‹ Sibérie: notes de voyage et de séjour, 1902-1903Chapitre 27 sur 31 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les plus anciennes mines de la Sibérie orientale sont celles de Nertchinsk. Nous n'entrerons pas dans autant de détails pour ces mines que pour celles de l'Altaï, parce que leur histoire a beaucoup de points de ressemblance.

Les mines de Nertchinsk sont entrées en exploitation dès l'année 1703, et elles produisirent cette annéelà 380 kilogrammes d'argent pour 558 tonnes de minerai, ce qui est une teneur très élevée. De 1703 à 1800, la production atteignit 246,572 kilogrammes d'argent, 860 kilogrammes d'or, et 21^106 tonnes de plomb pour 846,000 tonnes de minerai, le tout valant environ 19 millions de roubles.

La galerie Espérance avait environ 1^500 mètres de longueur et rejoignait un puits profond de 145 mètres, à la mine'Zerentuisk, et on fit l'extraction du minerai à ce niveau jusqu'en 1872.

La galerie Oscar, à la mine Kadaïnsk, avait 670 mètres et rejoignait un puits de 100 mètres.

En 1872, la galerie Ernest-Auguste, à Gartza^ atteignit avec les galeries latérales une longueur totale de 23 kilomètres. Le travers-bancs, long de 10^500 mètres, fut percé en douze ans, dix mois et dix jours, et permit l'exploitation à la profondeur de 400 mètres. On

n'exploita plus, à partir de 1872» que. quatre mines, Zerentuisk, Kadaïnsk, Kliktchinsk et Algatchinsk occupant 195 ouvriers aux mines et 30 aux usines.

La production de 1801 à 1870 fut de 175,741 kilogrammes d'argent, 486 kilogrammes d'or et 18,080 tonnes de plomb, valant 12 millions et demi de roubles. Le total de la production en cent soixante-sept ans représenta donc une valeur de 31,500,000 roubles pour 1,500,000 tonnes de minerai. Au cours du rouble du siècle dernier, cette valeur représente plus de 100 millions de francs.

Le minerai se trouve en filons et amas, entre des calcaires, des schistes ardoisiers et des grès, au voisinage des granités et des porphyres : l'argent se trouve surtout dans les calcaires. Les mines sont disséminées sur une superficie de 30,000 kilomètres carrés et forment sept bandes, dont cinq sont dirigées au nordest, et deux dans le sud du district, au nord-ouest. On a trouvé du minerai en quatre cent quarante-huit points différents, dont trois cent six dans les calcaires, mais il n'y a eu que quatorze mines principales, à peu près seules exploitées d'une manière suivie, et dont la plus riche a produit 213,000 tonnes de minerai, et la plus [«auvre 162,000 tonnes.

Il y a en outre du minerai cuivreux, mais beaucoup moins abondant : l'on n'en a guère extrait que :;00 tonnes, dont la teneur moyenne n'était que de 3 1/3 pour 100 de cuivre; il y avait en outre 1 à 12 pour 100 de plomb, en moyenne 3 pour 100, et 100 à 250 grammes d'argent par tonne de minerai. Le cuivre est fréquent en Sibérie, mais très disséminé.

Après les mines de Nertchinsk, les filons les plus connus de la Transbaïkalie sont les quartz aurifères

de rOnone. Ils sont irréguliers, encaissés dans les schistes et dans une variété de granité qu'on appelle aplite. Ils ne paraissent pas plus réguliers, en somme, que les filons des Alpes ; on n'a rien encore découvert de comparable au Molher Lode californien. Deux compagnies ont exploité des filons sur l'Onone, près de la frontière chinoise, au sud de Tchita : la compagnie Biélogolovoi', qui a produit dès 1878, et dont les rendements ont été de 48 pouds entre 1879 et 1887, année où elle a interrompu ses travaux, et de 7 pouds et demi entre 1897 et 1902, soit en tout 55 pouds et demi représentant environ 2,500,000 francs, et la compagnie Sabachnikof, qui, en 1886 et 1887 a obtenu environ 3 pouds d'or valant 140,000 francs. Cette dernière mine a été étudiée par M. Levât,

Récemment on a mis à jour d'autres gîtes fondamentaux aurifères : d'abord à Oloviansk, près de rOnone, à son croisement par le chemin de fer de Mandchourie, puis à Dilmatchik, près de la Ghilka, au nord du transsibérien, mais ils n'ont pas été développés encore.

