CHAPITRE XV
LA gAtK SIBBRIENHI
A M. J.-1. Srgner.
de moD second voyage en Sibérie, je retrouvai ipe, paU dans le transsibérien, la plupart des isances de mon preniier séjour : le baron B„ , de l'Aingoune, Mlle R. ou plutdt Olga H-, le V., et d'abord et surtout mon compatriote de stok, H. B., qui était l'organisateur de mon m Sibérie.
irnier voyageait avec son fils, et ce fut un plaile départ de Moscou, de partager avec eux et le ingénieur allemand le même compartiment ; ces confortables wagons russes qui font la eatre Moscou et le lac Baîkal. Nous étions en famille; ce qui est une gène en présence ^rs devient un charme de plus avec des amis, ruées passaient rapidement, malgré les trois d'heure dont il fallait retarder nos montres jour, entre les causeries, les lectures, les repas es dans le wagon restaurant, le thé organisé )tre coupé, enfin le piano dont jamais ne se t les Russes, surtout Mlle R. Sans cette agréable je crois que ce parcours de la Sibérie, qui tant intéressé l'an dernier, m'eilt paru bien ae : aux stations, le jeune B. passait son temps faire expliquer le fonctionnement et les diffé-
rences des machines qui nous remorquaient, ce qui n'exigeait pas la présence des paysages sibériens.
Au delà du Baîkal, nous attendait l'express de Mandchourie, que je ne connaissais pas encore. Il ne date que de cet hiver, où la Compagnie avait déjà installé pour la halte des traîneaux un grand restaurant en bois sur la glace au milieu du lac. L'express mandchourien est le plus beau train du monde^ plus beau même que le transcontinental des États-Unis. Ce fut la surprise la plus agréable que de se trouver glisser à travers la Mandchourie, un pays hier encore si reculé, dans des wagons du luxe le plus moderne^ éclairés à l'électricité par des lampes portatives. Les Russes défient les Américains.
Le conducteur du train avait été machiniste. Il nous racontait en bon français que quelques années auparavaut on manquait tellement de personnel que les mécaniciens devaient souvent servir deux et trois jours sans dormir, mais ils arrivaient ainsi à gagner jusqu'à mille roubles par mois. Cet état de choses a déjà changé; néanmoins, les chemins de fer sont encore une jolie carrière en Orient. C'est alors aussi que dans tout ce pays, à Kharbin'e, à Port- Arthur, à Vladivostok, courait un étrange dicton, vrai pourtant presque à la lettre :
c Cent roubles, ce n'est rien. Un Chinois, ce n'est pas un homme. Ma femme, ce n'est pas ma femme. » Mais c'est en russe que ces trois phrases prennent toute leur saveur. Un peintre y trouverait le sujet d'un trip« tyque. Notre conducteur, pour peu qu'on l'eût poussé, eût affirmé positivement que c'est là la civilisation de l'avenir. Elle vient d'Orient, et non d'Occident. Ce sont nous autres Occidentaux, avec nos préjugés de morale, de crainte du mal, de mariage et de justice,
qui sommes en retard. La seule loi naturelle, c'est la force; tout le reste voile inutilement la vérité et ne sert qu'à comprimer la force. Nous en sonunes au règne de la médiocrité et de la sottise. £t le plus drôle est qu'il y avait du vrai dans cet amas de paradoxes soutenus avec une verve sûre d'elle-même.
A Kharbine, nous dûmes quitter l'express mandchourien, qui va à Port Arthur, avec embranchements sur Tien-Tzine et sur Pékin. La ligne de Vladivostok n'est pas encore favorisée d'un train aussi luxueux, mais elle l'aura prochainement. Les dépôts du chemin de fer de Mandcheurie comprennent 1^000 locomotives, dont 70 françaises : il y a 23 trains par jour à Kharbine. La Compagnie a construit ici 2,000 maisons, 500 à Tsitsikar, etc. Elle les loue aux employés et fonctionnaires. On est en train de paver les rues de Kharbine, ce qui n'était pas fait à Johannesburg, la ville si riche du Transvaal, où il y a au moins autant de poussière. Sans l'obligation de payer les troupes volontaires qui gardent la voie ferrée, la Compagnie mandchourienne ferait déjà de grands bénéfices, mais ce service lui coûte chaque année quelques millions de roubles.
