‹ Sicle de Louis XIVChapitre 120 sur 447 · Voir aux chapitres xxxii-iv · texte numérisé non relu

Voir aux chapitres xxxii-iv

3. Don Alphonse succéda à Jean IV, en 1656; il continua sa vie déréglée, après son mariage avec mademoiselle Marie de Savoie -Nemours, fille de Charles Amédée de Savoie, duo de Nemours, et nommée ordinairement mademoiselle d’Aumale ; elle partit de France au mois de juin 1666, et fut sur le point d’emmener avec elle madame Scarron , qui fut madame de Maintenon. Alphonse VI fut déposé, le 24 septembre 1667, et remplacé par son frère don Pedro. Marie fit casser

son mariage par le chapitre de la cathédrale de Lisbonne, puis par le pape ; elle épousa don Pedro, le 2 avril 1668. L’ex-roi, relégué à Terceire, pendant huit ans, puis ramené, en 1675, au château de Cintra, y mourut d’apoplexie en 1683.

4. Jean-Casimir, fils du roi Sigismond III, jésuite à Lorette, en 1643; cardinal, en 1647 ; élu roi de Pologne, en 1649 ; puis relevé de ses vœux par le pape, épousa Marie-Louise de Gonzague. Après un règne très-agité, après avoir prédit la mine et le déniembrement de sa pairie, attristé de

renouvela l’exemple de la reine Christine. Fatigué des embarras du gouvernement, et voulant vivre heureux, il choisit sa retraite à Paris dans l’abbaye de Saint-Germain, dont il fut abbé. Paris, devenu depuis quelques années le séjour de tous les arts, était une demeure délicieuse pour un roi qui cherchait les douceurs de la société et qui aimait les lettres.

Mais une affaire plus intéressante tenait tous les princes chrétiens attentifs.

Les Turcs, moins formidables à la vérité que du temps des Mahomet, des Sélim et des Soliman, mais dangereux encore et forts de nos divisions, après avoir bloqué Candie pendant huit années, l’assiégeaient régulièrement avec toutes les forces de leur empire L On ne sait s’il était plus étonnant que les Vénitiens se fussent défendus si longtemps, ou que les rois de l’Europe les eussent abandonnés.

Les temps sont bien changés. Autrefois, lorsque l’Europe chrétienne était barbare, un pape, ou même un moine, envoyait des millions de chrétiens combattre des mahométans dans leur empire 2 : et maintenant que File de Candie, réputée le boulevard de la chrétienté, était inondée de soixante mille Turcs, les rois chrétiens regardaient cette perte avec indifférence. Quelques galères de Malte ^ et du pape étaient le seul secours qui défendait cette république contre l’empire ottoman. Le sénat de Venise, aussi impuissant que sage, ne pouvait, avec ses soldats mercenaires et des secours si faibles, résister au grand vizir Riuperli, bon ministre, meilleur général, maître de l’empire de

la mort de sa femme, il abdiqua en 1668, devint en France abbé de Saint- Germain des Prés et de Saint-Martin de Nevers; il mourut en 1672.

1. Le siège de Candie durait depuis vingt-trois ans ; les Turcs le reprirent avec une nouvelle vigueur en 1667. — Les relations de la France et de la Turquie étaient loin alors d’être amicales ; le divan avait repoussé toutes les avances des envoyés de Louis XIV, et entre autres le libre transit commercial entre la France et l’Inde par l’Egypte. Aussi le roi, à la prière de Clément IX, n’bésita pas à fournir des secours aux Vénitiens.

2. Voltaire, comme beaucoup d’écrivains du xviii® siècle et même du xix®, ne comprenait ni la grandeur, ni l’importance, ni la justice des croisades. Il ne s’agissait pas aeulement de conquérir la Judée, il fallait que TEu-

rope s’armât pour repousser la terrible invasion que les musulmans avaient portée, dès le viii® siècle, jusque sous les murs de Constantinople, jusqu’aux bords de la Loire. Quelle était la légitimité des conquêtes que les Arabes, sans provocation, sans prétexte, avaient faites de tant de pays chrétiens ? Après deux siècles d’une lutte héroïque, quoique souvent mal dirigée, l’Europe, sa religion, sa civilisation ont été sauvées. Est-ce là un faible résultat? Et combien d’ailleurs ne fut pas fécond de toutes manières ce grand mouvement des croisades, qui donna le branle à toutes les idées, à tous les progrès?

3. Les chevaliers de Malte continuaient encore, quoique avec une certaine faiblesse, le rôle glorieux qu’avaient joué jadis avec tant d’héroïsme, leurs ancêtres les chevaliers de Rhodes.

Page 1