Sur l'Olekma et le Bodaïbo, dans le district de la Léna^ on a signalé de nombreux filons de quartz, mais très pauvres, ou même stériles. De même sur le haut Vitim, sur la Zéya, et en divers districts riches en placers, ce qui semble prouver, ou bien que les parties riches de ces filons ont été détruites en enrichissant les placers, ou bien que l'or des placers ne provient pas du quartz, mais de pyrites aurifères intercalées dans les schistes. Mais sur le moyen Vitim, nous avons signalé dans un autre chapitre la présence d'un filon de quartz aurifère très riche dont le prolongement a dû fournir Tor des riches placers de FOr-

LES MINES DE LA âlBÉRIË ORIENTALE 203

lofka, récemment découverts. Il est donc probable que les quartz aurifères sont bien à l'origine des placers, mais l'érosion de ces régions a été tellement intense qu'elle a entièrement détruit la plus grande partie et la plus ricbe des filons. On a signalé aussi quelques quartz aurifères au voisinage de l'Amour, à Tchetvertié Padj.

Enfin j'ai parlé des filons de quartz aurifères de l'île d'Askold, près de Vladivostok, qui sont riches, mais très minces; ils ont fourni 800,000 francs d'or depuis une dizaine d'années, mais ils sont connus depuis plus longtemps. Un autre filon du même genre a été découvert enface d'Askold, sur la côte, à Nahodka; il n'a fait encore l'objet d'aucune exploitation.

On connaît enfin des gisements de plomb et argent au nord de Vladivostok, qui ont donné lieu à une petite exploitation, puis du cuivre non exploité. Il y a aussi un peu de cuivre au sud dlrkoutsk; nous avons vu qu'il y a de très grands gisements de fer dans le bassin de l'Amour. Je citerai aussi le gîte d'étain d'Oloviannaïa, près de l'Onone; le gîte d'antimoine du mont Begouchane, à 6 kilomètres de Paskova sur l'Amour, et quelques gîtes de mercure sur l'Anadyr, tout à fait au nord-est de la Sibérie. Il faudrait enfin parler du charbon et du pétrole. Le charbon surtout abonde : les meilleurs sont celui de l'île de Sakhaline et celui de Nahodka, à 150 kilomètres environ de Vladivostok, sur la côte.

J'arrive aux placers aurifères, qui, depuis 1860 environ, sont la principale richesse de la Sibérie orientale; je les décrirai donc avec un peu plus de détails que ceux de la Sibérie occidentale. Les principales découvertes ont été celles de l'Olekma et du Bodaïbo, dans

le district de la Lena; celles de la Zéya et celles de rAmgoune : ces trois districts, en quarante ans, ont produit environ 50,000 pouds d'or, ou 2 milliards. Ce sont donc des Eldorados comparables à ceux de Californie, et surtout de l'Alaska.

Les placers de ITënisséi sont beaucoup plus anciens; ils ont été aussi riches et ont pro.îuit 28,000 pouds d'or, c'est-à-dire 4 milliard 400 millions environ.

La Sibérie entière, compris l'est de l'Oural, a produit environ 6 milliards d'or depuis 1755, par six groupes principaux de placers. En précisant les lieux de production, on se rend mieux compte de la valeur réelle de la Sibérie en placers aurifères, qu'en éparpillant la production sur tout son territoire. La Californie, cinquante fois plus petite que la Sibérie, a produit 7 milliards en placers et en filons : elle paraîtrait donc immensément plus riche. En réalité, certains districts sibériens ont été aussi riches; mais l'exploitation en Californie était possible par des moyens beaucoup plus puissants qu'en Sibérie, ce qui a permis de retirer bien plus d'or des alluvions californiennes : en outre, les filons y sont puissants et riches et ont été également très largement exploités en Californie.