Les garnisons de Mandchourie comprennent plus de 100,000 hommes, cavalerie et infanterie, sans l'artillerie et les cosaques. Le général Tchitchagoff que nous rencontrâmes en wagon, et qui est gouverneur militaire de Kharbine^ me fit lire un rapport du capitaine français Aube (1) sur le Sud de la Mandchourie, pour confirmer ce qu'il disait. Port-Arthur est devenu un
(1) Excursion dans le sud de la Mandchourie en 1901 par le capitaine Ànbé.
vaste camp retranché, et un port militaire. Le port commercial a été créé presque de toutes pièces à Dalny, où la baie Victoria offrait certaines ressources. Là une ville a été entièrement créée sur des collines incultes par les ingénieurs Kerbest et Szakroff. C'est une ville modèle, à quartiers séparés, et édifices publics concentrés sur la même place circulaire au centre. Le tout a coûté plus de trente millions de roubles.
Pour favoriser les transactions commerciales à Dalny^ le gouvernement a établi pour ce port la franchise de douane, alors que Vladivostok est soumis aux droits. Cette mesure a eu pour effet d'arrêter le développement de Vladivostok, mais il ne semble pas que Dalny en ait beaucoup profité. Ces deux ports ont en hiver autant de glaces l'un que l'autre, et Dalny ne peut lutter avec les ports chinois plus voisins de la Chine et de ses débouchés. Le plus grave inconvénient de ces ports, comme nous le verrons, tient au manque de produits d'échange entre la Chine et la Sibérie. La Sibérie est encore trop peu développée et ne peut faire concurrence aux produits expédiés des États-Unis en Chine, comme la farine, etc. Sans doute elle a l'avenir devant elle, mais il est difficile de dire quand le moment viendra.
La gare de Kharbine est perpétuellement encombrée de voyageurs, d'officiers^ de fonctionnaires, de soldats russes et chinois, enfin de fonctionnaires chinois. Il nous tarde d'arriver à Vladivostok.
Les nombreux tunnels de la chaîne frontière de Handchourie sont remplacés cette année par un tunnel inférieur, mais les trains vont encore très lentement, la voie est peu sûre à «ause de ses nombreux lacets. A la veille d'arriver dans la grande ville d'Extrême-
Stt SIBÉRIfc
Orient rosse, nous TÎdoas à sa prospérité une bonteille de Champagne rosse, et je dois convenir, au risque de déplaire aox Champenois, qoe le Champagne russe est excellent, et qo'aotant qoe le nétre il excite la gaieté et même l'esprit. Si les Rosses nous prennent Fesprit^ comme noos n'arons pas leor physique, ils seront la première nation do monde; or, je commence à décooTrir que leors nooveaox écrivains deviennent mordants. Est-ce l'effet do Champagne?
Je troovai Vladivostok en progrès depuis Tan dernier, avec des rues mieux pavées, une nouvelle rue, et de nombreux bâtiments en construction. Surtout l'espèce de malaise général que j'avais cru remarquer lors de mon passage en août 1902 semblait disparaître : les rues étaient plus animées^ le port était plus bruyant, bien qu'il n'y eût en ce moment aucun navire de guerre : le commerce reprenait.
Vladivostok a passé par de brusques alternatives de revers et de prospérités depuis une dizaine d'années. Pendant la guerre sino-japonaise, il y eut de nombreuses faillites au Japon, et Vladivostok, bloqué par la flotte japonaise, a été mis dans l'impossibilité de trafiquer^ tandis que les ports du Sud^ Port-Arthur, Newschwang, etc., ont fait de brillantes affaires. Après la guerre, Vladivostok, exempté des droits de douane, prit un véritable essor. Mais lorsqu'on rétablit ces. droits pour en exempter Dalny, Vladivostok souffrit de nouveau. Les produits chinois peuvent seu* passer en Mandchourie sans subir la douane, tandis que les marchandises russes payent des droits dans tous les ports chinois : cette mesure avait pour but de faire payer plus facilement à la Chine l'énorme indemnité de guerre exigée par les puissances européennes^
Mais peut-être les Russes trouvaient-ils moyen d'in* troduire leurs produits en Mandchourie par Kharbine; cependant ne soyons pas téméraires.
