‹ Sicle de Louis XIVChapitre 106 sur 447 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

lion. Depuis, plusieurs ministres espagnols ont renouvelé leurs anciennes prétentions : ils ont obtenu l’égalité à Nimègue -, mais Louis XIV acquit alors par sa fermeté une supériorité réelle dans l’Europe, en faisant voir combien il était à craindre.

En soutenant sa dignité, il n’oubliait pas d’augmenter son pouvoir (27 octobre 1C62). Ses finances, bien administrées par Colbert, le mirent en état d’acheter Dunkerque et Mardick du roi d’Angleterre, pour cinq millions de livres, à vingt-six livres dix sous le marc Charles II, prodigue et pauvre, eut la honte de vendre le prix du sang des Anglais. Son chancelier Hyde, accusé d’avoir ou conseillé ou souffert cette faiblesse, fut banni depuis par le parlement d’Angleterre, qui punit souvent les fautes des favoris, et qui quelquefois même juge ses rois

(1663) Louis fit travailler trente mille hommes à fortifier Dunkerque du côté de la terre et de la mer. On creusa entre la ville et la citadelle un bassin capable de contenir trente vaisseaux de guerre, de sorte qu’à peine les Anglais eurent vendu cette ville, qu’elle devint l’objet de leur terreur.

(30 auguste 1663) Quelque temps après le roi força le duc de Lorraine à lui donner la forte ville de Marsal. Ce malheureux Charles IV, guerrier assez illustre, mais prince faible, inconstant et imprudent, venait de faire un traité par lequel il donnait la Lorraine à la France après sa mort, à condition que le roi lui permettrait de lever un million sur l’État qu’il abandonnait, et que les princes du sang de Lorraine seraient réputés princes du sang de France Ce traité, vainement vérifié au parlement de Paris, ne servit qu’à produire de nouvelles inconstances dans le

1. Le lord-maire de Londres et les aldermen, informés de la négociation, offrirent à Charles tout ce qu'il voudrait pour conserver Dunkerque. Charles II n’osa rompre avec Louis, en retirant sa parole. Dès lors il devait se laisser pensionner par la France, et celle conduite honteuse commença à lui aliéner les esprits en Angleterre.

2. Edouard Hyde, comte de Clarendon, né en 1608, mort à Rouen en 1674, avait été le principal conseiller de Charles II avant la restauration, et son premier ministre après son rétablissement. Son administration honnête, mais maladroite, lui attira la haine de tous les partis; son austérité déplut au roi; il fut plus tard banni, vécut et mourut en France ; il est célèbre par sa belle Histoire de la rébellion et de la guerre civile en Angleterre,

3. Par le traité du 6 février 1662, Charles cédait au roi ses duchés, moyennant 700,000 livres de rentes viagères; 300,000 livres de rentes réversibles sur qui bon lui semblerait; Fextinction de ses dettes et les droits de princes du sang pour les princes de sa maison.

Les ducs et pairs réclamèrent contre cette dernière condition ; le frère et neveu de Charles refusèrent leur ratification; le duc lui-même voulut défaire son œuvre. Alors le roi fit occuper Marsal, et ajourna la réunion de la Lorraine, en se contentant de la tenir dans la sujétion (31 août 1663). Après ce traité, on frappa une médaille, où Ton voyait un vieillard renversé par un jeune athlète; au-dessous, d/arsalium captum, et à l’entour, Protêt certes delusæ.

duc de Lorraine, trop heureux ensuite de donner Marsal, et de se remettre à la clémence du roi.

Louis augmentait ses États même pendant la paix, et se tenait toujours prêt pour la guerre, faisant fortifier ses frontières, j tenant ses troupes dans la discipline, augmentant leur nombre, | faisant des revues fréquentes.

Les Turcs étaient alors très-redoutables en Europe ; ils attaquaient à la fois l’empereur d’Allemagne et les Vénitiens. La politique des rois de France a toujours été, depuis François I®^, d’être alliés des empereurs turcs, non-seulement pour les avantages du commerce, mais pour empêcher la maison d’Autriche de trop prévaloir. Cependant un roi chrétien ne pouvait refuser du secours à l’Empereur, trop en danger ; et l’intérêt de la France était bien que les Turcs inquiétassent la Hongrie, mais non pas qu’ils l’envahissent : enfin ses traités avec l’Empire lui faisaient un devoir de cette démarche honorable L II envoya donc six mille hommes en Hongrie, sous les ordres du comte de Coligni^, seul reste de la maison de ce Coligni, autrefois si célèbre dans nos guerres civiles, et qui mérite peut-être une aussi grande renommée que cet amiral, par son courage et sa vertu. L’amitié l’avait attaché au grand Condé, et toutes les offres du cardinal Mazarin n’avaient jamais pu l’engager à manquer à son ami. Il mena avec lui l’élite de la noblesse de France, et entre autres le jeune La Feuillade®, homme entreprenant et avide de gloire et de fortune (1664). Ces Français allèrent servir en Hongrie sous le général Montecuculli qui tenait alors tête au grand vizir Kiuperli ou Kouprogli et qui depuis, en servant contre la France, balança la réputation de Turenne. Il y eut un grand

1. Louis offrit, comme protecteur de la ligue du Rhin, 60,000 auxiliaires, moitié Français , moitié Allemands.

Léopold refusa : • Le roi de France, dit-il, serait plus maître dans l’empire que moi-même. » Il demanda vainement de l’argent, et se résigna à accepter 6,000 Français.

2. Jean de Coligni, né en 1617, mort en 1686, fut le compagnon fidèle de Condé pendant la Fronde ; prisonnier après la bataille des Dunes, il refusa d’abandonner son ami dans le malheur, et repoussa les offres de Mazarin. Plus tard, retiré dans son château de la Mothe-Saint-Jean, il écrivit un abrégé de sa vie sur les marges d’un missel en vélin; il paraît qu’il s’était brouillé avec Condé, car il l’accusa d’avoir voulu détrôner Louis XIV, et

accompagna toujours son nom d’une épithète injurieuse.

3. François d’Aubusson, comte, puis duc de la Feuillade, né vers 1625, s’était distingué par sa valeur depuis le commencement des guerres de la Fronde; nommé lieutenant général à son retour de Hongrie, il devint maréchal de France en 1675. Il est surtout connu par son admiration pour Louis XIV, en l’honneur de qui il fit construire la place des Victoires et le monument qui l’ornait. On dit qu’à son lit de mort, en 1691, il prononça ces mots : « Que n’ai-je fait autant pour Dieu que j’ai fait pour le roi ! ■

4. Montecuculli (Raymond de), ou plutôt Montecuculli, né dans le Modénais en 1608, mourut en 1681.

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