Les placers aurifères de Sibérie orientale sont classés en six arrondissements : Birioussa, Ouest-Transbaîkalie, Lena, Est-Transbaïkalie, Amour et Priamour.

V arrondissement de Biriomsa a produit ces dernières années 200 kilogrammes d'or par an en moyenne, provenant de vingt ou vingt-deux placers exploités, dont le rendement varie de 1 à 2 grammes d'or par tonoe

de sables lavés, stérile non compris; on sait que la couche aurifère est recouverte d'une autre couche, parfois très épaisse, de stérile, qu'il faut enlever. Si l'on en tenait compte, cela diminuerait notablement la richesse des placers, en moyenne des deux tiers. L'arrondissement est divisé en trois districts : Irkoutsk ou Angara, Verkholensk et nord du Baïkol, et Nijni- Oudinsk, rivières Ouda, etc., à l'ouest d'Irkoutsk. L'ingénieur des mines de l'arrondissement réside à Nijni-Oudinsk, son assistant à Irkoutsk, et le commissaire des mines à Birioussa. Les plus riches placers sont ceux de Préobrajenski et de Veliko-Nikolsk, qui produisent 30 à 60 kilogrammes d'or par an, à raison de 3 grammes par tonne de sable lavé, toujours sans le stérile.

U arrondissement d'Ouest - Transhaikalie a produit ces dernières années entre 850 et 4,276 kilogrammes d'or par an, à 2 gr. 4/2 par tonne de sable lavé, en moyenne. II est divisé en quatre districts : Troïtzkosavsk, Yerkné-Oudinsk, Selenguinsk et Bargouzinsk. L'ingénieur des mines réside à Verkné-Oudinsk et le commissaire des mines à Bargouzine.

Le district de Troïtzkosavsk, comprenant les placers de la Djida, et d'autres affluents de la Selenga, produit 400 à 200 kilogrammes d'or par an, à un gramme environ par tonne : on y arrive de Verkhné-Oudinsk par la route de Kiakhta, d'où un bon chemin conduit aux placers. On peut aussi remonter la Selenga. Les plus riches placers, Nikolsk et Glafirovsk, produisent chacun 50 à 60 kilogrammes d'or par an, les bonnes années.

Le district de Verkhné-Oudinsk comprend les placers du Tchikoï, et de ses affluents, qui se jettent dans

toe SIBÉRIE

la Selenga : il produit 50 à 80 kilogrammes d'or par an, à un gramme par tonne : le placer principal^ Commisarovsk, produit 13 à 30 kilogrammes d'or par an. La communication est établie par une route partant de Verkhné-Oudinsk jusqu'à Ourlouksk, puis remontant le Tchikoï : pour certains placers, il y a dixsept gués à traverser et des marais. Pour les plus éloignés, il faut en outre passer une chaîne de montagnes. Les transports se font par chevaux.

Le district de Selenguinsk au sud-est du Baïkal, n'a aucun placer en exploitation.

Le district de Bargouzine produit de 600 à 1,100 kilogrammes d'or par an, à raison de 3 à 5 1/2 grammes par tonne. La plus haute teneur a été obtenue en 1889 au placer Soloviefsk, sur le Tsuipikane, qui a donné alors 16 grammes par tonne. Sur l'Orlofka, on a eu en 1899,13 grammes par tonne; mais la moyenne des placers ne dépasse guère 2 grammes. Il y a quatorze groupes de placers, sur le Vitimkane, le Tsuipikane, le Taloï^ etc., affluents du Haut-Vitim. Les plus riches placers donnent 40 kilogrammes d'or par an. Mais sur l'Orlofka, le placer Frizerovsky a fait 193 kilogrammes en 1899; nous n'avons pas eu de ses nouvelles récemment. On arrive aux placers, soit par Verkhné-Oudinsk, soit par Bargouzine. De Verkhné- Oudinsk, une route conduit à Oukhir (270 kil.) et de là un bon chemin conduit au Vitim. De Bargouzine, une bonne route conduit d'abord à Pod-Oulong, puis un chemin de montagnes va au Vitimkane : il y a des marais et des moustiques. On va d'un groupe de placers à l'autre en traversant les collines, parfois escarpées, et les rivières à gué ; il n'y a pas de ponts. La région de l'Orlofka est la plus difOcile à atteindre;

Pour cette région et les groupes de placers voisins, on a essayé d'une autre voie d'accès par la Lena, en la descendant jusqu'à Nerpinsk, mais elle est encore plus difficile et plus longue ; nous en parlerons plus loin.