La petite église catholique est rebâtie et sent encore le bois^vert. Le dimanche elle regorge de monde, surtout d'hommes. Mais je n'ai pas le temps dem'attarder à Vladivostok, il me tarde d'arriver au but de mon voyage. C'est une région de la côte, à quelques centaines de milles de Vladivostok, vers le nord-est : il y a des montagnes arrosées de fortes rivières, la Tiutikha, la Dadoucha, etc. Comme l'an dernier, ce sont les mines qui m'attirent. Comme t#ut aspect de la nature, elles attirent davantage à mesure qu'on les connaît mieux; que d'illusions pourtant elles causent à ceux qui les connaissent mal !
M. B. a organisé notre expédition avec un soin paternel. Il emmène avec nous son beau-ffère, M. T., à la fois chasseur et naturaliste, sur le visage duquel on lit avec plaisir la droiture et la bonté. Le petit vapeur de M. B , VAvos^ le peut-être (le seul mot de russe que connaissait Bismarck), va nous transporter par mer à 260 milles, à la baie de Tintikha. Le temps n'est malheureusement pas très sûr, mais c'est un élément rebelle à l'obéissance. Nous comptions mettre une trentaine d'heures pour arriver, nous allons mettre six jours; partis par le soleil, la mer 4^ vient houleuse vers cinq heures; il pleut; le pont du petit vapeur, qui n'a que 22 mètres de longueur, est inondé, et pour ne pas trop gâter notre chargement, nous décidons d'aller nous abriter dans la baie de Povorotnoé, à 60 milles seulement de Vladivostok.
La baie est jolie, mais le paysage inculte^ ou presque. Près du bord, il y a trois huttes de Coréens, et à quel-»
que dîst^ce, sur U pente d'une montagne, une vingtaio« d'autrsB huttes, à côté desquelles les Coréens eultivent 5 & 6 hectares de terrain. Ces gens prennent la terre sans la demander, ni la payer : or, un étranger n'a pas le droit de posséder un terrain dans la province maritime. Les sujets russespeuvent demander jusqu'à 400 désiatines (ou hectares) au coût de 3 roubles l'hectare; mais la demande risque d'être enfouie plusieurs années dans les cartons administratifs, si l'on ne fait pas agir de puissantes influences. Au voisinags du chemin de fer, on paye six roubles l'hectare. S'il y a des Coréens ou des Chinois installés sur le terrain qu'on a obtenu, on peut les chasser; mais les Russes ont trouvé plus avantageux de les prendre comme fermiers, et ainsi tout le monde est satisfait.
Le sol parait être excellent. En attendant la nuit, nous allons faire connaissance avec les Coréens et leurs huttes : pour y arriver, nous longeons des champs de pommes de terre, des plantations de haricots, de salades, etc. Ces gens ne manquent de rien; ils ont des poules, du poisson à volonté, des coquillages, des choux de mer. Le gibier est abondant; il y a même des tigres qui tuent les petits animaux, mais n'approchent pas des maisons. Il parait singulier de trouver des tigres dans un pays froid; ils sont pourtant de la même race que ceux des pays tropicaux, et à peu près de la même taille.
Dans une région voisine, on a vendu récemment pour 6,000 roubles une propriété de 200 hectares avec maison, bétail, plantations. Le propriétaire, devenu veuf, s'était remarié, et sa seconde femme, trouvait déplaisant de vivre & la campagne, là on d'antres auraient trouvé tant d'agrément : il me semble
que je vivrais si bien à Povorotnoét en attendant que cela m'arrive un jour, nous renouvelons nos provisions avec des œufs frais, des poules et du poisson.
Le lendemain matin^ nous repartons allègrement : de rintérieur de la baie, le temps paraissait favorable Mais en mer, le vent et les vagues nous assaillent comme la veille au soir, et nous cherchons un nouveau refuge dans la baie de Tatovo^ à vingt milles de Povorotnoé. Cette baie est fort petite, mais bien défendue des mauvais vents du nord-est par un cap avancé couvert de forêts. Nous grimpons au sommet de cette côte, en quête de gibier, et au pied de l'autre versant, au-dessous de falaises à pic bi^ttues des vagues, nous distinguons un grand vapeur échoué sur le sable. C'est un bateau japonais, qu'une erreur du pilote dans le brouillard a jeté contre les rochers, quand il croyait longer la côte. Près de lui, comme un ange de la tempête, se dresse un grand roc gris taillé enforme d'homme, et le brouillard qui approche exagère la ressemblance. Il y a plus d'un mois que ce navire est là abandonné; le matériel paraît encore intact sur le pont et dans l'intérieur; on a dû renoncer à le sauver.
