‹ Sicle de Louis XIVChapitre 121 sur 447 · CHAPITRE X. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. H

la Turquie, suivi de troupes formidables, et qui même avait de bous ingénieurs.

Le roi donna inutilement aux autres princes l’exemple de secourir Candie L Ses galères et les vaisseaux nouvellement construits dans le port de Toulon y portèrent sept mille hommes commandés par le duc de Beaufort^ ; secours devenu trop faible dans un si grand danger, parce que la générosité française ne fut imitée de personne.

La Feuilhîde, simple gentilhomme français, fit une action qui n’avait d’exemple que dans les anciens temps de la chevalerie. Il mena près de trois cents gentilshommes à Candie à ses dépens, quoiqu’il ne fut pas riche. Si quelque autre nation avait fait pour les Vénitiens à proportion de La Feuillade, il est à croire que Candie eût été délivrée. Ce secours ne servit qu’à retarder la prise de quelques jours et à verser du sang inutilement. Le duc de Beaufort périt dans une sortie^, et Kiuperli entra enfin par capitulation dans cette ville, qui n’était plus qu’un monceau de ruines (16 septemb^-e 1569)^.

Les Turcs, dans ce siège s’étaient montrés supérieurs aux chrétiens, même dans la connaissance de l’art militaire. Les plus gros canons qu’on eût vus encore en Europe furent fondus dans leur camp. Ils firent, pour la première fois, des lignes parallèles^ dans les tranchées®. C’est d’eux que nous avons pris cet usage ; mais ils ne le tinrent que d’un ingénieur italien. Il est certain que des vainqueurs tels que les Turcs, avec de l’expérience, du courage, des richesses, et cette constance dans le travail qui faisait alors leur caractère, devaient conquérir l’Italie et prendre Rome en bien peu de temps: mais les lâches empereurs qu’ils ont eus depuis, les mauvais généraux, et le

1. En 1668, le duc de la Feuillade (voir la note 3, page 92) conduisit à ses frais cinq ou six cents officiers, qui venaient d’ètre réformés après la paix d’Aix-la-Chapelle, et auxquels se joignirent beaucoup de gentilshommes volontaires.

2. En 1669, Louis XIV envoya six mille bons soldats, sous la bannière du pape, le duc de Navailles les commandait; le duc de Beaufort les escortait avec une forte escadre.

3. Beaufort, qui combattait en aventurier plus qu’en général, disparut dans la mêlée, et on ne le retrouva ni parmi les prisonniers, ni parmi les morts (24 juin 1669). Navailles se rembarqua avec les débris de ses troupes, et les

chefs vénitiens acceptèrent une capitulation honorable (5 septembre).

4. On a calculé que Venise, pendant les vingt-cinq années du siège de Candie, recruta en France plus de cinquante mille hommes. Un protestant français, le vieux Saint -André de Montbrun, avait surtout dirigé la défense.

5. Lignes parallèles. — Le moiUgnes signifie retranchement, et s’emploie ordinairement au pluriel.

6. Tranchée. — En termes de guerre, c’est un fossé qu’on creuse pour se mettre à couvert du feu en approchant d’une place qu’on assiège, et dont les terres, jetées du côté de la place, forment un parapet.

\ice de leur gouveruement, ont été le salut de la Clirétienlé.

Le roi, peu touché de ces événements éloignés^, laissait mûrir son grand dessein de conquérir tous les Pays-Bas et de commencer par la Hollande. L’occasion devenait tous les jours plus favorable. Cette petite république dominait sur les mers; mais sur la terre rien n’était plus faible. Liée avec l’Espagne et avec l’Angleterre, en paix avec la France, elle se reposait avec trop de sécurité sur les traités et sur les avantages d’un commerce immense^. Autant que ses armées navales étaient disciplinées et invincibles, autant^ ses (roupes de terre étaient mal tenues et méprisables. Leur cavalerie n’était composée que de bourgeois, qui ne sortaient jamais de leurs maisons, et qui payaient les gens de la lie du peuple pour faire le service en leur place. L’infanterie était à peu près sur le même pied ; les officiers, les commandants même des places de guerre étaient les enfants ou les parents des bourgmestres, nourris dans l’inexpérience et dans l’oisiveté. Le pensionnaire Jean de ,Witt avait voulu corriger cet abus, mais il ne l’avait pas assez voulu, et ce fut une des grandes fautes de ce républicain.

(1670) Il fallait d’abord détacher l’Angleterre de la Hollande. Cet appui venant à manquer aux Provinces-Unies, leur ruine paraissait inévitable. Il ne fut pas difficile à Louis XIV d’engager Charles dans ses desseins. Le monarque anglais n’était pas, à la vérité, fort sensible à la honte que son règne et sa nation avaient reçue, lorsque ses vaisseaux furent brûlés jusque dans la rivière de la Tamise par la flotte hollandaise. H ne respirait ni la vengeance ni les conquêtes. H voulait vivre dans les plaisirs, et régner avec un pouvoir moins gêné; c’est par

1. Louis XI V était au contraire touché de ces événements; on examina sérieusement les plans d’une attaque de l’empire ottoman, la délivrance de la Grèce et des îles de l’Archipel, le soulèvement de la Syrie, où la France protégeait les tribus belliqueuses des Druses et des Maronites; et c’est en 1670 que l’illustre Leibnitz adressait à Louis XIV un mémoire célèbre, pour lui démontrer la facilité et les avantages de la conquête de l’Egypte, cette Hollande de V Orient. Le roi aima mieux attaquer les Pays-Bas et renoua avec la Turquie.

2. Les Pays-Bas. — C’est le nom général donné aux provinces belges, restées à l’Espagne, et aux provinces qui formaient la république des Provinces-

Unies. — « 11 y a trois ans, disait Louis XIV, en juin 1672, que je pense à cette guerre et que je prends mes mesures pour y réussir. Durant six mois, je ne suis jamais sorti du conseil que fâché, voyant bien ce qu’il fallait faire sans en trouver les moyens.»

3. Les Hollandais possédaient de seize à dix-huit mille bâtiments sur les vingt-cinq mille qui faisaient le commerce du globe. Les Français n’en avaient que six cents. Il y a quelque exagération dans ces chiffres donnés par M. Pomponne, en 1669,

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