L'arrondissement de la Lena comprend les districts de Kirensk et d'Olekminsk, le premier sur le gouvernement d'Irkoutsk, le second sur celui d'Iakoutsk. L'ingénieur des mines réside au village de yitimsk,à l'embouchure du Yitim dans la Lena ; il y a un assistant et des commissaires des mines à Olekminsk, à Matcha et à Bodaïbinsk. La production, qui était de 11,060 kilogrammes enl898, a baissé à 5,880 kilogrammesenlQOO, et 4,000 en 1901 par suite de l'arrêt de la compagnie Bodaïbo : le rendement moyen est de 5 à 7 grammes par tonne de sables lavés, sans le stérile. Il y a une moyenne de cent placers en exploitation sur six cents inscrits.

Le district de Kirensk n'a que deux placers en exploitation intermittente, produisant 25 à 30 kilogrammes d'or par an, à 2 grammes par tonne environ : on y arrive par la résidence de Nerpinsk.

Le district d'Olekminsk, le plus riche de toute la Sibérie, comprend neuf groupes de placers^ sur le bas Yitim et ses affluents, sur le Patom et ses affluents, et sur les affluents de l'Olekma. Au point de vue des communications pour les fournitures et les provisions, les placers forment trois groupes : les affluents du Yitim, dont la base d'opérations est Bodaïbinsk, sur le Yitim, et d'où une voie ferrée de 32 kilomètres conduit au centre d'exploitation; le groupe central, avec le placer Tikhon-Zadonsky, à la compagnie de la Lena, comme centre> relié par une route au premier groupe;

enfin le groupe extrême sur le Patom et rOIekma, avec Matcha sur la Lena comme centre. Il y a cependant un groupe isolé sur le Patom, qui se sert de l'ancienne résidence de Krestovsk sur la Léna^ à 50 kilomètres en aval du confluent du Vitim.

Il y a cinq compagnies principales qui exploitent ces placers : 1* la Compagnie de la Lena, qui a fait environ 3^200 kilogrammes d'or en 1899 avec six placers en exploitation, dont 2,500 kilogrammes avec deux placers^ Tikhon-Zadonsky et Nijni, l'un sur le Bodaïbo, l'autre sur l'Olekma : la teneur moyenne est de 7 à 12 grammes par tonne : on exploite en partie souterrainement, car la couche stérile a une épaisseur de 6 m. 50 à 15 mètres sur l'Olekma, et de 19 à 20 mètres au Bodaïbo; on ne Tenlève donc pas; — 2» la Compagnie de Bodaïbo à fait 1,270 kilogrammes d'or sur le seul placer Prokopievsk en 1898, à 5 gr. 1/4 par tonne : elle exploite souterrainement; le stérile a 18 mètres d'épaisseur. Elle a cessé ses opérations en 1901; faute de travaux de recherches suffi* sants, la teneur a baissé beaucoup; — 3<* la Compagnie de lavages Sibériakof, Niemtchinof, etc., a fait 1,950 kilogrammes d'or en 1898, avec trois placers sur le Bodaïbo, à 5 à 7 grammes par tonne, mais seulement 800 kilogrammes en 1899 : elle exploite à ciel ouvert, malgré une épaisseur de stérile de 10 à 15 mètres; — 4* la Compagnie Ratchkof-Rajnof a fait 627 kilogrammes d'or avec un seul placer en 1898, et 378 en 1899, à 5 à 6 grammes par tonne, et 11 mètres de stérile ; — 5° enfin la Compagnie riveraine du Vitim sur le Nakatane a fait 315 kilogrammes d'or en 1898, et 122 en 1899, à 5 à 6 grammes par tonne, et en exploitant à ciel ouvert un seul placer.