Nouveau départ le lendemain matin, et nouvelle escale le soir : nous abordons à la baie de Valentine^ à 140 milles de Vladivostok. Sur \e rivage» une seule hutte coréenne, toute petite et en mauvais état; à l'in^ térieur, quelques ustensiles de cuisine et un chat. Cet animal prouve le voisinage de t'homme et, en effets voici venir deux Coréens; mais ils n'ont rien i nous offrir, les autres huttes sont très loin. Nous gravissons la montagne; le sol boisé est couvert d'iris, de muguets, 4'oseiUe sauvage, de lis jaunes^ de petites roses sau>
j a des empreintes de eangliera et d'oure. Les t surtout pécheurs : ils s'installent sur le 1 ils restent accroupis des heures entières à ' le poisson, et dès qu'un imprudent s'avenur portée, d'un vigoureux coup de patte ils
sur le rivage et l'avalent. Les mouvements n aident peut-être à sa digestion : il y a une école médicale qui prétend que l'homme ne langer que des aliments crus, ces escales nous retardent, mais quel agréfaire de près connaissance avec la cAte sibëoyager à distance dans le bateau qui fait le itre Sakhaline et Vladivostok, cela a'en peut j'une idée bien vague.
s quatrième Jour, nous arrivons à une grande >ort habité par des Russes, où font escale les le Nikolaicvsk, du Japon et du Kamtchatka, aie de Sainte-Olga. Mais nous y entrons par t la pluie, avec la perspective d'y passer au 1 jour. On compte pour développer ce port, ■aiment magnifique, d'un cAté sur l'ezploitatlendides forêts situées à 50 kilomètres de la
entreprise de H. B. lui-môme, et de l'autre les mines de fer magnétique à 15 kilomètres t, louées à un Américain installé à Vladivostok, on. Celui-ci va construire un chemin de fer re un haut fourneau.
premier soir, nous sommes invités à dtner ersonnage principal d'Olga, l'inspecteur des il donne en ce moment l'hospitalité A une >ble de Saint-Pétersbourg qui a demandé au ment une immense concession de cent mille pour y entreprendre en grand l'élevage et
LA COTE SEBËBtENNE UT
l'agriculture : il y a à la place d'honneur une jeune dame qui parle couramment les quatre langues principales d'Europe. La conversation roule sur le pays, les ouvriers, les émigrés russes, la chasse ; enfin les forçats fugitifs que l'on poursuit, et les forçats libérés qui occupent souvent des postes administratifs, chefs de gare par exemple : on ne les distingue plus en rien des autres citoyens.
Cette soirée se prolonge assez tard, mais VAvos veille, et le canot, appelé par de vigoureux coups de sifflet, vient nous prendre et nous ramène à nos couchettes.
Le lendemain, toujours par le mauvais temps, nouvelle invitation à dtner dans un milieu plus intime; nue femme encore jeune, déjà mère de neuf enfants, nous charme par sa galté et sa gracieuse humeur, et le petit monde qui trotte pieds nus autour de nous, suivant la coutume russe, nous fait passer agréablement quelques heures. Nous rentrons à bord pour faire une pèche surprenante, des soles surtout : tout à coup le poisson cesse de mordre; au bout d'une heure, l'ingcnieur allemand tire de l'eau un poisson plutôt petit, mais d'un aspect ridicule et terrible à la fois : c'est la terreur des soles; il les tue et, dès qu'il parait, les pauvres soles s'enfoncent dans la vase ou s'enfuient. La pêche est encore la source de bénéfice principale de cette cAte. Mais la Sibérie a l'avenir pour elle; elle commence par le poisson ; elle va entreprendre l'exploitation des forêts, puis celle des mines, enfin développer l'agriculture; des ports comme Olga et Vladivostok atteindront lentement, mais sûrement, leurs destinées. C'est H. Mof, le Russe chez lequel nous avons passé ces dernières heures, qui nous décrit les ressources de cette région. Il ne parle d'abord que le russe, et j'ai
m SIBÉRIE
commencé déji i l'onblier; poar moi et pour mon collègue, il se rappelle heureusement un peu d'allemand.
