Amour.
Je ne dirai rien non plus du Japon, qu'un touriste de passage n'a pas le temps de voir, et qu'il faudrait visiter en curieux oisif. Loti, d'ailleurs, l'a trop bien décrit. Avant de passer en Californie, je pense que Ton trouvera intéressant de lire quelques détails sur l'industrie de l'or en Sibérie, non pas sur la manière de le récolter, qui a été longuement exposée dans des ouvrages plus ou moins techniques, mais sur les régions de l'or, sur la quantité d'or qu'elles donnent, et les moyens d'y parvenir. Je décrirai d'abord les filons, puis les alluvions; je m'arrêterai surtout aux mines de l'Altaï, de Minoussinsk, de Nertchinsk, de la Lena et de l'Aragoune.