Les autres placers exploités sont bien moins importants. La région est intéressante au point de vue des terrasses d'alluvions préglaciaires ; nous les avons décrites dans un mémoire spécial.

La résidence de Bodaïbo^ avec son quai et son chemin de fer, est une petite ville fournie de tous les moyens de transport possibles dans la taïga. Outre la voie ferrée, une bonne route conduit aux sources de la rivière Bodaïbo, traverse ensuite la chaîne de séparation des eaux du Yitim et de TOlekma, redescend la vallée de la Vatcha, puis la Nigra, passe au placer Tikhon-Zadonsky, de la Compagnie de la Lena, et va au nord jusqu'à la résidence Matcha, sur la Lena. Cette route a 360 kilomètres de longueur et dessert onze résidences. L'été, eHe est plutôt boueuse en certains endroits. De cette route, des routes latérales est et ouest conduisent aux divers groupes de placers.

Le voyage depuis Irkoutsk se fait d'abord par la route postale d'Iakoutsk jusqu'à Katchoug ou Jigalovoï, sur la Lena (236 ou 366 verstes) suivant la saison. On va de là en bateau : si les eaux sont basses, la plupart des passagers ne s'embarquent qu'à Oust-Koutskaïa, à 688 verstes d'Irkoutsk. De Jigalovoï il y a 1,100 verstes en bateau jusqu'au village de Vitimsk, et 300 verstes pour remonter le Vilim jusqu'aux quais de Bodaïbo. Il y a donc 1,766 verstes depuis Irkoutsk.

Le prix des transports est d'un rouble par poud de marchandise, soit 160 francs par tonne, d'Irkoutsk à Bodaïbo; il est de 1 r. 40, lorsque les routes sont mauvaises, soit 225 francs par tonne. En hiver, sur la glace, le prix monte à 5 roubles par poud, soit 800 francs par tonne; aussi l'on transporte tout aux résidences principales pendant l'été. Au milieu d'août

tlO SIBÉRIE

îl y a déjà de la neige sur les montagnes (!•' sèp^ tciiibre, nouveau style). Des résidences aux divers placers on fait plus volontiers les transports en hiver sur la glace, à des prix variant de 40 kopecks à un rouble par poud, soit 60 à 160 francs par tonne; en été, ces prix sont trois fois plus élevés.

On fait aussi certains transports d'Iakoutsk par eau i raison de 20 roubles par chargement complet, et de 50 kopecks par poud, ou 80 francs par tonne, au moyen de chevaux et voitures. Mais la plupart des provisions, blé, avoine, orge, foin, viennent du cdté dlrkoutsk. D'Irkoutsk on envoie du poisson et du bétail. Les indigènes yakoutes et toungouzes ne travaillent pas aux mines, mais aux transports et à couper le bois.

Il existe d'autres voies d'accès auYitimetà l'OIekma, mais plus difficiles; les voici brièvement :

On traverse le Baïkal jusqu'à son extrémité nord, puis on remonte la haute Angara; on traverse la chaîne de séparation des eaux du Vilim, puis on descend la rivière Mama; avant d'arriver au confluent de la Mama et du Yitim, on traverse une colline et on descend en face de Bodaïbinsk. Il y a en tout i,iOO à i,200 verstes, dont 500 à 600 sur le lac Baïkal. La route, ou plutôt la piste, traverse des endroits absolument inhabités, où l'on ne trouve rien à manger, sauf aux pêcheries de la baute Angara où il y a un peu d'herbe et de blé. Les transports par cette route coûtent 1 r. 60 par poud, sans les transbordements, soit S80 à 300 francs par tonne.