Cette langue russe est vraiment ardue; la prononciation est presque arbitraire en bien des cas, comme en anglais. Hais elle s'impose maintenant par le développement de l'industrie et du commerce russes et par sa ▼aleor littéraire. A peine au sortir de la barbarie, elle a vu surgir des génies presque pareils à ceux de la Grèce et da moyen âge; tandis que l'artificiel envahit nos civilisations plus avancées, les Russes ont gardé la force et le naturel, et avec cela la richesse de leur vocabulaire se prête à l'expression des idées les plus subtiles, sans qu'elles se perdent dans le vague, comme il semble que cela arrive avec le riche vocabulaire de la langue allemande.
La baie d'Olga est si bien enTermée qu'on ne soupçonne pas sou existence avant d'y pénétrer; on y accède par un long bras de mer qui est déjà un bon port naturel : on aurait hésité, paratt-il, autrefois, entre cette baie et celle de Vladivostok, pour jeter les fondations d'une ville. Les falaises qui entourent le golfe sont formées d'excellents calcaires et même de marbre blanc tout à fait pur. Nous quittons ces bords escarpés pour doubler un tlot rocheux élevé surmonté d'un phare, au moins temporaire; en cas de tempête seulement, il est allumé. Mais nous sommes encore une fois si secoués qu'il faut renoncer à arriver à la baie de Tiutikha. Le petit Avos est entièrement balayé à chaque vague; le seul refuge est la passerelle du capitaine, mais elle est trop petite pour nous tous ; en outre le brouillard arrive sur nous, et comme la baie de Tiutikha offre peu d'abri contre le vent d'est, nous décidons de nous abriter encore une fois dans une baie.
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Nous entrons donc dans la baie de Vladimir, beaucoup plus grande que celle d'Olga, mais peu profonde sur les bords. Au moment de pénétrer dans cette vaste entrée, large de plus de deux kilomètres, nous croisons un beau brick portant toute sa voilure blanche; il va profiter du vent qui nous était contraire. Au delà de l'entrée, la baie prend un grand développement à droite et à gauche. Nous abordons en canot, et nous errons tantôt sur la grève aux galets de granité et de diverses roches^ tantôt à travers les grandes herbes qui déjà commencent à fleurir. Au bout d'une heure, nous découvrons une hutte habitée par huit Chinois qui vivent de leur pèche. C'est la seule hutte de cette partie de la baie. Comme il fait presque nuit, les Chinois nous offrent de nous reconduire dans leurs canots jusqu'à VAvos, perdu dans le brouillard. Mais auparavant nous visitons leur installation. Il y a d'abord des amoncellements de coquilles aussi hauts que la hutte : ce sont des moules qu'ils font cuire avec des biches de mer dans une grande chaudière sur le rivage même. Puis ils les sèchent en les suspendant par chapelets interminables sous un abri d'écorces de bouleaux. Les bichelB de mer, trépan^ en russe, iriko en Chinois, sont une espèce d'holothurie très estimée des gourmets^ surtout en Chine. On les recueille sous quelques pieds d'eau; elles n'ont presque pas de carapace, et leur chair ferme rappelle celle du homard. Pour quelques roubles, nous emporterons une cargaison de moules^ de biches de mer et de petits poissons qui rappellent les anchois.
Je découvre derrière la hutte chinoise le petit autel des dieux; des objets informes; mais cet atome de religion n'est pas moins respectable. Il suffît pour prouver le sentiment religieux. Ces Chinois, comme tous ceux
SlBfiBIE
nt sans f8niines;pourtantils se m&rient a, maifi ne vivent que qgelqneg années Ile; un beau jour, ils partent abandon*
enfante pour chercher fortune; la vie n Chine. Ils restent abEents de longues es-unsne reviennent jamais. Cependant, 3ut gagner sa vie en Chine, il a raison i. me dit que les Coréens retournent lent dans leur famille en Corée; ce n'est ng voyage.
dernière nuit sur VAvos; le lendemain leures, nous sommes en face de la baie legrande falaise terminée par des récifs id, tandis qu'au nord-est la cAte fuit A u pénètre tout petit entre ces immenses
l'ancre sous vingt pieds d'eau. Le canot ivisiona et les bagages, et nous foulons lut de notre croisière. Nous avons fait smètres depuis Vladivostok, par le mauns un bateau de moins de 200 tonnes, ifio le temps semble s'éclaircir tout à