On peut partir de la ville de Bargouzine, remonter la vallée de la Bargouzine, traverser la chatne de Mouinsk, puis descendre la rivière Tsuipa et prendre

LES MINES DE LA SIBÉRIE ORIENTALE Si!

une route qui va à la résidence de Nerpinsk, sans se servir du Yitim^ qui en bien des endroits n'est pas navigable, même en aval du lac d'Orone. Il y a 1,361 verstes de très mauvais cbemins. Cette expédition a été faite par le géologue Kropotkine en 1866 pour en établir la possibilité, mais les résultats ont été mauvais; il est impossible de nourrir le bétail. On peut rejoindre cette route de Yerkhné-Oudinsk ou de Tchita.

Récemment, pour les placers découverts en 1898 sur rOrlofka^ on à pris cette route, suivant en partie le Yitim, mais les transports ont coûté 6 roubles par poud (1,000 francs par tonne)^ sans compter les pertes de marchandises, tandis que le transport au même endroit par la Lena et le Yitim ne coûte que 2 roubles par poud (320 fr. par tonne).

L'arrondissement d'Est-Transhaïkalie comprend les placers du cabinet de Sa Majesté à Nertchinsk; l'ingénieur des mines réside à Nertchinsk et le commissaire des mines à Tchita. La production de ce district a été de 504 kilogrammes d'or en 1897, de 371 kilograndmes en 1899, à moins d'un gramme par tonne de sables lavés, pour environ quarante placers exploités. L'arrondissement comprend quatre districts : Tchita, Akchinsk, Nertchinsk et Nertchinsky-Zavod.

Le district de Tchita comprend les placers de l'Ingoda, affluent de la Chilka. Ils n'ont pas été exploités ces dernières années ; leur teneur était de gr. 75.

Le district d'Akchinsk a produit 222 kilogrammes d'or en 1898, à 1 gr. 60 par tonne, pour douze placers. Ces placers sont sur l'Onone^ affluent de la Chilka. Le plus riche appartient à la même compagnie qui exploite les filons de quartz Biélogolovoî; il a

donné 81 kilogrammes d'or en 1890, à un gramme par tonne. La mine SabachnikofT, placer et filon, a donné 17 kilogrammes et demi en 1899, à i gramme par tonne.

Le district de Nertchînsk a donné 55 kilogrammes en 1898 pour huit placers, à gr. 60 par tonne de quartz. «

Le district de Nertchinsky-Zavod a donné 52 kilogrammes en 1899 pour le placer Daourskaïa seul à gr. 68 par tonne.

On arrive à ces divers districts de placers par des routes partant de Tchita, Nertchinsk, etc.

L'arrondissement de V Amour comprend une partie d la province d'Iakoutsk. L'ingénieur des mines et sob assistant résident à Blagoviestchenk. Les commissaires des mines résident aux placers de Nimansk, aux résidences et quais de la Zeya. La production a été de 6,075 kilogrammes en 1899, pour cent soixantedix-sept placers exploités, à la teneur moyenne de 2 gr. 50 par tonne de sables lavés (toujours non compris le stérile).

Il y a onze groupes de placers classés sur le haut Amour, sur la Zeya et la Selemdja, sur la Bouréia et le Nimane, enfin sur la Bira, etc.

On accède aux placers du haut Amour de la station d'Ignachime, sur l'Amour, à 800 verstes en amont de Blagoviestchenk^ ou de celles de Rémova et de Beîtonovo, sur l'Amour, à 600 et 500 verstes amont de Blagoviestchenk. Il y a cinq placers dans cette région, qui produisent de 20 à 40 kilogrammes d'or par an, à teneur variable, de gr. 35 à 2 gr. 66 par tonne.

Sur la Zeya et la Selemdja il y a huit compagnies principales. La Compagnie du Haut-Amour a produit

en 1899, 1,270* kilogrammes d'or par huit placers, donnant 1 gr. 50 à 3 grammes par tonne : l'épaisseur de stérile n'est que de 3 à 4 mètres à peine; cette compagnie est en voie d'installer une drague. — La Compagnie d'Iakoutsk a produit 150 kilogrammes en 1899, par un seul placer à 7 gr. 35 par tonne. — La Compagnie du Moyen- Amour a produit 341 kilogrammes en 1899, par un seul placer, qui a donné 4 gr. 42 par tonne. — La Compagnie du Guiloï a produit de 40 à 115 kilogrammes d'or ces dernières années par un placera 2 gr. 60 par tonne. — La Compagnie Ëltzof-Levachef, sur la Selemdja, a produit 638 kilogrammes d'or en 1899, par un seul placer à raison de 5 gr. 64 par tonne, et 20 kilogrammes d'or à un autre placer. — Enfin il y a encore trois compagnies produisant 20 à 150 kilogrammes d'or par an. Les autres exploitants sont de petits propriétaires.

Les communications avec les placers de la Zéya et de la Selemdja se font en remontant en bateau ces deux rivières : le confluent de la Zéya se trouve à Blagoviestchenk. Il y a partout des résidences. Celle de la Compagnie du Haut-Amour est à 750 verstes de Blagoviestchenk, sur la Zeya. Les quais de la Zeya sont à 90 verstes plus bas. De ces endroits, des routes conduisent aux principaux placers^ tous reliés par le téléphone à leurs magasins de la Zeya. Chaque compagnie a ses bateaux à vapeur. En hiver des routes plus courtes peuvent aller directement aux placers. La Compagnie Eltzof-Levachef a sa résidence sur la Selemdja et possède son vapeur.

Sur la Bouréia, la principale compagnie est celle du Nimane, qui a produit 100 kilogrammes d'or en 1899, avec un seul placer à 4 grammes par tonne, et 3 mè-

tu SIBÉRIE

très de stérile. Elle exploitait quatre placers en 1899» qui avaient donné 148 kilogrammes, mais ils étaient plus pauvres; en 1897, ils avaient donné 230 kilogrammes d'or.

On accède au Nimane par bateau, de Blagoviestchenk au confluent de la Bouréia, puis remontant la Bouréia jusqu'à la résidence de la Compagnie du Nimane, il j a 397 verstes : aux hautes eaux on peut même remonter 477 verstes jusqu'aux magasins de Nimansk : de là on fait encore 100 verstes en chaloupe toungouze, puis 95 verstes en voiture: la région est tantôt marécageuse et tantôt pierreuse et escarpée, elle est plus facile en hiver sur la glace.

Le district de Bira a un placer connu qui a donné 227 kilogrammes d'or en 1897, et seulement 43 en 1899; la teneur a baissé de 5 grammes à 2 grammes par tonne, sans le stérile, qui a 2 m. 15 d'épaisseur. On y accède de la station Pachkova ou de celle de Raddé, sur l'Amour, d'où il y a 60 vertes jusqu'aux placers; la route est suffisante, mais n'a pas de relais de chevaux.

Ënûn V arrondissement de Priamour comprend la côte de Sibérie, le Kamtchatka^ les îles de Sakhaline, Askold, etc. L'ingénieur des mines réside à Khabarovsk, son assistant et le commissaire des mines résident à Nikolaievsk-sur- Amour . Les recherches faites au Kamtchatka et dans la presqu'île de Tchoukotsk ont montré la présence de l'or^ mais on n'a pas encore de résultats de production, non plus que le long de la côte d'Okhotsk.

Les résultats de 1899 ont été de 2,932 kilogrammes d'or à raison de 3 gr. 15 par tonne de sables lavés, toujours sans le stérile. Les placers sont situés sur

quelques petits afSuents de TAmour, et principalement sur rAmgoune et ses affluents^ Kerbi^ etc. Il y a trois compagnies principales : la Compagnie de TAmr goune a obtenu 839 kilogrammes d'or, en 1899, avec trois placers, à 2 gr. 75 par tonne : cette compagnie a installé cette année 1902, quatre excavateurs à godets et des trains de wagons à moteur à vapeur pour exploiter plus économiquement; nous les avons visités avant leur fonctionnement en gravier aurifère, ils n'extrayaient alors que le gravier stérile qui a 2 à 3 mètres d'épaisseur. — La Compagnie Ëltzof-Levachef a obtenu 492 kilogrammes d^or en 1899 avec trois placers tenant 1,70 à 2 gr. 65 par tonne : auparavant^ en 1898, cette compagnie faisait 7 à 800 kilogrammes, surtout au placer Yesioly, le plus ancien et le plus célèbre de la région, qui a produit environ 16,000 kilogrammes d'or, mais il est épuisé et les autres sont moins riches. Pourtant l'Amgoune depuis trente ans a produit peut-être une centaine de millions. — Sur la mer d'Okhotsk^ la Compagnie d'Okhotsk a également organisé des excavateurs et des trains de wagonnets: elle a produit 498 kilogrammes d'or en 1899, à 4 gr, 22 par tonne de sables lavés. Cette année 1902, avec ses nouvelles installations, cette compagnie a produit 485 kilogrammes d'or en six semaines, lors de mon passage. Enfin je citerai la Compagnie d'Amour-Orel qui fait 40 à 60 kilogrammes d'or par an sur l'Amgoune inférieur.

On accède aux placers de l'Amgoune par bateau à vapeur, de Nikolaîevsk, à Kerbinsk, il y a 450 verstes, puis une bonne route conduit aux diverses compagnies qui possèdent leurs magasins et leurs bateaux à vapeur. Un sentier relie les placers de l'Amgoune à

ceux du Nimane et à ceux de la Selemdja et de la Zeya de rarrondissemeut précédent.

Il y a enfin quelques placers peu importants sur de petites rivières qui se jettent dans la mer du Japon, et un placer actuellement inexploité dans l'tle d'Askold. On n'exploite dans cette tle qu'un petit filon de quartz aurifère(l).

Sans vouloir envisager le côté technique des placers en Sibérie, nous ferons remarquer plusieurs points importants. D'abord chaque région de placers de la Sibérie atteint l'un après l'autre son maximum de richesse^ en allant de l'ouest à l'est, à mesure de la pénétration progressive par les Russes : l'Oural et la steppe kirghize, et l'Obi, puis l'Yénisséi sont en baisse considérable depuis longtemps. La Lena, puis la Zeya, la Selemdja et l'Amgoune, c'est-à-dire la région de l'Amour, sont en baisse après avoir eu leur maximum d'éclat entre 1860 et 4880, même 1890 pour l'Amgoune. Il semble donc qu'il n'y ait plus rien de nouveau à découvrir, sauf au Kamtchatka et à l'Anadyr, et c'est ce que l'on espère.

En second lieu, l'exploitation des placers pauvres ne se prête pas à l'exploitation hydraulique comme en Californie; c'est un fait dû à la situation de ces placers et à la faible pente des rivières. Même le dragage est rarement possible à cause du manque d'eau fréquent, de la congélation du sol et de l'obstruction de certaines rivières par des blocs énormes. Il reste les excavateurs, et c'est la voie où sont entrées plusieurs exploitations en Sibérie. L'expérience est trop

(1) Nous avons emprunté beaucoup de détails à la publication oflicielle russe Abrégé des mines d*ôr de Sibérie, 1901.

récente pour préjuger de son avenir, cependant l'éco* nomie ne paraît pas devoir être très considérable sur l'ancien mode d'exploitation, et la dépense de capital est élevée.

Il reste les piacers souterrains, susceptibles d'une exploitation plus économique^ et surtout dans lesquels des travaux méthodiques de développement permettraient d'envisager l'avenir avec plus de certitude, en pratiquant les méthodes des chenaux en Californie.

Quant aux ûions de quartz aurifères, sauf l'Altaï et Nertchinsk, en grande partie épuisés, il semble qu'il y ait lieu de commencer leur exploration et leur développement. Ceux que l'on a découverts dans l'arrondissement d'Atchinsk-Minoussinsk semblent encourager de grandes espérances dans l'avenir.

En Corée, il y a trois concessions minières : une américaine, une anglaise et une allemande; toutes trois ont des quartz aurifères. Les Américains avec cent pilons, ont fait 7,500^000 francs en 1900, en exploitant avec profit. Les Anglais ne sont pas encore en bénéfice, les Allemands semblent avoir échoué.

Page 1